‹ Service de la cavalerie en campagneChapitre 8 sur 10 · AVANT -GARDES · texte numérisé non relu

AVANT -GARDES

La cavalerie, hors le cas où elle opère isolément, ne fournit pas les avant-gardes proprement dites des troupes qu'elle couvre, mais plutôt des groupes d'éclaireurs.

Toutefois, une troupe de cavalerie, soit qu'elle forme une avantgarde, soit qu'elle ait à établir un réseau d'éclaireurs, adoptera dans les deux cas des dispositions peu différentes et que, en instruction, nous pouvons considérer comme identiques.

Par analogie avec les dispositions indiquées pour organiser le service de sûreté de pied ferme, upe troupe de cavalerie chargée

d'assurer en marche la sûreté d'une autre troupe se subdivisera en quatre fractions : une fraction centrale, deux groupes de flanc et une réserve. Chacune des trois premières fractions détacSera en avant d'elle le nombre d'éclaireurs nécessaires pour battre l'étendue de terrain confié à sa surveillance et se maintiendra en relation avec la réserve ; la réserve échelonnera en arrière d'elle des postes de correspondance, afin de renseigner rapidement la troupe éclairée.

Toutes les parties du système doivent être liées et en relations constai^tes. Les éclaireurs doivent être en vue de la fraction qui les détache et communiquer avec elle, les trois fractions qui fournissent les éclaireurs doivent être en relation entre elles et chacune d'elles avec la réserve. En somme, il doit y avoir constamment deux courants d'informations : l'un latéral, allant d'une extrémité de la chaîne des éclaireurs à l'autre extrémité; l'autre perpendiculaire, allant de la chaîne des éclaireurs à la réserve ; de telle sorte que, une fois le réseau tendu, il simule assez bien une toile d'araignée; pas un fil ne doit bouger sans que le contre-coup s'en fasse im* médiatement sentir à la réserve, et rien ne doit pouvoir se présenter, accidents de terrain ou mouvements de l'ennemi, sans être immédiatement signalé. Les rapports des éclaireurs sont adressés à la fraction de laquelle ils dépendent; celle-ci les passe à la réserve, qui les transmet plus en arrière.

Le service des éclaireurs est très-pénible, et, s'il faut en user, il ne faut pas en abuser. Nous avons une tendance à multiplier outre mesure les éclaireurs, au moins dans les exercices de la paix. Il n'y a pas de raison pour rapprocher les éclaireurs plus que nous ne l'avons fait pour les vedettes. Or, nous avons reconnu qu'un espace de 800 à 700 mètres, entre deux vedettes, n'avait rien d'excessif. Il suffira donc, en principe, de mettre le même intervalle entre nos éclaireurs, et, pour la commodité du calcul, nous admettrons, en théorie, Tespacement de 500 mètres. Mais nous avons vu que, si l'Ordonnance n'admet qu'exceptionnellement le doublement des vedettes, elle prescrit, au contraire, le doublement des éclaireurs. Nous établirons donc nos calculs sur le pied de deux éclaireurs groupés par 800 mètres de l'étendue du terrain à éclairer.

En prenant pour base les chiffres que nous avons donjdés pr^cécédemment, nous trouverions que l'étendue de la chaîne des éclaireurs comporte :

Pour un escadron 4 éclaireurs,

Pour un bataillon 10 —

Pour un régiment de cavalerie ... 12 -«-'

Pour une brigade de cavalerie ... 22 «—

Pour un régiment d'infanterie. . , , 26 —

Pour une brigade d'infanterie. ... 38 éclaireurs.

Pour une division de cavalerie ... 42 —

Pour une division d'infanterie. ... 50 —

Pour un corps d'année 82 —

Mais, par cela même que le service des éclaireurs est fort pénible, il faut les relever de temps à autre; trois fois dans une journée de marche ne sera pas trop, et on peut largement tripler les chiffres que nous venons d'indiquer pour établir le nombre des éclaireurs nécessaires pour assurer convenablement la sûreté de ces divers corps en marche. Enfin, il faut encore un certain nombre de cavaliers pour le service de correspondance, et nous pouvons, sans exagération, quadrupler le premier chiffre indiqué pour les éclaireurs pour établir le nombre des cavaliers strictement nécessaires.

£n comparant ces nombres à ceux représentant la composition normale des fractions régulières de la cavalerie, nous reconnaîtrons que, soit en les haussant^ soit en les baissant légèrement, ils se rap* prochent sensiblement de ces trois combinaisons : le pdoton, l'escadron, le régiment, et, finalement, c'est à ces trois types que nous ramènerons les dispositifs à prendre par la cavalerie éclairant une autre troupe, soit de son arme, soit d'infanterie.

Le peloton qui peut être employé à éclairer un escadron, un bataillon et même un régiment de cavalerie, n'aura pas, normalement, d'autres dispositions à prendre que celles que nous avons indiquées pour les pointes d'avant-gandes, dans les notions préliminaires; c'est-à-dire que, s'étant porté à 300 mètres, 1,000 mètres ou 4,200 mèlres de la troupe à couvrir, il poussera, de 200 à 500 mètres en avant, une pointe d'avant-garde assez forte pour pouvoir déployer sur une étendue de 4 ,000, 2,000 ou 2,400 mètres, un réseau d'éclaireuf g espacés, par groupes de deux, de 500 en 500 mètres.

L'escadron peut être appelé à éclairer un régiment de cavalerie, mais le plus souvent un peloton suffira, et l'escadron sera réservé p<mr le régiment d'infanterie et la brigade de cavalerie ou d'infanterie. Mais ici déjà le dispositif se modifiera. Pour un régiment d'infanterie, le réseau d'éclaireurs doit être éloigné de 3,000 mètres de la tète de colonne et occuper un front de 6,(K)0 mètres; en conséquence l'escadron se portera à 2,000 mètres; c'est à cette distance que se maintiendra la réserve; de là un peloton sera poussé à 500 mètres en avant dans la direction que doit suivre la colonne, un autre peloton se portera à 1,500 mètres sur la droite, un troisième à 4,600 mètres sur la gauche; chacun de ces pelotons poussera, en moyvane, à 500 mètres en avant le nombre d'éclaireurs nécessaires pour occuper, par groupes de deux cavaliers espacés de 500 en 500 mètres^ un front de deux kilomètres. Pour une brigade de cavalerie,

Aafej. 5

réioignement et l'élcndue du réseau d'éclaireurs doivent être de 2,400 et de 5,000 mètres; il n'y a pas là de différences assez sensibles pour modifier le dispositif, et on adoptera le même que pour le régiment d'infanterie. Pour une brigade d'infanterie, Téloignement et l'étendue du réseau d'éclaireurs deviennent 4,500 mètres et 9,000 mètres; le peloton de réserve marchera à 3 kilomètres de la tête de la colonne, le peloton du centre à 1,000 mètres de la réserve, et les deux pelotons des ailes chacun à 3 kilomètres sur la droite et sur la gauche du peloton du centre ; chacun de ces trois pelotons poussera en ayant de lui, de la même manière que nous l'avons indiqué pour le régiment, le nombre d'éclaireurs nécessaires pour occuper un front de 3 kilomètres. Chaque groupe d'éclaireurs correspondra avec le peloton qui le détache; ces pelotons correspondront avec la réserve et entre eux, la réserve avec la colonne. Lorsque Téloignement le nécessitera, chaque peloton détachera en arrière et sur ses flancs des postes de correspondance de trois ou quatre cavaliers pour accélérer les communications. En guerre, ces postes pourront être distants de 3 à 5 kilomètres; dans les exercices de la paix, nous les rapprocherons, en moyenne, à 1,000 ou 1,500 mètres> afin d'obtenir plus rapidement des renseignements sans fatiguer les chevaux, et aussi afin d'exercer un plus grand nombre d'hommes à ce service important.

Le régiment sera chargé d'éclairer la division de cavalerie ou d'infanterie et le corps d'armée. Pour la division de cavalerie, Téloignement et l'étendue du réseau d'éclaireurs doivent être de 5 et de

10 kilomètres; pour la division d'infanterie, de 6 et de 12 kilomètres.

11 n'y a pas là de différences assez sensibles pour motiver des dis* positifs différents, et en opérant, dans tous les cas, comme pour la division d'infanterie, nous ne commettrons pas de bien grosse erreur. Nous procéderons comme pour l'escadron ; seulement le dispositif s'augmentera d'un anneau. Le régiment se portera à 3 kilomètres en avant de la tête de colonne et y laissera un escadron de réserve, un autre escadron se portera à 1,500 mètres en avant de cette réserve, les deux autres escadrons se porteront à la hauteur de ce dernier, l'un à 4 kilomètres sur la droite, l'autre à 4 kilomètres sur la gauche. Chaque escadron, à son tour, se déploiera, comme nous l'avons précédemment indiqué, laissant un peloton en réserve^ poussant trois pelotons à 1,000 ou 1,500 mètres en avant de cette réserve et ces pelotons, enfin, dispersant en moyenne, à 500 mètres en avant d'eux, le nombre d'éclaireurs nécessaires pour occuper un front de 4 kilomètres.

Pour le corps d'armée, nous avons estimé l'éloignement et. l'éten^ due du réseau d'éclaireurs à 20. kilomètres, dans les deux sens. Mieux vaudra so tenir au-dessus qu'au-dessous, mais notre dispo-r

silif est assez élastique pour s'allonger ou se raccourcir suivant le besoin. Ce dispositif ne différera pas sensiblement du précédent; seulement les distances entre les diverses parties du système augmenteront. Le régiment se portera à 10 kilomètres de la tête de colonne et y laissera un escadron de réserve; un autre escadron, formant la partie centrale, se portera à 3 kilomètres en avant de la réserve; les deux autres escadrons se porteront à la hauteur de ce dernier, l'un à 7 kilomètres sur la droite, l'autre à 7 kilomètres sur la gauche. Ces trois escadrons se déploieront à leur tour, laissant chacun un peloton en réserve, poussant les trois autres pelotons en avant de celui-ci et dispersant leurs éclaireurs, comme nous r avons indiqué pour l'escadron, de manière à occuper un front de 6 à 7 kilomètres.

Nous aurons donc, avec le régiment chargé d'établir un réseau d'éclaireurs : 1° les éclaireurs; 2» les pelotons qui les détachent; 3^ les réserves d'escadrons; i^ la réservie de régiment. Gomme nous l'avons déjà dit, toutes les parties du système doivent se relier par des postes de correspondance, lorsque cela est nécessaire; il doit y avoir entre elles un échange constant de communications ; toutes les communications doivent aboutir à la réserve.

Il est clair que tous les dispositifs que nous venons d'indiquer ne sont que des types dont il nous paraît bon de se rapprocher^ mais qu'ils ne sont point applicables, dans la pratique, avec cette précision mathématique. Toutefois, nous croyons qu'il est urgent de prendre pour base de nos études des données précises; qu'il faut renoncer à ce fameux principe de tout faire dépendre du temps, des lieuxj des circonstances ; qu'il faut, au contraire, savoir comment on agira, même malgré le temps, les lieux et les circonstances. En nous habituant à prendre nos dispositions suivant un type déterminé, nous les prendrons bien plus rapidement et bien plus facilement, suivant ce que les circonstances et les lieux exigeront.

Mais il n'est pas facile, même dans les exercices de la paix, surtout, peut-être> dans ces exercices, à cause de la nécessité de respecter les propriété privées, d'appliquer complètement les types que nous recommandons. Cependant, presque partout nous rencontrerons un réseau assez complet de routes, de chemins, de sentiers, pour nous en rapprocher très-sensiblement. Il faudra les utiliser. Les routes et chemins suivant une direction à peu près parallèle nous serviront h diriger nos groupes d'éclaireurs ; les routes, chemins ou sentiers transversaux nous serviront h mettre en communication toutes les parties du système.

Quelle est la mission de la cavalerie éclairante? Avant tout, de prendre des informations, de reconnaître le terrain, la position et les mouvements de l'ennemi et de renseigner. Nous ne reviendrons

t)8 JOURNAL DES SCIENCES MILITAIB£S.

pas sur l'exécution de ces diverses opérations. On en trouve le détail dans tous les cours d art militaire et notamment dans les ObservatioTiS sur le service de la cavalerie en campagne, publiées en 1868 par ordre du maréchal Niel, comme annexe à l'ordonnance du 3 mai 1832. Enfin, nous renvoyons à ce que nous avons dit nousmême, dans la première partie de cette étude, aux articles Fclaireurs, Pointe d' avant-garde, Service de correspondance.

Ajoutons, cependant, que la mission de la cavalerie éclairante n'étant point de combattre, mais bien de couvrir et de renseigner la troupe qu'elle précède, son rôle s'accentue lorsqu'elle rencontre les troupes avancées de l'ennemi. Dès que le contact avec l'ennemi est pris, il ne doit plus se perdre. C'est là une lutte d'adresse plus que de force. Il faut chercher à déjouer les éclaireurs ennemis, observer, sans trop s'engager, la force et les mouvements des colonnes adverses, rendre compte avec clarté de tout ce que l'on découvre, indiquer les incidents les moins importants en apparence, car c'est d'après les renseignements fournis que doivent être réglées la marche des colonnes et les premières dispositions de combat. Si l'ennemi devient menaçant, la cavalerie éclairante se replie, chaque fraction se retirant sur celle qui forme sa réserve, mais lentement, sans perdre le contact avec l'ennemi et sans que la liaison des diverses fractions entre elles soit interrompue. Si, au contraire, l'ennemi bal en retraite, les éclaireurs le suivent pas à pas, cherchent à faire des prisonniers, à arriver sur les flancs des colonnes, à enlever les bagages.

Finalement, le service de la cavalerie chargée d'assurer la sûreté d'une troupe en marche peut encore se résumer dans celte formule : Voir, bien voir et rendre compte.

Page 1