‹ Serviteurs et servantes de Dieu en Canada: quarante biographiesChapitre 21 sur 51 · LA MÈRE MARIE DE SAINT-JOSEPH · texte numérisé non relu

LA MÈRE MARIE DE SAINT-JOSEPH

-excellentes religieuses qui devaient plus tard quitter définitivement leur patrie pour prendre le chemin du Canada, la Mère Saint-Bernard eut aussi un pressentiment sous forme d'un songe qui l'impressionna vivement et dont elle fit part à la Mère de rincamation, sa compagne au monastère de Tours.

C'était durant la nuit. Elle se trouva tout-à-coup transportée à l'avenue d'une grande place publique, environnée de toutes parts de boutiques brillamment illuminées et remplies d'objets d'art et de maintes choses séduisantes. Un religieux de haute naissance apparut sur cette place, et sembla ébloui à l'aspect de cette magnificence. La vue de ce religieux lui fit mal et elle crut qu'il valait mieux pour elle se sauver. Mais comment éviter ce personnage ? Alors surgit une troupe de jeunes gens, au teint olivâtre, habillés à la façon des sauvages, qui lui dirent :

** Ne craignez point, c'est nous qui vous sauverons." Et se mettant en deux rangs de manière à former une haie, ils firent passer la Mère Saint-Bernard au milieu d'eux, jusqu'à ce qu'elle eût quitté la place.

Or, il arriva, quelque temps après, que ce religieux abandonna la religion catholique. Il y avait donc dans ce rêve un fond de vérité, dénature à jeter dans le trouble une âme délicate.

Plus tard, lorsque Madame de la Peltrie résolut d'aller fonder un couvent dans la Nouvelle-France, la Mère Saint-Bernard manifesta son intention de faire partie du groupe d'élite qu'il s'agissait de recruter. Elle promit à saint Joseph, si elle réussissait à obtenir l'assentiment de ses parents et la permission de ses supérieures, de prendre son nom et de se rendre jusqu'au bout du monde sous son égide. Ses parents qui, déprime abord, avaient voulu empêcher ce départ, n'y mirent bientôt

plus aucun obstacle, parce qu'ils comprenaient que ce serait empêcher Tœuvre de Dieu et T accomplissement de sa sainte volonté. La permission fut donnée, et la Mère Saint-Bernard devint la Mère Saint-Joseph, nom sous lequel nous la connaissons mieux, parce qu'en Canada, elle n'en porta jamais d'autre.

La Mère Saint-Joseph fit donc partie du premier détachement d'Ursulines qui émigrèrent de France pour venir fonder à Québec un institut de leur ordre, aux côtés de la Mère Marie de l'Incarnation et de la Mère Cécile de Sainte-Croix, trinité admirable, s'il en fut jamais, et qui a pesé de tout son poids sur les destinées de leur fondation.

La vie au monastère de la Mère Saint-Joseph ne différa guère de celles de ses illustres compagnes. Elle dut, comme les autres, se soumettre aux incessantes privations de l'existence, sans soulagement d'aucune sorte du côté matériel. La Mère de l'Incarnation a écrit une courte esquisse de cette vie précieuse, et la Relation des Jésuites de l'année 1652 renferme le récit de ses nombreuses vertus. L'auteur de ce récit parle avec les plus grands éloges de son amour pour Jêsus-Christ, de son application à le bien servir, de ses souffrances corporelles et spirituelles, de sa dévotion envers la sainte Vierge et saint Joseph, de son humilité, de son esprit d'obéissance, de sa pauvreté, de sa pureté angélique, de sa patience inaltérable et de son heureuse mort. Il est certain, diaprés ces témoignages, que la Mère Saint- Bernard porta toutes les vertus à une haute perfection.

I^e Père Bagot, jésuite, qui jouissait de l'intimité de la famille de la Troche, rapporte que, lors de sa première communion, elle parlait de son amour pourNotre- Seigneur d'une manière ravissante. Durant toute sa vie, elle eut des communications intimes avec Dieu. -

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