‹ Serviteurs et servantes de Dieu en Canada: quarante biographiesChapitre 34 sur 51 · MADAME D'YOU VILLE · texte numérisé non relu

MADAME D'YOU VILLE

n'avait pas sept ans. ** C'est une pitié, écrivait Tintendant^Raudot au ministre, que de voir cette famille désolée et hors d'état de subsistera l'avenir, si vous ne voulez avoir la bonté de l'aider." Après bien des sollicitations, la veuve finit par obtenir la pension de cinquante écus, à laquelle elle avait strictement droit.

Ce fut vers cette époque que la jeune Marie-Marguerite quitta la maison paternelle pour entrer au couvent des Ursulines de Québec. Elle n'y demeura que deux ans, et retourna chez sa mère, qui n'avait pas les moyens de payer sa pension. L'enfant, du reste, était assez âgée pour aider sa mère dans les soins du ménage. Elle s'y employa avec un zèle constant, et elle acquit à cette besogne une expérience qui devait lui servir plus tard, lorsqu'elle serait au service des malades. C'était la meilleure école maternelle qi^i se put trouver. L'enfant sut en profiter, et elle devint bientôt un modèle, soit par ses manières agréables, soit par le bon ton de sa conversation, et surtout par la sagesse de sa conduite.

Les années ne firent qu'accroître en cette jeune fille les grâces' dont le ciel s'était plu à la combler. Belle, aimable, candide, vertueuse, elle attira bientôt sur elle les regards des jeunes gens que poussait la vocation du mariage. Elle avait reçu le don de la beauté, de cette beauté extérieure qui est comme le reflet de la beauté de l'âme, plus séduisante pour les âmes que pour les corps.

A vingt-et-un ans, Marie-Marguerite épousait un gentilhomme, que l'on pouvait considérer comme un des meilleurs partis, François-Madeleine Yon d'Youville. Il appartenait à une excellente famille qui jouissait de la fortune. Ce mariage fut béni, le 12 août 1722, par M. Priât, sulpicien et grand-vicaire de l'évêque de Québec. Ce mariage ne fut pas heureux, quelque effort

que fit la jeune femme pour s'attacher son mari et lui rendre agréable son nouvel état 4^ yie. Ce fut comme un coup de foudre sur la tête de madame dTouville, qui avait le droit de s'attendre à un sort plus heureux. Son mari la traitait avec indifférence et quelquefois avec brutalité. Quelle épreuve pour elle, si douce, si dévouée à cet époux indigne ! A bout de ressources, elle comprit qu'il ne lui restait plus qu'à se réfugier au sein de Dieu pour y trouver une consolation dans son malheur.

Trois. années se passèrent ainsi au milieu d'angoisses inexprimables, lorsqu'une maladie grave vint enlever en peu de jours M. d'You ville, laissant une veuve et deux enfants dans un grand deuil et chargés d'une succession plus riche en dettes qu'en biens. Madame d'Youville toutefois ne se laissa pas décourager en face d'une situation aussi précaire. Elle recourut de nouveau au Dieu de toute consolation, afin qu'il lui accordât la grâce de supporter chrétiennement cette nouvelle épreuve.

Puis elle consulta son directeur de conscience sur ce qu'elle devait faire: ** Consolez-vous ma fille, lui dit-il, Dieu vous destine à une grande œuvre, et vous relèverez une maison sur son déclin." Ces paroles prophétiques devaient recevoir leur accomplissement. L'œuvre n'était autre que la fondation de l'institut des sœurs de la Charité, et la maison à relever était l'hôpital-général de Montréal, qui s'en allait vers la ruine.

Dès ce moment, madame d'Youville se sentit subitement éclairée d'une lumière surnaturelle, sous forme de dévotion au Père étemel, dévotion qui lui inspira un attrait tout spécial pour le secours des malheureux et des pauvres dans la détresse, Etant elle-même placée dans un état des plus pénibles, elle comprit combien cette œuvre de dévouement envers les déshérités de la fortune serait agréable au Dieu des miséricordes, qui est aussi le Dieu de toute consolation.

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