‹ Serviteurs et servantes de Dieu en Canada: quarante biographiesChapitre 35 sur 51 · MADAME D»YOUVILLE · texte numérisé non relu

MADAME D»YOUVILLE

Mais il importait que madame d'Youville trouvât le moyen de soutenir sa petite famille. Elle ouvrit donc, à cet effet, un petit négoce, qui lui réussit assez bien. De cette façon elle put élever ses deux enfants sans tendre la main. Elle trouva même moyen de visiter les pauvres et les malades, de racommoder leurs habits.

Dans rintervalle, madame d*Youville eut la douleur de perdre son directeur de conscience, M. Lescoat, décédé en 1733. Elle eut recours à M. Normant du Faradon* supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, qui devait rengager à prendre la direction de Thôpital-général. Cette institution, fondée en 1694 par trois laïques, MM. Charron, Le Ber et Fredin, avait été bien organisée, en apparence du moins. Le roi lui avait accordé des lettres patentes, Tévêque Tavait approuvée, les seigneurs de Tîle et les citoyens de Montréal Pavaient favorisée de leurs largesses. Cet hôpital devait donc prospérer, mais les Hospitaliers de Marie, comme on les appelait, soit que la vocation leur fit défaut, soit qu'un administrateur habile manquât à la direction, se virent, après un certain laps de temps, dans une position si précaire, qu'aux yeux de tous et surtout de Tautorité religieuse, la ruine serait complète, si on ne changeait Pétat des choses.

Pendant que Phôpital se débattait ainsi au milieu des affres de Tagonie, les Sulpiciens avaient jeté les yeux sur madame d' Youville pour opérer les réformes nécessaires. Mais avant de l'installer dans l'hôpital, du jour au lendemain, ce qui n'aurait pas été facile ni convenable, à cause de la présence des Hospitaliers, on lui conseilla de s'unir à d'autres femmes charitables et d'ouvrir un petit hôpital. Le projet réussit, et le 30 octobre 1738, madame d'Youville et trois autres personnes éminentes se mirent à la tête de la nouvelle institution, et se consacrèrent à Dieu pour servir jusqu'à

leur mort la cause des pauvres malades et des infirmes^ Cinq de ceux-ci entrèrent le premier jour ; ce nombre fut bientôt doublé.

**Les personnes que Dieu choisit pour établir des instituts dans T Eglise, il les dispose par des voies qui n'ont rien d'humain ; c'est-à-dire qu'il les fait passer par les croix, les humiliations, les persécutions, accompagnées de patience, de fidélités, de courage «t de persévérance. " Telle fut l'œuvre de madame d'Youville à ses débuts. L'opposition lui arriva de toutes parts, si acharnée, qu'il vint un temps où elle se serait découragée, si le Père étemel, son confident, son consolateur, ne lui eut envoyé les forces pour lutter contre les obstacles semés sur sa route. De tout tempSj les femmes ont rivalisé de courage avec les hommes. H n'est guère d'époque dans l'histoire du monde, et aussi dans l'histoire du Canada, où cette force féminine ne s'est développée dans une large mesure. Madame d'Youville eut à lutter contre la plupart des autorités civiles et religieuses, et cependant elle trouva moyen de vaincre sans autre appui que le Dieu qu'elle invoquait sans cesse au milieu de ses tribulations. Calme et résignée, elle passa A travers toutes les difficultés sans nuire à son œuvre. Pour comble d'infortune, elle tombe malade, et la voilà percluse pendant sept ans ; et quand elle se relève, guérie sans secours de la science, elle voit l'incendie détruire en peu d'heures sa petite maison de refuge. Au surlendemain de ce désastre, madame d'Youville et ses compagnes, au nombre de six, mirent leurs biens en commun et prirent l'engagement de se consacrer au soulagement des pauvres pour le reste de leur vie. Ceci se passait en 1745. Le petit hôpital, ressuscité, continua d'ouvrir ses portes aux misères humaines, et neuf années durant, il put supporter le fardeau de la dépense sans osciller

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