X INTRODUCTION
Mais ailleurs, là où la moisson était moins abondante, Tennemi, qui ne dort pas, devait semer Tivraie. L'hérésie parut bientôt sur les côtes de l'Amérique septentrionale. Toutes les sectes protestantes vinrent jeter leur écume sur les rivages de la Nouvelle-Angleterre, et le protestantisme fut souverain dans les treize colonies destinées à devenir un jour les États-Unis. La république nouvelle ne tarda pas à obtenir cession de la Louisiane et des Florides, en même temps que l'abandon du Canada à l'Angleterre donnait à la prétendue réforme un second empire dans le Nord.
Le catholicisme, cependant, ne pouvait disparaître du territoire envahi, sans une lutte à outrance : la lutte s'est faite, et notre foi, grâce au clergé, est restée victorieuse. Remercions donc la Providence de nous avoir envoyé, dès le début de la colonie, des ouvriers évangéliques dont le dévouement sans bornes a étonné le philosophe et conquis l'admiration du protestant. Ce furent tout d'abord les Récollets et les Jésuites, enfants de saint François et de saint Ignace, qui présidèrent à nos destinées religieuses. Ensemble ils fondent l'église huronne, que la Providence a déjà marquée du sceau de la prédestination. La robe noire pénètre au cœur des différentes peuplades sauvages, et la nationalité française va s'y implanter avec la croix du Sauveur. Le missionnaire sait inspirer du respect; pour lui seul ces infidèles éprouvent de la confiance ; leur âme cède involontairement à l'ascendant de la charité.
Après avoir converti à la foi la nation huronne, le Jésuite voit l'anéantissement presque complet de ces nouveaux chrétiens et du même coup la ruine d'une église qui donnait les plus douces espérances. Terrible épreuve pour ces apôtres de Dieu, qui voyaient crouler dans un moment l'œuvre de vingt années d'héroïques