ENVOI. XIII
marie les étamines aux pistils ! Unisexuée ou bisexuée, la fleur s'épanouit chez la plante comme la tendresse chez nous, et pour le même dessein; ainsi que l'amour est notre fleur, la fleur est l'amour végétal. Le calice des œillets ou des roses, et des lilas ou des orties, c'est la maison d'hymen, c'est la minute divine: c'est le temple et l'autel, avec des hymnes de parfums qui montent en l'honneur des épousailles, c'est le lit nuptial et la tiédeur des longs baisers.
Il paraît de moins en moins certain que le végétal soit totalement dépourvu de sensibilité, et qu'il n'y ait point, en ce règne, des degrés de perfection analogues à ceux qui divisent le nôtre. On n'a pas prouvé que la plante soit insensible, mais bientôt, sans nul doute, on aura prouvé le contraire. Et quand cette chose naît et meurt comme nous, douée de goûts, de besoins et de maladies ; quand elle se fait si belle et si parée pour ses heures de procréation ; lorsqu'elle prend pour cette époque de sa vie des couleurs plus joyeuses, des senteurs plus intenses, une température plus haute; quand elle communique à notre propre instinct une
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contaiiion de joie et de volupté; quand elle devient, eniin mot, si peu semblable à elle-même, qui donc oserait affirmer qu'elle ignore ses transformations, qu'elle ne perçoit pas son intime érotisme, et qu'elle est seule à ne rien éprouver de ce qu'elle dégage? Elle donne à l'amour moins que nous, soit, et moins que les bêtes ; mais en proportion de sa puissance, et devant Dieu, elle donne autant, puisqu'elle offre et consacre le meilleur de tout ce qu'elle a. Certaines fleurs tuent leurs plantes, aussi bien que des hommes meurent de leur amour. Il semble même que la plupart des végétaux n'aient de vie que pour leur hymen, et, quand la tâche est laite, la vie s'en va. Dès le soleil du printemps, ils ont préparé un abri de verdure aux tendresses promises ; lorsque ce nid est prêt, l'amour y vient : et le nid durera le temps qu'il faut à la force maternelle pour gonfler et nourrir l'être engendré de ses ovaires, l'œuf précieux où dorment les races à venir, le fruit. Sitôt que celui-ci sera mûr et parlait, à quoi bon l'existence encore? Maintenant, l'être peut périr : alors, les feuilles, dont l'abri n'est plus nécessaire, s'envolent dans le vent, et peut-être