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LE SOIR DES NOCES

J'ai déjà traversé des douleurs mortelles

Dont jamais je ne suis mort ; Et même, quand je veux me souvenir d'elles.

J'ai besoin d'un grand effort.

Pourtant, mon cœur d'alors, plus jeune aux misères,

Souffrait bien mieux qu'aujourd'hui :

Mais de ces désespoirs profonds et sincères,

Fragilité, tout m'a fui!

Ce soir encor, ce soir, si j'étais moins sage,

Je devrais aller quérir, En quelque coin du monde, un beau paysage

Pour me hâter d'y périr ;

Je devrais, quand la pièce est insupportable, En brusquer le dénouement :

Et tu pourrais tenir ce propos de table Qu'un homme est mort en t'aimant.

Mais à quoi bon l'ennui du vieux suicide?

Les rêveurs sont des savants Qui te diront comment l'àme se décide

A tourner à tous les vents.

On sait que les douleurs dont rien ne délivre

Sont faciles à guérir, On sait que rien ne vaut la peine de vivre

Ni la peine de mourir.

L ADORATION. ] 89

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