‹ SeulChapitre 108 sur 145 · LASSITUDE · texte numérisé non relu

LASSITUDE

J'ai souffert sans souffrir et j'ai pleuré sans larmes : Terre molle, cieux mous, et des brouillards d'ennui. Mon âme est un soldat qui râle sur ses armes Et pour finir sa mort attend que l'aube ait lui.

Rien ! Rien ! Et nulle voix ! Ni clartés ni ténèbres : Un besoin de dormir et mourir en dormant, Un bercement douteux sur des vagues funèbres, Un bercement plaintif et lent infiniment.

l'adoration. 193

Dormez, les vœux! Dormez, les grêles espérances! Dormez, l'amour! Néant du mal, néant du bien... 11 neige en moi, sur mes bonheurs et mes souffrances, Je ne veux plus vouloir et rien n'est plus de rien.

Il neige, le bois nu s'est refleuri de givre ; Il neige en mer, avec lenteur, avec langueur... — Oh, nager dans la mort de ce qui faisait vivre, Et savoir que demain l'on reprendra son cœur!

lyi

Il pleut sur la mer. lentement :

La mer crépite sous la pluie ; Le ciel gris tombe en s'endormant Vers la mer grise qui s'ennuie.

La vague et la vague qui suit S'assoupissent comme les brises :

Nulle brise et nul autre bruit Que le frisson des gouttes grises.

Les gouttes pâles, en tombant, Font des bulles sur les flots pâles Où l'on croit voir nager un banc De perles mortes et d'opales.

i.'auohatio.n. 19^

Suspendue au bord de l'embrun .

Comme un rêve qui se balance.

La voilure d'un bateau brun Se désole au fond du silence.

Sur la mer. sur toute la mer.

Et par delà l'ombre des îles, Il pleut des tristesses d'hiver Et des renoncements dociles.

Tout un inlini de douleurs Tombe sur la vie embrumée :

Dans les larmes du monde en pleurs Mon cœur pleure la bien-aimée.

SOTR païen

Près des rochers divins qu'endort la mer bénie, Les oliviers d'argent et les cyprès de fer Exhalaient dans l'air bleu leur râle d'harmonie, Gomme des lyres d'ombre aux doigts du pâle hiver.

Et je criais aux dieux d'Hellas : « Dieux qu'on oublie ! « Dieux morts, dieux de la nuit qui fûtes dieux du jour, (( 0 vous qui sommeillez dans la chose accomplie, (( Je vous offre cette urne où j'ai mis mon amour.

l'adoration. 197

« Enseignez-moi la tombe où l'on couche les gloires, « Que j'aille ensevelir mon culte auprès de vous ; (( Enseignez-moi le fleuve hostile à nos mémoires : « J'ai trop longtemps souffert par des yeux qui sont doux,

Je suppliais ainsi Zeus et l'Archer sans armes, Sachant que nul des dieux ne te pourrait bannir : Mais je les implorais de tout mon cœur en larmes. Car demander l'oubli, c'était me souvenir.

Page 1