L'ARMADA
— Sors de ta maison et va sur la côte ; La maison est vide et la tour est haute.
Monte sur la tour.
Et va voir, au loin de la triste grève, Les espoirs partis sur la mer du rêve
Rentrer tour à tour.
— Le reflet joyeux de leurs oriflammes Dansait dans le port sur l'azur des lames
Lorsqu'ils sont sortis ; J'avais mis en eux toute ma fortune, Et les flots sournois, au clair de la lune^
Les ont engloutis.
l/ ADORAT ION. 199
— Reste sur la tour et regarde encore Vers Thorizon mauve où l'antique aurore
Rit comme autrefois ; Regarde toujours, et si tu vois naître Une forme lente et douce à connaître»
Dis ce que tu vois.
— Je vois un vaisseau sans mats et sans voiles. Où, découragé de croire aux étoiles,
Le pilote dort ; Le vent tord la nef que la mer secoue. Et ma bien-aimée est peinte à la proue
Dans sa robe d'or.
— Reste sur la tour et regarde encore Le vague borizon qui se décolore
Sous la paix du soir :
Regarde et dis-nous si quelque trirème Ne rapporte pas à l'heure suprême
Un suprême espoir.
— Je vois un vaisseau sous ses voiles graves Quij sinistrement, porte les épaves
Du fait accompli :
Lourd de mâts rompus et de vieilles peautres, C'est l'espoir qui vient consoler des autres,
L'espoir de l'oubli,..
l'adoratiox. 201