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SOIR EN MER

Vois-tu comme la mer est vaste autour de nous ? Notre barque est une algue errant au creux des lames ; Le vent nocturne et froid qui court sur les remous Mêle au frisson des flots le frisson de nos âmes.

Pareils aux alcyons qui flottent dans leurs nids,

Nous berçons notre exil sur le désert de l'onde,

Et la nuit nous écrase entre deux infinis :

Mais nos cœurs sont plus grands que la mer n'est profonde.

L'azur illimité se déroule, sans voir La frêle nef qui glisse en balançant ses voiles : Mais les mondes d'amour que porte ce point noir Versent plus de rayons que les deux n'ont d'étoiles.

Oh, rends-moi ta caresse, et dis si tu comprends, Quand ta lèvre m'appelle et quand ton bras m'enlace, Que nos cœurs étoiles puissent être si grands, Et que tant de bonheur tienne si peu de place î

Je t'aime chastement par-dessus nos luxures : Plus encor que l'amante, enfant, c'est toi la sœur Dont la grâce mystique échappe aux flétrissures.

Sur l'aile des parfums sacrés, dans l'épaisseur Des ténèbres d'amour où nous nous épousâmes, Je vois planer vers Dieu ta peiue et ta douceur.

Et j'entends les baisers que se donnent nos âmes.

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