‹ SeulChapitre 35 sur 145 · VITRAIL · texte numérisé non relu

VITRAIL

Jésus vêtu de rouge et Jean vêtu de bleu Traversent des prés verts avec de nobles poses, Et sérieux, l'enfant apôtre et l'enfant dieu Dans un sable gris-perle enfoncent leurs pieds roses.

Le ciel mauve est rayé de pourpre et de lilas Où des monts violets se profilent en chaîne ; Un château fort escarpe au loin ses grands murs plats Et Jésus près de Jean porte sa croix de chêne.

Très graves, tous les deux descendent vers le gué; Le petit agneau blanc qui les suit d'un pas calme Admire un nimbe d'or à leur front fatigué, Car Jean comme Jésus a le nimbe et la palme.

Ils vont où le divin mystère les conduit; Mais voici que déjà le croissant de la lune S'éclaire : ils marcheront bien avant dans la nuit, Et Jean aide Jésus à porter sa croix brune.

— 0 toi qui cheminais naguère à mon côté. Toi dont la frêle main rendait ma main si forte, Frère élu du voyage, ô toi qui m'as quitté, Yois-tu le ciel mourant se mirer dans l'eau morte ?

J'évoque les matins auréolés de foi.

Où bénis, et n'ayant qu'une route et qu'un rêve, Nous partions. Mon cœur las se reposait en loi.. Regarde : le croissant de la lune se lève...

ATTENTE

Où donc es-lu ? Mon bras va saigner sous la croix, L'espace nu m'écoute et la nuit tombe encore. L'ombre muette endort la terre et les cieux froids... Je porterai ma croix tout seul, jusqu'à l'aurore.

Page 1