MÉTAMORPHOSE
Comme un voyageur las, mon orgueil s'est couché Et dort près du chemin dans les fossés du doute : Depuis que cette enfant a passé sur ma route, Je ne me souviens plus vers quoi j'ai tant marché.
Tout mon passé m'exile et mes dieux sont en cendre ; Rien n'est resté debout du cœur qui fut le mien, Et dans le cœur récent, je ne retrouve rien Des rêves que mon rêve aimait v voir descendre.
Je suis mort et je nais ; c'est un baptême en deuil Lazare ressuscite et son linceul le glace : C'est un être nouveau qui se dresse à ma place. Et je suis un berceau posé sur un cercueil.
Je suis un étranger qui vient, et me convie ; Un moi nouveau regarde en moi, silencieux ; Je ne reconnais plus mon âme dans mes yeux, Et mon âme s'étonne à contempler ma vie.
l'adoration. 61
Je ne sais plus, je ne vois plus :
Mon âme est trouble Et j'ai les vœux irrésolus
D'un être double.
Mt'illeur et pire qu'autrefois,
J'aime et déteste ; La voix d'enfer se mêle aux voix
D'un chant céleste.
Je vais, je viens, de l'antre au nid.
Du ciel au gouffre ; Mon cœur se lamente et bénit
Les maux qu'il souffre.
Je vais, je viens, sans savoir où, Comme un homme ivre,
El je meurs du désespoir fou Qui me fait vivre.
Mon calme a peur, ma fièvre a froid,
Et quand j'écoute S'assoupir mon doute qui croit.
Mon espoir doute.
Tout un essaim d'âpres douleurs
Sort de ma joie, Et mon extase naît des pleurs
Où je la noie.
l'adoration. 63
Inconscient et tour à tour
Joyeux ou sombre, Je recherche l'ombre et le jour,
Le jour et l'ombre.
Lassé de tout, du mal, du bien,
Et de moi-même, J'aime tout et je n'aime rien
De ce que j'aime.
Mais si, changeant à chaque instant,
Je pleure et chante, C'est pour te ressembler d'autant,
Douce méchante !