MARCHE FUNEBRE
Tu pleures, douce enfant, près du cercueil, tu pleures A cause de la sœur qui part quand tu demeures.
Jamais encor tu n'as pleuré, voici les pleurs,
Et dans les fleurs de deuil l'aurore des douleurs :
L'aurore des douleurs se lève sur la vie
Et ta douleur, devant mon cœur, te sanctifie.
Ma sœur en pleurs, ô toi vers qui j'ai tant soufi'erl, Je souffre en ta douleur plus qu'en mon propre enfer.
Mon cœur, étant le tien, saigne par ton martyre, Et je n'ai même pas le droit de t'en rien dire;
Et je n'ai pas le droit de venir près de toi,
Car, s'ils me voyaient pâle, ils comprendraientpourquoi,
Et je souffre trois fois, dans l'exil du mystère, De souffrir, de te voir souffrir, et de me taire :
Trois fois, d'un chagrin tel qu'il calmerait le tien, D'un chagrin si profond que tu n'en sauras rien!
l'adoration. 131