A DO RAT ION
De la scène où vos cent toilettes Vous faisaient reine du château, Vous montez sur d'autres sellettes Dans les plis de votre manteau, Vous rapportez deux côtelettes.
Mais vous brûlez les omelettes, Et quand vous cuisez un gâteau, Il faut le gratter du couteau :
De là, scènes.
Astarlé devient Alecto :
J'efface au livre des emplettes Votre deux-sous-de-violettes.
Puis, las, je vais incognito M'offrir en pâture aux ablettes De la Seine.
Univers, cèle ce mystère :
Je veux tuer le mandarin.
Car si l'amour n'est budgélaire,
L'or et l'argent, ces dieux d'airain,
Condamnent l'amour à se taire.
Les gueux n'ont droit qu'à l'adultère L'amour pauvre sème son grain Dans tous les sillons du terrain Universel.
Aussi, pour bercer mon chagrin, Je rêve en un lit solitaire De quelque somptueux notaire Épris de quelque alexandrin.
Qui me nomme son légataire Universel !
l'adoration. 161
L'OPi
De l'or ! Oh, je voudrais de l'or, des monceaux d'or! L'or, père des mauvais conseils, aïeul des haines. Qui fait rêver, devant les blés de messidor, La lente obésité des cervelles humaines !
L'or qui peut tant de mal et veut si peu de bien,
L'or, splendeur du néant, l'or, fange fécondée,
L'or triomphal, qui fait un prince avec un chien,
L*or, despote du rêve et bourreau de l'idée !
Moloch au large rire insultant, l'or moqueur, Cynique et fourbe, injuste et lâche, For infâme ! De l'or, pour te paraître aussi grand que mon cœur Et construire un seuil d'or au temple de mon âme !
De l'or, pour amuser tes vœux ou tes regrets, Pour parer ta jeunesse ainsi qu'une chapelle. Pour que ce fût par moi lorsque tu sourirais, Pour que tu sois plus gaie en te croyant plus belle !
De l'or, pour conquérir le droit d'aller vers toi, Pour suivre à tes côtés mon chemin sur la terre, De l'or, pour abdiquer dans tes mains, double roi, La fierté d'être seul et l'orgueil de me taire !
ADORATION. 163