CHAPITRE IX
Un ptij^me. — Les Indiens de la Loa. — ZimpoU le taloueur. — Comment le Hollandais Van-Hysem triompha aux yeux de Sonni-lLouni , une de ses* nombreuses épcmses. — Joiin Hick , le l«ttitic:lo8iibr9. -^Féfttsteit massaoïes.
QiA madis, le mattra eaiMaiiœr du vaisseau se présenta derrant Straddling. S'était nn gros Hollaii'^ dm, à la fkce ndMeonde et boutoniieiise , assez b0n hooïme du reste , mais le plus affreax bigame, (m plutôt polygame , qui eût foulé le» planche» d'an navire , à cette époque où cependant la polygamie était assez généralement pratiquée par les gens de mer.
Le mjsitpe canonnier Vaii*-Hysem a^t ménage à His^ik , près de la Haye , en Hollande ; à Saint- Georges, près de^ Bristol, en Angleterre; il s'était marié dans les ïnèes Orientales, au: Brésil, au Pé- ^ou , dans les Iles l^lippînes , même au Japon , et
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dans bien d'autres pays! Aussi possédait-il un curieux assortiment de femmes diversement coloriées, depuis le blanc jusqu'au noir, depuis le jaune clair jusqu'à l'olivâtre foncé. Il en comptait un nombre tel que , en homme d'ordre et crainte de Confusion, il avait échelonné une mèche de cheveux de chacune d'elles sur un petit calepin cartonné , assez semblable à la carte d'échajitillons d'un tailleur ou d'un marchand de nouveautés. Par surcroît de précaution , au-dessous de chaque mèche , il avait pris soin d'inscrire le nom, l'âge, le pays et la couleur de celle qui l'avait fournie. Le plus curieux , c'est que le sensible Hollandais affirmait ne s'être jamais marié que par inclination , et ressentir un amour égal poiu* toutes ses épouses , quelle que fût la date de leur mariage et même de leur naissance.
« Capitaine, dit le maître canonnier à Straddling, si mon estime est exacte, et j'ai tout lieu de la croire telle , nous avoisinons le morne d'Aquiny. A un mille d'Aquiny s'ouvre la petite rivière de la Loa. Or, sur la rive gauche de cette rivière habite une peuplade d'Indiens orpailleurs, parmi lesquels j'ai, pris femme, il y a une dizaine d'années. Vous pouvez vérifier le fait sur mon registre, capitaine, » ajouta-t-il en tendant son précieux calepin à Straddling , lequel , sous une mèche de cheveux du noir le plus foncé , put lire la note suivante :
Le 16 du mois de juin de Vannée 1694, épousé au Pérou Kouni-Kouni, 17 ans. — Bords de la Loa; 23 degrés de latitude; longitude y 309. — Je lui ai donné une ceinture de laine rayée ^ avec un collier de grosses perles ^ fabrique de Rotterdam. La Loa abonde en paillettes d^or.
Tandis que Straddling méditait sur cette dernière phrase :
« L'embouchure de la rivière , reprit Van-Hysem, est large et profonde; le navire peut avancer assez loin; les barques feront le reste. Ennemis des Espagnols, comme les Chiriguanes et les Araucans leurs alliés , les gens de la Loa , qui sont Gharruas, fraterniseront volontiers avec nous; nous trouverons facilement chez eux à échanger nos marchandises , et même nos vieux souliers, si bon nous semble, contre des monceaux de poudre d'or ; l'affaire est donc bonne , et pour ma part , capitaine , je ne serais pas fâché de revoir ma petite Xouni-Kouni. >»
L'idée de cette expédition, qui le sortait un peu de ses allures régulières de simple oiseau de proie , sourit à StraddUng. Le jour même le Cinque-Ports ^ majestueusement pavoisé , avec pavillon anglais cette fois, pénétra dans l'embouchure de la Loa. Les barques mises à flot , Van-Hysem , en qualité * de parlementaire, s'avança vers le rivage, déjà couvert de peuple.
Quand, non sans peine, il se fut fait recoanattre, on aiFertit Kmrai-Kofmi , qui aceourot en poussant des cris qu'on eût pu prendre aussi Uen ip&ar des cris de déto'esse que pour des cris 4e joie. L'b«ïreux époux ne s'y tronoiia pa& Pris d'un suint attendrissement, U tomba dans les bras de sa (mmt, laquelle lui présenta bientât un gi^nd garçon au teint douteux, aux cheveux roux, à la face large «t déjà jM^urgecnmée. Devant ce type, moitié lieilandais moitié péruvien, Thomme au calepin ne pot r^^r ses >éla»s ^e paternité. Il gratifia la xnère, non d*ufi mondioir de cotonnade , comme fl avait cocÉuiae d'en user dans les chrcon^aaces ordinaires, mais d'une demi-aune d'étoffie de soie bleue, à la vue de laquelle Kouni-Kouni manifesta sa reconnaissanoe par de nouveaux cris à peu près semblables aux premiers. ^%it le tour de son fils ; Van4Iys^n, fouillant à sa poche , lui donna un scbeliing. L!enfâmt, pour tout remercîment , regarda le donateur d'an air plutôt irrité tpie caressant, et jetant, avec dédain, loin de luiia pièce de momiaie, il s'empara du chapeau à larges bords du maître estnofiftîer, et se Timplanta fièrement mur la tète. YaB- Hysem ne parvint à rentrer en postessi^a de «en chapeau qu'après avoir échangé avec son fik force gourmades, t'enfiemt étant déjà vigoureixx.
Cependant les Anglais , qui entendaient les cris
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peeçants de la éame Van^ysem et fouvaiest ¥ok de qwelie façon un dee naturels du |iays traitait lem* parkoieDtaiffe, conmiençaient à s'ahffmer, lorsque le Hollandais , laissant de oMé fies aflhiras de fftmille^ leur eniFoya «es «ignaux de bon aeeueil.
On prit lente. La difficulté naaintcnant était de poBYoir se iake comfspeoâre autrement que par gestes. Le liaswd viNilut que ebaz le cacique inéiiae das Ukacrua» m trouv&t en oe moment un oortain Indieni fii^¥o qiÉL, .à la .grande aatisfoction de nos macias^ parlait l'anglais très-intelligiblement, et, à leur mm^ oaoifis grande surprise , le prononçait a¥ec raecenluation écossaise.
On le jotommait ZimpoU. Il avait ylngt-einq ai^,
Ifis iajâiiidHre6 sou|d.es et nerveux, la peau olivâtre,
fit âûn œil^ légèremrat ratroossé à la façon uiû&-
^ole , lui dannait à la fois un air souriant et rusé.
Vm*s lesderniàres années du siède qui venait de
finir, après la chute de Tancienne compagnie écos-
^s^ iéndée en Amériqine par William Paterson ,
les calons avaient créé de vastes établissements de
callure vers le Popayaa. Né leur voisin, notée
Indien ZimpoU , encore enfant , avait bégn^é leur
^npke en même temps que la langue de ses pères.
U laesçait Tôtatt 4e iaimuur, où il s'hait rendu
célèbre, aussi bien parmi les IndiâB libires que
parsgd les Indmis soumis. Véritable artiste dans
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son genre» ZimpoU savait assortir ses dessins au caractère , au sexe , à la position officielle des individus qu'il avait à omemenier ^k illustrer, comme nous dirions aujourd'hui.
Chez les Péruviens , comme dans bien d'autres contrées de l'Amérique méridionale , où le vêtement des femmes ne consiste guère que dans une légère ceinture avec pagne flottant, tant qu'une jeune fille p'a pas atteint l'âge nubile, ses membres , respectés par l'aiguillon du tatoueur, restent dans leur complète nudité. Arrivée à celte époque où naît la pudeur sous les premières aspirations des passions qui fermentent, le tatouage lui devient indispensable. Il est pour elle plus qu'un ornement; il est comme un chaste réseau qui l'enveloppe et la cache. Aussi de toutes les cérémonies qui doivent s'échelonner durant la vie de la femme indienne, le premier tatouage , la fête de la nubilité , est-elle la plus importante.
Cette opération , ZimpoU venait de l'achever sur la fille du cacique , lorsque l'arrivée imprévue des Anglais lui imposa un autre rôle à jouer que celui de tatoueur.
Devenu soudainement interprète, non assermenté, le jeune sauvage eut pour nouvelle mission de faire part aux chefs indiens, en langue quichua, l'ancienne langue du Pérou, des intentions pacifiques
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des Anglais, les ennemis de leurs ennemis, et de transmettre aux nouveaux débarqués les compliments des Charruas de la Loa , traduits en langue shakspearienne vinaigrée d'une pointe de scottisme.
Grâce à lui, le bon accord régna bientôt des deux ; côtés; les propositions d'échanges accueillies, les S gens du Cinqite-Ports improvisèrent un champ de I foire sur le rivage; ils y étalèrent leurs marchandises , composées en partie de quelques ballots d'étoffes de laine et de coton apportées d'Angleteri'e , I ou récemment pillées par eux sur les caboteurs espagnols ; mais ce n'était pas là ce qui pouvait tenter le plus ces naïves populations.
Les clous, les petites haches , les couteaux , tout ce qui était fer, excitait la convoitise des hommes ; la verroterie, les colliers et les bracelets de rassade, celle des femmes. Tout cela se payait avec de la poudre d'or, ou s'échangeait contre des monceaux de bananes, de noix de cacao, ou des peaux de cerfs et de ehinchillas , des gommes et des résines odoriférantes.
Straddling, les mains dans les poches , se dandinant de droite à gauche et de gauche à droite , se promenait au milieu de ce pêle-mêle d'acheteurs et de vendeurs , lorgnant la poudre d'or et réfléchis* *aiit, lorsque ZimpoU vint lui annoncer la visite of-
fideUe du cackfue, qui s'avamçak dceomiMigiié de ses alliés les cbefB des Arancans et des GhirttpHmeSf accourus, ainsi qu'un grand uondire des leim, pour prendre part aux fêtés du jour.
Ces chefs, chaussés d'espadrilles de cuir faeve, les épaules cou¥ertes d'an pagne «itiènement J)kDC» portant, comme inngne de leur rang , le bm^ bot, petite plafpie d'or ouvragé , appliqué à la ]èm supérieure, se présentèi^int les premiers. Le caâfoe les suivait En qualité de fils du soktl, car il état letbosoendant d'Yupanqui, le dixîtoia Inca, tros flèches d'or surmontaient les trêves de sa chei^
lure.
Au nom de sa iUle, il venait inviter les étrangers aux fêtas de la nubilité. Après quoi il conduisit Slraddling et son état-major sous un mas»f d'immenses courbarils aux branches étalées ei qmfofmaient comme une voûte sombre. Le cacique et te autres chefs prirent alors des cigares énormes aiittmes par un de leurs bouts , et, après en avoir aspiré la fumée, ils la soufflèrent lentement au vifisgc de chacun de leurs hôtes. Oui , à partir de ^ bb^^* mettt« ces étrangers venus d'Europe, ces hiafflaffles 4onile visage pftle leur rappelle ceiui de lems fetséouiaiUB , ils sont leurs hétes , c'est-à-dine Jffi^ aotts, leurs ir^es ; à moins de félonie fiagisn^^ Hb peuvent désoianais .se fier à lair bcmneid, 1^'
tmrit IMkrementleurs terre» et dormir en paix sous leuFs toits de femUiiE^.
fSffsii nos'gpOBS du Cinqwe^Port»^ cette cérémonie accomplie sous^ Tinvocation âe Pachacamac, le dicfn cta ekl, ne laissa pas cfue d'^en Mre sourire quelqvesHins ; et , chose étrange , Selkirk et Straddling seris semMèrent s'en émouvoir vivement. Selkirt wnait de contracter une alliance avec les Itidiens ; ^ns le fond de son cosur il leur promettait cette affection, ce dévouement dont il n'avait pas jugé Sgnes les bommes de FEurope en général , et ses compatriotes en particulier. H n'en était pas absohiment ainri de Straddling , quoiqu'il parût, autant î^e le jeune msdtre , enchanté du résultat de la séance.
De retour parmi les siens, il fit venir le matelot tarabert, son âme damnée.
« Choisis trois camarades* sur lesquels tu puisses compter, lui dit-il, et, tanifis que tout le monde sera ^^'^pé, du côté du rivage , de fêtes et de marchan* ^ , parcourez le pays et les habitations princi- P^^s.... nous en avons le droit maintenant.... et tâchez de êéeouvrirrendrDit où les chefs de ces peauir années emmagasinent leur poudre d'or. Ne touchez ^^^ s»ns mon ordre cependant; c'est à nKii dV viser. »
^eûàant ce temps^, les jeux de- la lutte , de la
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course et du laço , avaient commencé. On se préparait au tir de Tare, quand Van-Hysem qui, dans sa jeunesse , avait fait partie d*une société de l'arbalète, se sentit pris du désir orgueilleux de témoigner de son adresse devant Kouni-Kouni, son épouse. Supposant qu'un tatoueur élevé parmi des colons écossais .devait être moins expérimenté dans cet exercice que des Gharruas ou des Araucans , tous reconnus pour d'excellents archers, il défia témérairement ZimpoU.
Le bravo, après avoir, d'un air narquois, regardé le Hollandais à l'épaisse encolure, lui répondit :
« Tirons-nous à la plume ou à l'écaillé , autre- * ment dit, à l'oiseau ou au poisson? » j
Van-Hysem, un peu troublé par la question, sup- 1 posa qu'il s'agissait de poissons volants, et» comme ^ ceux-ci ne volent guère mieux que des oiseaux de basse-cour, il leur donna la préférence. On descendit vers la Loa , on jeta dans ses flots quelques amorces qui surnagèrent. Un poisson, puis un autre, puis un troisième, s'avancèrent pour happer la proie; mais avant qu'ils eussent pu l'atteindre, ils étaient eux-mêmes atteints et transpercés par la flèche du Bravo.
Le maître canonnier prit l'arc à son tour, le tendit, en ayant soin de se bien poser sur ses solides appuis, ainsi qu'on le lui avait enseigné autrefois à la so-
ciété des arbalétriers de Rotterdam; il ajusta, prit bien sa visée, attendant l'ennemi. Cependant déjà , à plusieurs reprises, un museau écailleux s'était montré à la surface de l'eau et avait entraîné Tamorce dans les profondeurs de la Loa, et le brave Van-Hysem, toujours dans sa môme position expectanle, n'avait pas encore jugé l'instant favorable au lancement du trait. A l'approche d'un nouveau happeur, il allait s'y décider peut-être, lorsqu'un pétrel géant, plus prompt que lui dans ses décisions, rase rapidement le flot et emporte le poisson; le Hollandais déplace son but alors, il vise au pétrel et....le manque!
Kouni-Kouni était témoin de la scène ; elle entendait des rires moqueurs s'élever autour de l'inhabile archer, et, frémissante de honte, elle courbait la tète. Tout à coup elle la relève, saisit une flèche , anrache l'arc des mains de son mari, et, frappé en plein vol, le pétrel , après avoir tournoyé en Fair, tombe à ses pieds avec la victime qu'il n'avait pu encore engloutir.
C'est ainsi que le Hollandais Van-Hysem triompha aux yeux de Kouni-Kouni, une de ses nombreuses épouses.
Pour relever l'équipage du Cinque-Ports de cette espèce d'affront enduré dans la personne du maître ^^uonnier, un matelot irlandais proposa une partie de
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boxe ànnOiirigiiaiie, précédemment vainqueur daas saluttecorpsàcorpscontre un Araucan.GetlriaBdais, appelé John Ride, quoique maigre decorpset pâle de wage, était une espèce d'hercule, de même que , en dépit de sa physionomie froide et sombre, il awit la réputation d'être très-facéfieux ; il égayait le bord par son humour. Il faut bien rire un peu ! » ét»t son refrain Imbituel, et ses camarades l'avaient sni^ nommé le loustic lugubre.
Lai proposition acceptée, il ôte sa veste, relève ses manches de chemise , et, à la vue de ses bras nus, l'assemblée entière des Gharruas et de lewr» alliés fait entendre une rumeur d'étonnemairt : « Il est tatoué! »
John Rick a^ait sur le bras droit use ancre de vaisseau figurée, avec le nom du premier bâdment sur lequel il était monté en qualité de rnooese. Sm bras gauche prés^tait une sorte d'mtel, avee deex cceurs percés d'une flèche; au^iessous, uanom de femme et une date: le tout d'après le ptocédéctaen*puncture pratiqué alors par les marins et les s^ dats. Aussi bien que l'aircre et Faute! , les* Indioas prenaient pour des signe» représentatife d'objet quelconques les chiffres et les lettres; et la vue d'un S, avec sa forme de serpent , leur fit faire an mouvement de recul et d'Iwrreur, l'image dîun objet ayant eu "ne étant à leurs yeux^ en fini de ta^
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toyage, de tou» les sacrilèges le pii!«r abominable. Il Mut que ffîmpoU les rassurât à ee sujet. Quant âffi[ deux coÈors p^cés d'une flèdbe y, ils les prirent pour des figues de cactus, cru pour des fruits d'Europe» qfli sans doute avaient servi de but à eet. An*ghûs dans quelque mémorable cooncours à Tare.
bsL lutte eut lieu ; la victoire re^a quelque tempe indécise entre les deux athlètes ; mais le Ëhiriguaiie, non plus- vigoureux , mais plus agile que son adversaire, par un brusque tournoiement de corps lui*
ayant Mt perdre Téquilibre , retendit enâa sur le saUe.
Llilandais Joha Bick n'avait donc pas réparé la déconfiture du Hollandais Yan-Hysem^
Une autre préoccupation fit bientôt place à cdlO'là. Le moment du dîner était venu.
Sur Tordre du caciipie, on pla^a devant les AnglaîS) réunis^ sous une espèce de vaste hangar cou- ^^ de feuiUes de palmier, des pyramides da coquillages,, les plus" beaux poissons de la Loa, dies tranches de cerf et de sanglier pécari, et^ pour plat. i*honneur, une autruche bâtarde , saupoudréa âe l'^'ncou et lardée degousses de vanille. A chacun des convives étrangers on avait d'abord distribué, comme coupe, une moitié de gourde , savammant historiée d^ dessinslinéaires, et qu'ils remplissaient àBpuique. Cette liqueur, extraite de l'agave-me^ey , après
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avoir subi la fermentation , n'est pas sans attraits , même pour un ivrogne de Londres ou d'Amsterdam.
Pendant les jeux et les luttes, Selkirk*, témoin de la force et de l'adresse des Indiens , admirant leur cordiale hospitalité , croyait retrouver en eux les mœur« des peuples antiques. Il étudiait leurs formes élégantes, la souplesse de leur taille , l'expression profonde, quoique mélancolique , de leur œil noir. Il avait, durant le repas, observé la retenue et la sobriété des fenunes, qui, mères avant tout, se contentant d'un fruit ou d'un morceau de manioc, se tenaient modestement à l'écart pour donner à leurs enfants leurs beaux seins bruns, brodés d'arabesques , semblables , par leur couleur de bronze florentin, comme par les dessins qui les ornementaient, à ces courges dans lesquelles, en ce moment, les Anglais buvaient le vin d'agave.
Le repas terminé, laissant les Indiens à leurs jeux, les Anglais à leur commerce, il s'empressa d'aller réjouir sa vue de l'aspect du paysage, caries grands tableaux de la nature n'étaient jamais restés muQts devant lui.
Depuis plus d'une heure il s'oubliait dans sa contemplation, lorsque dans la partie est de la contrée, partie d'ordinaire la plus populeuse, mais qui comptait alors plus d'habitations que d'habitants , il vit passer , à travers les toits de feuillage ,
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Lambert et trois autres matelots. Une idée de défiance lui traversa aussitôt l'esprit. Il allait leur intimer Tordre de redescendre vers le rivage, où lui-même se disposait à les accompagner pour faire part à Straddling de ses soupçons , quand un cri désespéré se fît entendre derrière lui. Sans plus songer à ses maraudeurs , il prêta Toreille.
Bientôt un grand tumulte , mêlé d'exclamations véhémentes et de sifflements aigus, éclata dans la partie des bois qu*il avoisinait : les Indiens des diverses races s'appelaient de tous côtés, avec des gémissements ou des accents de fureur. Prévoyant un conflit , un danger , comme il pressait le pas pour se rendre à son poste, à la bifurcation d'un sentier , John Rick , le matelot irlandais , plus pâle encore que de coutume, et dont les longues jambes arpentaient le terrain avec une vélocité toute particulière , le croisa :
« Qu'est-il donc arrivé? lui demanda Selkirk, en le forçant tout à coup de suspendre son élan.
— Moins que rien, lui répondit celui-ci; mais avec ces bêtes brutes de sauvages, on ne peut même pas rire un peu ! »
Une flèche qui , après avoir traversé une haie de nopals , passa devant leurs yeux comme un éblouissement , mit fin à la conversation.
Dans tout ce bruit, dans tout ce vacarme qui
se faifiiit antoor d'eux , il n'était question , en efièt, que d'une plaisanterie du loustic lugubre.
John Rick atait gardé rancune au Ghiriguane, son vainqueur dans la lutte. Tout au contraire, le GMrigoane , soudainement pris d'affection pour cet Européen tatoué , ne pouvait plus se séparer de lui , tant l'autel , surmonté de deux figues, l'avait disposé en sa &veur. C'était là un tatouagB original, inconnu au Pérou comme an Chili , et il se serait senti glorieux d'en être décoré. Il ne tarda pa» à faire comprendre son désir à l'Irlandais. Bâchante de trouver une si benne occasion de lui jouer un mauvais tour, John Rtck l'avait emmené dans un endroit écarté, et, au moyen d'une épine et d'un peu de poudre à tirer, lui avait dessiné en pldne pœtrine , non deux figues p^cées d'une ffèche , mais un petit cMea k longue» oreilles , portant la queue galamment retroussée.
L'opération &ite , le premier Indien qui vint à passer parla recula d'borreur, en jetant l'anathème ' smr le malheureux Chiriguane ; c'était alors que celuiHïi a^it poussé ce cri lamentable, bientôt répercuté par mille échos de colère et de vengeance. On se rappelle Thorreur que leur inspirait toute représentation d'un objet animé; c'était pMr eux un signe de malédiction qui de Findividu poH^^
vatt ^'éi'méte à la fomille, et même à la peuplade.
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Ccypendânt , Sdkirk poursuivait sa course. Parjfsmi au soffîmet d'une des collines rocheuses, il vit des Indieiis ^ qui s'étaient pris de querelle avec des gras de l'écpiifwige , ks poosser devant eux , aa lûsani eaitesâre «des icsrîs et des menaces ; et il araivait que , lorsqu'un des martelots avait reçu une trop mde secrasse , de ses vêtements s'échappaient des j^ , des rayonnements dorés , qui brillaient m inatant au soleil« seii^ilables aux rapides élincrïbes û'une fusée.
€qs matelots n'étaient auti*es que Lambert et ses compagnoBs , surpris comme ils emplissaient leurs fmàxeB de poudre d'or volée dans les ajoupas. Cetle violation flagrante des lois de l'hospitalité B'aurait pas suffi, peut-être, pour exciter contre les Anglais la fureur des Indiens ; mais die vint ajcmter un nouveau ferment à l'exaltation que produisait de tous côtés l'attentat sacrUége commis sur la paisonnedu Ghirîguane.
lies Charmas et leurs alliés se rassemblaient, se ooBûGrtaient; une fièvi*e de vaogeaiice , se commuwpant de l'un à l'autre, de groupe en ^oupe, ^EAeimçait de transformer en champ de bataille le livi^, tout à l'heure lémom de leurs jeux et de leurs fêtes. La flèche n'était pas ^core tendbue sqt 1*^1%, «^ds le regard était armé et le geste provo- ^it. 9^ cpielques comptoirs avalait é^ pitiés ;
les peuples simples et primitifs , une fois possédés de colère , deviennent facilement pillards : souvent même ils n*ont pas besoin de cet excitant.
De leur côté , les Anglais , inquiets de cette manifestation qu'ils ne savaient encore à quelle cause attribuer, s'étaient rapprochés de la rivière ; Van- Hyseni , en bon mari , venait , à tout hasard , de faire ses adieux à Kouni-Kouni; et lorsqu'il avait cherché son fils pour l'embrasser, il ne l'avait plus trouvé : l'enfant s'était sauvé dans les bois, en emportant le chapeau de son père , cette proie si ardemment convoitée par lui depuis le matin.
Les choses en étaient là; des deux côtés on criait à la trahison, et le Bravo Zimpoll, qui avait rejoint les Anglais , se disposait à se présenter de leur part au cacique en qualité de parlementaire , quand le bruit d'une arme à feu retentit.
Lambert, d'un coup de pistolet, venait de se débarrasser d'un indigène qui le retenait captif.
En voyant tomber un des leurs, les Charmas cessent d'hésiter ; ils poussent leur cri de guerre et s'élancent en avant. Accueillis par une vive fusillade, ils y répondent par une grêle de traits qui s'égarent au milieu de ce nuage de poudre étendu sur leurs adversaires.
Lorsque Selkirk , après quelques détours forcés , arriva à l'endroit du rivage naguère occupé par les
Anglais, ceux-ci venaient de s'embarquer. Il héla le dernier canot, distant seulement de quelques brasses; le canot, après avoir fait un mouvement pour se rapprocher de lui, virant tout à coup de bord, s'éloigna à force de rames.
Placé à découvert entre les Indiens qui se précir pitaient vers le rivage en poussant des cris épouvantables, et ses compagnons qui l'abandonnaient à son mauvais destin, il eut un moment l'idée de s'en remettre, quoi qu'il dût advenir, à la générosité I des Charruas ; mais un homme de l'équipage, attardé i comme lui, venait de tomber entre leurs mains, ^ et Selkirk les vit le massacrer impitoyablement.