‹ Seul!Chapitre 15 sur 51 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Une famille dlndiens Mosquitos. — Le Tieillard aux trois yeux. — La jeune fille au trogon couroucou. — Hospitalité. — Mamma ! — Ce que Seikirk vit à travers une fissure du carbet, et ce qu'il entendit. — La protection d'un enfant. — Les Cargadores.

Quatre hommes, jeunes et de taille moyenne, le visage arrondi , le nez gros ; un vieillard au regard fixe et perçant, aux dents éclatantes de blancheur ; deux femmes et un enfant, étaient les hôtes du carbet ou jacal des Indiens libres. En dépit de la forme sphérique de leur visage, tous étaient d'une maigreur eflfrayante; de longs cheveux noirs et rades leur pendaient sur les épaules ; leur teint, d'un jaune terreux, se ravivait seulement sous le tatouage dont ZimpoU ou ses confrères dans l'art de la peinture sur peau humaine les avaient décorés avec un luxe inouï de rouge, de bleu et d'autres

U)0 seul!

couleurs vives et tranchantes. A l'opposé des Indiens de la Loa , sur le corps, aussi bien que sur la face de ceux-ci, se trouvaient représentés des animaux en même temps que des plantes.

Une des femmes portait sur chacune de ses joues osseuses, aux pommettes proéminentes , un oiseau qui, les ailes à demi éployées, le bec entr*ouvert, le cou tendu, semblait menacer de mordre et de déchirer le nez de cette disgracieuse créature, lequel nez du reste, par son épatement exagéré, avait l'air d^aller de lui-même aa-deva^t do conp de bec. Des coquillages, des scarabées, de petits serpents rampaient, glissaient, couraient le long de sa poitrine et de ses membres, sur des rameaux en fleur. Fatile de mieux, elle eût pu servir d'atlas colorié pour les produits naturels du Darien. L'autre feçime , pins jeune, moins surchargée de peintures» était nÊtoe d'n&e kmgue robe sans manches, doM ks fibres de Taloès-pita, ou l'écorce du raûrier^papynts, avaient fourni Féto£Ee.

Quant au vieillard » l'art du tatoueur , par une fantaisie singulière, peut-être dans un sens em*" blématique , avait reproduit sur sû& front un ceâ immense, à la prunelle sanglante , qui donnail h ce chef de la &mjlle un aspect terriâ^t Lorsqu'il vous r^ardait, on pouvait croire (fue trois jmx s'ouvraient à la fois sur vous; veiiait*il à fermer

les paii{Mères » tt Fappelak aussitât k Polyphèfiie d'Homtee^ Sesul » l'entot n'ataîl subi aumm genre d'UœlvaÉkin ; aiisai> bxl milieu de ees monstres, eaFeftt mlooâefs tromè graciera el joli, en dépit de sa peen Uamée et de ses petits yeux méchaots*.

Le cariiet , deot il éteît difficike de distingua F ameuMeoiâil a» milieu des «mas de paille et d*épis de maïs qcà encombraiefit le s<d » avait pour ornements sur ses muraiUes de terre cinq grands arcs, autant de caripiois de cuir, des panneaux ou filets pour prendre le gibier, et une sorte d'étui pkl d^où sortaient des manches de couteaux macUie$. Une table basse , fetile de bambous , des nattes, un paquet de cordes, un chaudron, une hache de fer, compilaient le mobilier.

Lorsque Sdkirk, furécédé de Zimpoll, entra dans le jacal , parmi les Jeunes hommes , ks uns confec« tiomaient des filets de chasse^ ks autres des flèches, qu'ils acmaieDi de pomtes acérées au moyen d\iii petit morceau de fer, d^ petit fragment de silex , ou même d*un éetat d'os de quelque animal. Les £uQmes, Fatnée surtout, s'occupaient d'ouvrages de vannerie ; la plus jeune , s'interrompant à chaque instont pour attraper des mouches , les donnait à manger à un trogon couroucou , affreux oiseau à l'air atupide , au plumage ébouriflë , et qu'eNe soadiilait entourer de tmdres soins et presque de

192 SEULl

respect. Le trogon , grand destructeur de moustiques, est, à ce titre, vénéré par les Mosquitos, tout autant que Tibis , destructeur de sauterelles , l'était par les anciens Égyptiens. Celui-ci, qui n'ayait pas encore atteint Tàge où il aurait pu voler librement , s'était brisé l'aile en tombant de son nid ; de là les soins que lui prodiguait la jeune fille. En guise de bandage, elle l'avait enveloppé dans une feuille de maïs , et le tenait constamment sur ses genoux, ce qui témoignait du moins de l'excellent cœur de ce laideron mosquito.

Le vieillard aux trois yeux, seul en plein repos, et dans toute la majesté d'un patriarche indien, étendu sur une natte, avec une botte de paille pour coussin, fumait, et, selon l'habitude d'un grand nombre de tribus américaines, il aspirait la fumée par la narine , et la rendait par la bouche.

A la vue de ZimpoU, toute la famille se leva et l'accueillit avec des démonstrations de joie , mais pas un ne sembla faire attention à l'étranger qui l'accompagnait ; pas un, même par un mouvement imperceptible , ne lui envoya le plus léger signe de bienvenue.

Peu rassuré devant un pareil accueil, embarrassé de la contenance qu'il devait prendre , le fugitif du Cinque-Ports s'assit tristement, sans y être invité, sur un tronçon d'arbre jeté là pour servir de siège

SEUL! in

on de billot ; et voyant à son cOté Tenfant qui le regardait d'un air à la fois inquiet et hargneux, dans son besoin de se donner un maintien , il fit un mouvement pour l'attirer à lui. Saisi d'effroi, l'enfant recula et se jeta dans les bras de la femme si richement tatouée , en criant : « Mamma ! »

Mamma!... maman! ce mot qui se retrouve dans toutes les langues de l'univerâ, aussi bien dans les nombreux dialectes des sauvages de l'Amérique que dans ceux de l'Europe civilisée; ce mot si doux , si saint , le premier que tous nous ayons bégayé; ce mot qui, dans notre enfance, nous inspire tant de confiance et de force, plus tard tant de regrets , retentit dans le cœur de Selkirk pour y éveiller mille sentiments depuis longtemps muets. H se rappelle que lui aussi il eut une mère qu'il a connue, entrevue à peine.... Ah! si elle ' avait vécu, il n'aurait point pris en haine la maison paternelle; il ne se serait point éloigné sans retour de Largo-Bay ; il ne se trouverait point en ce moment dans un coin perdu de la terre , n'ayant d'espoir que dans la bonne foi et le bon vouloir de ces hommes dont l'accueil glacial et le maintien sinistre l'épouvantent. Et en songeant à sa mère , à cette mère dont sa mémoire n'a pas même conservé les traits, mais qu'à travers les nuages confus et embrouillés de ses premiers souvenirs il revoit

Page 1