‹ Seul!Chapitre 17 sur 51 · M6 SE€L · texte numérisé non relu

M6 SE€L

particulier, mais ses souliers, son chapeau depaiUe, sa Teste de matelot et son chapelet aux grains (l*ébène et de corail. Ce dernier objet, Selkirk le passa au cou de Ghunn. €'était tout ce qui lui restait à donner. Après quoi, les femmes déposèrent devant lui du tabac roulé, des patates cuites sous la cendre, et une petite corbeille remplie de figues de cactus et de poires d'aguacate.

« Maintenant qn'allons-nous faire de notre nouvd ami? demanda le fils aîné, le père de Chunn.

— Nous tiendrons la promesse que lui avait faite ZimpoU de le conduire jusqu'à l'autre mer, répondit le vieillard. Que deux d'entre vous se diargent de le transporter au delà des montagnes blanches ; les Anglais vous donneront bien, comme salaire, quelques gourdes de leur bonne eau de feu qui prolonge la vie. »

Et il désigna deux de ses fils, quîj(%^^ lui avoii( répondu par un signe de soumissk»wlwBigèrent entre eux un regard significatif.

Pour se débarrasser de leur tatouage , dû plutôt à la couleur qu'au poinçon, ils se lav&ent la figure dans une eau mélangée de cendre; ainsi dâ)arbouillés, ils ressemblaient aux autres Indiens de l'isthme , et leurs traits , en grande partie , avaient perdu ce caractère de férocité qui les distinguait si fort tout à ITieure.

On prépara la ebaise étoupèe, à laquelle se ratlachaient de solides courroies de euir de cerf et de Yacbe marine; car nos gens, au besoin , étaient en effet des eargadores.

La nuit à peine ^enue , Selkirk a quitté le carbet , commodén^ent assis sur le dos de son cargador , qui, comme nos bœufs d'attelage , a son front ceint de la courrroie. Épuisé par toutes les émotions de cette terrible journée, le sommeil lui revient bientôt, sommeil puissant, impérieux, maladif, qui s'interrompt à peine lorsqu'un de ses porteurs relaye l'autre.

L'intention des deux Mosquitos en consentant à ^ 9B mettre au service de l'étranger , n'avait été I antre que de le livrer, moyennant rançon, aux ' autorités espagnoles; donc, au lieu de prendre I dtt côté des ^ montagnes, ils se dirigèrent vers la 1 ;inile de Saint^^fiehel, située, non loin de là, sur le ^ golfe du m&Hia nom; mais à mi-i'oute, iis devaient feire une rencontre à laquelle ils étaient loin de s'attendre.

Les matelots envoyés à la recherche des fugitifs , après une exploration sans résultats, s'étaient tenus cachés dans les taillis, attendant que l'ombre du soir les protégeât pour regagner le navire. Ils venaient de quitter leur gîte quand un bruit de pas retentit derrière eux.

Ils s'arrêtèrent pour observer. C'étaient deux pauvres Indiens , attardés au travail sans doute. Ils se contentèrent de se ranger du côté le plus obscur du chemin pour leur livrer passage. Un rayon de la lune, leur fit entrevoir alors, sous l'apparence d*un fantôme endormi , un troisième personnage porté à dos par im des Indiens. Le fantôme avait une veste de matelot. Ils le reconnurent facilement, et, remerciant Dieu ou le diable de cette rencontre miraculeuse, ils abordèrent les cargadores.

Si ce fut de gré ou de force, avec ou sans rançon, nous l'ignorons ; mais la chaise étoupée passa des épaules d'un Mosquito sur celles d'un Anglais.

Selkirk dormait toujours. Il ne s'éveilla qu'en éprouvant, à diverses reprises, un grand mouvement d'oscillation, comme si son porteur trébuchait sous lui. Ouvrant les yeux à demi, aux clartés lunaires qu'il prend pour celles du jour naissant, il se voit entouré par une immense nappe d'eau, et le rivage semble fuir. A-t-il atteint déjà le golfe de Darien?... Combien d'heures a-t-il donc dormi?

A mesure que son regard devient plus luôide, interrogeant autour de lui et là terre et les eaux, il croit reconnaître , au delà du rivage , la route sablonneuse que, avec Zimpoll, il a suivie dans la matinée de ce même jour, et, à mi-côte, le taillis de jungles qui l'a d'abord abrité. Plein d'anxiété,

il regarde au dessous de lui ; il est sur un canot, et ce canot, il n'en peut douter, appartient au Cinque-Ports. Il pousse un cri, se jette à bas de sa chaise ; par un même mouvement , son porteur se retourne.... Son porteur, c'était John Rick.

« Monsieur Selkirk , lui dit l'Irlandais de sa voix caverneuse, vous étiez sous notre garde, à Lambert et à moi; vous nous avez faussé compagnie.... bien joué! Maintenant nous prenons notre revanche.... mieux joué encore! Tout ça, histoire de s'amuser; faut bien rire un peu ! »

Lorsqu'on lui eut ramené son déserteur , Straddling, le regard enflammé, ses sourcils presque perdus dans ses cheveux, d'un geste terrifiant lui montra la grande vergue.

Mais Selkirk ne vit ni la grande vergue ni même Sti^ddling; il s'était déjà rendormi.

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