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soBD^nent de sel, depuis que sou quartier de porc est consommé. Eu effet, la chair du poisson, depuis quelque temps, lui cause des nausées, provoque môme chez lui des indigestions fréquentes; il y renoDce; son estomac se rétablit; et néanmoins ses accès de torpeur et de mélancolie continuent.
Où il se sent k plus vivement en proie à cet état d'angoisses, c'est dans ces instants de calme immense, commims sous les tropiques; quand les oiseaux se taisent, quand les buissons et les terriers ne rendent pas le moindre murmure, que l'insecte semble endormi sur les fleurs, dont les corolles se ferment; quand les feuilles des mimosas se replient sur elles-mêmes; que le moindre souffle de vent n'agite pas la cime des arbres, et que la mer, immobile, cesse de battre le rivage.
Ce qu'un pareil silence ajoute à Tisolement est chose indicible! silence incomplet, cependant, car un bruit aigre et strident vous giince aux oreilles. On dirait que, durant ce grand mutisme de la nature, on entend au-dessous de soi le gémissement de la terre tournant sur son axe ; puis, au-dessus de 88- tête, dans les profondeurs de l'immensité, les rouages des sphères célestes et de ces myriades de mondes qui gravitent dans l'espace. La pensée alors se trouble et s'épuise devant cette immobilité saisissante et terrible, et l'homme qui, dans un pareil
moment, ne peut avoir recours à ses semblables pour se distraire ou pour se rassurer, reste accablé sous sous néant.
Parfois Selkirk en appelait à lui-même pour briser ce silence accablant et douloureux ; il articulait quelques paroles à haute voix, et sa voix lui faisait peur! elle lui semblait formidable et hors de son diapason naturel.
Il arriva que, pendant un de ces calmes sinistres, où tout parait s'arrêter dans l'œuvre de la création, même les battements du cœur de l'homme, assis sur le rivage, n'ayant même pas la force de fixmer, Selkirk attendait vainement la brise du soir; rien ne venait, que l'obscurité de la nuit. On eût dit que la lune, subissant à son tour cette fixité de toutes choses, se trouvait retenue par quelque puissance fatale derrière le cercle de l'horizon; la mer était morne, sombre et comme figée.
Tout à coup, sans que le vent eût souflflé , il vit à sa droite , sur une étendue assez vaste, la mer bouillonner et s'agiter violemment ; il crut d'abord à un toufany à une de ces tempêtes intérieures et circonscrites, qui parfois agitent la vague. Mais presque aussitôt il distingua , ou pensa distinguer, une multitude de barques et de pirogues, sillonnant la surface des eaux. La flottille aborda dans une anse creusée du côté des montagnes.
Il ne Yit plus rien, mais il entendit un tumulte épouvantable de cris discordants.
Plus de doute ! des peuplades dlndiens viennent de débarquer sur le rivage. Malheur à lui si ce sont des Bravos ou des Mosquitos ! Une sueur froide lui baigne le front; il court à sa grotte, prend son fusil, met dans sa gibecière de peau de chèvre quelques cornets de poudre et de plomb, un morceau de viande boucanée, sans oublier sa Bible ! et il passe la nuit à errer du côté de l'Oasis, en proie à mille terreurs, entendant sans cesse, derrière lui, des pas qui le poursuivent, et voyant luire des yeux ardents à travers les buissons.
Épuisé de fatigue, il gravit une pente de la montagne, trouve une excavation, s'y blottit, s'y barricade comme il peut, prêt à s'y défendre jusqu'à la mort, et finit par s'y endormir, la main sur la détente de son fusil.
Aux premiers rayons du jour, lorsqu'il se réveilla, des impressions plus calmes avaient succédé à ses terreurs folles : — Pourquoi ces Indiens lui seraientils nécessairement hostiles? Yu leur nombre, ils n'ont rien à craindre de lui ; il est seul, et s'il juge à propos de se montrer à eux, ce sera désarmé et avec des signaux de bon accord.
S'il le faut, il leur fera les honneurs de sa résidence.
±<}s seul!
VieniienHls attirés par l'appât d'une pêche fructueuse ? Il connaît les endroits où le poissonse tient de préférence, à l'ombre des palétuviers; il les leur indiquera. C'est aux deux côtés de la baie, sur un fond de sable, où les filets peuvent manœuvrer aisément.
Sont-ils chasseurs ? Lui-même se chargera du soin de diriger leurs chasses, dans les hautes montagnes, là où les chèvres se sont réfugiées; ou dans les épais taillis de fougères arborescentes, où les petits cochons pécaris ont leurs bauges.
Sont-ils friands des fruits de la terre? Il met l'Ile entière à leur disposition.
Selkirk, déjà bien différent de lui-même, se montrait plein de bienveillantes intentions vis-à-vis de ses bruyants visiteurs ; maïs sous ces beaux projets d'hospitalité courtoise, une autre idée, qu'il n'osait encore s'avouer à lui-môme, se cachait sans doute.
Ces réflexions faites, il se décide à sortir de son trou pour aller à la découverte.
Jusqu'au vallon aux corossoliers, rien ne l'inquiète dans sa marche. Presque complètement rassuré, à peine s'il songe à se tenir sur la défensive. Arrivé à la limite de son ancien verger, il s'arrête; il écoute, il épie. Il n'entend rien, et rien ne s'offre à lui. La flotille indienne a-t*elie déjà repris la mer, ou tenté l'abordage vers un autre point de son île ? Il conti-
nue de descendre. Bientôt les mêmes cris se font entendîre, moins violents, mais aussi continus. C'est comme la rumeur qui accompagne d'ordinaire les préparatifs d'un campement.
Il s'enhardit, toutefois en usant de mille précautions; il yeut voir en essayant de n'être pas vu.
N'avançant qu'un pied après l'autre, ne marchant cjue su^ la roche nue ou sur les herbes sèches, pour ne point laisser de trace sur le sol; se masquant tour à tour d'un monticule ou d'un buisson, d'un arbre, d'un pli du terrain, retenant sa respiration, le cœur palpitant, il arrive enfin à un escarpement de la montagne d'où il peut embrasser la vue de ses myrtes, de sa pelouse, de sa grande plage tout entière, et sa grande plage, il la trouve couverte de phoques.
Ce sont là les ennemis dont l'invasion l'a tant effrayé d'abord.