CHAPITRE II
Changement de fortune. — Coup d'oeil rétrospectif. -— Le filleul du château. — Robert Frye. —L'école commune.— Un sobriquet. — Chassé de l'école !
Quelques mois après la mort de Mac-Yvon, dans la rue principale, Tunique peut-être, du Bas*Largo, au rez-de-chaussée d'une maison de mince apparence, dont la toiture en chaume était couverte de mousses et de joubarbes (et c'était là sa seule décoration!), on lisait, sur un petit auvent appliqué contre le mur extérieur, ces mots, tracés en grosses lettres rouges par une main inhabile : SekraiÇj cordonnier.
Le bon vouloir du laird n'avait pas suffi pour enrichir son ami. La majeure partie des troupeaux vendue avant leur dernière expédition, l'argenterie réduite en lingots, pour activer le zèle des monta-
gnards, ou leur fournir des armes, les quelques dettes laissées par le défunt, les droits du fisc enfin, avaient si bien écorné Théritage qu'à peine si le donataire y retrouva ses épargnes, sacrifiées avec tant d'abandon à la cause des Stuarts.
Il en prit bravement son parti. Forcé de subvenir à son existence, à celle de son fils, quoique déjà grisonnant , il retourna sans hésitation à son premier métier. Maidtesaift, si sasa front parait plus rude encore et plus soucieux que d'ordinaire, le souvenir de son bien-être passé j entre pour une faible part ; ce que le ideux /soUat r«griîU& a^nt tout, c'est cette vie active, inquiète, éma laquelle il avait contracté l'habitude du dévouement à un homme et à une cause.
n s'en fallait beaucoup 42tt'Â)exaDfiLsr se résignât aufisi facilement à sa iiouvelle (xmàitkm.
Tant que le maître de Larg^, son aoUe parraîa, av«H ¥écu, le fils Selcraig, élevé près de lui, fiourjri à sa labk., voyait toute la domesticiité , vabte de femie et servantes, l'entourer de misa et ùecQmr fiaisaEaa&&; la graade affection que Je laîrd lui portait traçait à chacun la ligne de conduite à suivre à .sen égard. Au viliag€ , même pour les eiaJEMits» de son âge, il était ua objet d'eavie et priesque de ra&ped; ils l'avalent surnoHuné k fiUttd du (AàUau^ et atiumn d'eux n'eût osé passer près de 4ir i^exa»-
der sans le fiakier révéreueieiiseiMnt oomake un persDtBiage d'importaHce.
Gelte fronde déférence, dont le marmot «e ^mr tak flatté diM &on orgueil, deiait néanmoiaB avoir potir bii ses ineonvénients. %FOuviak-il le besoin, nommHn à Ions les eofanls, de joœr avec de jen&es oamaracbes, en vain, daignant faire lui-mènie les avaoees, H essayait d*entoer comme partmaire dans une partie de billes, de cible ou de marelle, sa présence angusle suffisait pour eifaroucber tous les joueurs; ktdoparts'esquivaientsiNinioiseiûeat pour aller réong^niser la partie |^» loin, et de la petite troupe rastiqoe, lout à l'heiore akvte et jayeuse, fl ne restait devant le fiUeol du châtean lyne jcemi qui n'avaient esé s*enfuir et qui, les bras ballants, les yeoK baissés, semblables à des automates d^ mentëSy i'écoutaienl sams lui répondre et sans avoir l'air de le 49ampnmdre.
Prescpie oanstamment en rapport avec le maltce, Àlexaader avait contracté l'habitude d'im langage troy rdeié pour eux; d'aillenni, il pontail des^aniliers» genre de bise qui eût sufii pour établir une barrière infiaoebissable enire te ffls Selciaig^ et les autres jeunes polissons des deux villages.
H ûdlut que Mac-Yvon lui-même se chargeât de brou^r un isompagnon à son fiUenl, •et im camr pagnon qpn eût des souliers.
Dans le cercle de ses domaines il existait une importante fabrique d'éteufSy c'est-à-dire de balles de longue paume, objet d'une grande consommation alors, et dont la ville de Saint- André et ses environs, depuis de longues années, approvisionnaient presque toute l'Europe. M. Nathan Frye, commerçant recommandable, et, après le laird et le curé, le personnage le plus considéré de Largo, dirigeait cette fabrique, dont il tirait de gros bénéfices; il avait un fils, garçon de douze à treize ans, qui ne manquait ni d'instruction ni d'intelligence.
Mac-Yvon convia celui-ci à venir au château manger des galettes de seigle et des grillades de porc, seules friandises connues des enfants de Largo-Bay.
Yoiià bientdt nos deux jeunes garçons, courant, se démenant ensemble, grimpant aux arbres pour y dénicher des oiseaux, escaladant les échaliers et les meules de foin, enfourchant les chevaux, caracolant, fournissant des courses, des luttes à travers les pâturages, ouvrant la porte des chenils pour chasser à grande meute quelque bœuf efiEarouché, faisant tourner en rage les valets et les servantes, et remplissant enfin de bruit le manoir d'ordinaire assez taciturne des lairds de Largo.
Devant tout ce désordre et ce tapage, souvent Selcraig se fâchait; mais Mac-Yvon, avec un secret plaisir, voyait dans cette fougue de jeunesse le