‹ Seul!Chapitre 4 sur 51 · SEUL! SI · texte numérisé non relu

SEUL! SI

germe de Fesprit militaire qui se développait chez son bien-aimé filleul.

Alexander se sentait heureux. L'amitié de Robert lui suffisait si bien alors que , traversant le village, s'il lui arrivait de rencontrer de nouveau sur sa route de petits paysans occupés à leurs jeux, loin d'être encore tenté d'y prendre part, à peine s'il tournait les yeux de leur côté, oubliant même parfois de leur rendre le salut qu'il recevait d'eux.

Mais Robert comptait trois ans de plus qu' Alexander, et, entre garçons de cet âge, trois années les distancent grandement. Destiné par son père à la marine, il avait déjà des études sérieuses à suivre; forcé d'aller chercher la leçon des maîtres à Ringom, la ville la plus proche, l'hiver suivant, vu la difficulté des chemins, il lui arriva d'y séjourner pendant des semaines entières.

Pour distraire son filleul de cette absence, Mac- Yvon essaya de l'initier aux exercices des armes et de l'équitation, et, bientôt après, l'emmena en grande pompe chasser le renard avec lui.

Ce fut un jour d'ébahissement pour le Haut et le Bas-Largo que celui où l'on vit le filleul du château, vêtu d'un élégant costume de chasseur, avec collet, revers et parements rouges , ceinturé en cuir dlrlande, porter à spn côté le couteau à manche de

oorne ck»(è d'argent II maniait ajiec une certaine dextérité un joli bidet bien enbamaché, assorti à sa taiQe, dont sfm parrain loi avait fait cadeaUy et kv bonnes feiBines disaient en le voyant passer (et elles ne se tronipaieni guère) qu*il y atatt des fib de roi moins heureux et moin» fiers cpiehii.

Aujourdlittiy quel ehangement pour le pauvre Akxaiider! Son père, avec sa volonté toufours entière, souvent brutale, ne lui a pas laissé même la consolation d*user ses anciens haMts , ce <pA du moins eût établi une espèce de tmn^tîon aitre son état passé et son état pnésent. Selon la saison, vêtu de grosse toile ou de bure, comme il convient au fils d^un simple artisan, il lui faut vaquer aux smns ménagers de la maison, faire certains achats^ aHer chercher de Feau au puits banal, on reporter Tou* vrage à la pratique. Le reste de la journée (nécessité douloureuse!), il doit le passer, toujours d'après la volonté de son père, à Téoole de mattre Gobby, le magister du village. Autrefois c'était le maître qui se rendait au château pour répandre sur son élève cette manne précieuse de la science âémentaire, manne presque aussi indigeste que TafUtre ; maintenant c'est à l'élève à se diriger quotidiennement vers le logis du mat^, oomme le ccvnman des martyrs- de son âge.

SêeJEaméer avief opposé en preraier fiecf umn^ rësistaiice ebstioèe à eette condifion de Fêcote cou»nmne. L*îd6e de setrouter en rapport de eamaraderle et tfégafilé «rec totrte cette jecme plèl» quTl affaît aiilrcf ofe éMotde die son luxe ou écrasée dcses dédains , rëpomrantait , et non «ans qoeiqoe apparence de raîson. Le lieax Seleraig le raisonna (Fabord, le souffleta ensnite, et tnroe M fat de se soumettre.

A sa grande surprise, ses nonreafarx camsradles lui ouvrirent leur» rangs arec une sorte et déférence. Quelques-uns se rappelèrent que êan» son bon tempsf i! avait fait les avances pour prendre part à leurs jeux, et, d'un accord presque mianime, ^s reconnurent Fespèce de supérîorilé qu'il avait sur eux par ses manières et son langage.

Le tort d'Alexander fut de s'installer trop vite dans cette place dTionneur qu'ils semWaîent tacitement lui adjuger, et de s'y carrer trop à Taise, Oubliant tout ce qu'il avait en premier Deu redouté de œtte marmaille , il essaya peu à peu de reprendre ses airs d'autrefois; il leur parla de son parrain, le noble seigneur Mac-Tvon, et de fe chasse au renard, et de son habit à parements rouges, çt de son couteau à dous d'argent; puis, voyant ses jeunes auditetn-s Fécouter les yeux béants d'admiration , après les avoir éblouis dès splendeurs 4e son passé,

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sautant par-dessus son état j:fésent, il voulut leur faire entrevoir ce que Tavenir renfermait encore pour lui de promesses brillantes. L'Université de Saint-André allait bientôt le compter au nombre de ses élèves, et, après y avoir fait ses études complètes, il n'en pouvait guère sortir que pour occuper un poste important, soit dans l'armée, soit aiVeurs; s'il était présentement un simple écolier de village , ce n'était qu'en passant et parce qu'on ne peut pas toujours rester les bras croisés.

Les petits paysans du comté de Fife, alors, comme aujourd'hui sans doute , n'étaient ni bien fiers ni bien rusés ; ils finirent par comprendre cependant tout ce que ce grand étalage de prospérités passées et futures renfermait de dédains à leur adresse. Pour s'en venger, un seul mot leur suffit. Ils avaient d'abord surnommé Àlexander le filleul du château^ ils ne le désignèrent plus que sous le nom de monsieur de la Savate (sir Oid Shoe).

Le mot porta coup; le trait atteignit le fils du cordonnier Selcraig en pleine vanité. Bientôt, grâce à toutes ces petites langues babillardes qui chaque soir s'échappaient de chez maître Cobby pour se disperser dans toutes les directions, le terrible sobriquet fit le tour des deux Largo. Les commères chez lesquelles Alexander allait faire ses provisions de ménage, celles qu'il rencontrait le matin au puits

banal, ne le nomri lient plus autrement que sir Old Shoe.

A l'école , des rixes fréquentes s'ensuivirent. Y luttant seul contre tous , M. de la Savate recevait nécessairement chaque jour bon nombre de gourmades, et, comme il ne rentrait au logis qu'avec bés vêtements déchirés, il y était régulièrement accueilli cb'^que soir à grands coups de tirepied.

Comprimé ainsi entre deux menaces incessantes, le malheureux enfant ne se dirigeait plus vers Fécole qu'avec des tressaillements de douleur et de colère, et lorsqu'il faisait retour vers la maison paternelle, ces seuls mots, écrits sur le petit auvent : Selcraig y cordonnier y suffisaient pour le suffoquer de honte et de terreur à la fois.

Le résultat final de toutes ces batailles livrées dans l'intervalle des classes fut que, un jour, Âlexander, asséna un si vigoureux coup de poing sur l'œil d'un ée ses plus agressifs camarades, qu'il faillit le rendre borgne. Maître Cobby, voulant faire un exemple capable d'épouvanter toutes les jeunes turbulences du pays , reconduisit à son père M. de la Savate^ porteur d'un écriteau sur lequel on lisait en gros caractères : Chassé de l'école ! Et le long de ce chemin d'angoisses , les habitants , sur le pas de leur porte , ou à leur fenêtre , ou groupés dans la rue,

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maaMoit ea i0yiBt aiosi paflMT la jiHlke de tre Cobbj. Gonmie ces petits enfiints qui les yeox poor n'être pis vw, Aleninder, nnge jmqn'aiDL eteffle», cnfo», éciaefe dTwnwiliiiaii , maidiatt la tète basse.

Le jnaUieDr TOubrt fue,. kfsçi'il la leleva, soa premier regard sTanMtt sur la figaoe flowrnnle de lobert Irye» ^d yenail de fidre ntoor à Largo.

Dès eet inslmt , son unique conqMgiion d'enfimoe, fl le rangea panni ses emnins, an nombre desqoeb» il est wai, il a^ait déjà oir&Iè le penm»nd complet de réeole» maître GoUbr en tête» et tous les iiabitants dn inllage» les wns et les autres ayant répété le Istal scdurtqoet ob lenant d'iosiilter à son malheur.

Selci»ttg ne recul pas so& ils anssimal qfimï auraH pM s'y attendBe. Bn sa quaMlé d'ancien soldat, il approuva Alenauder d'aY«>ir Tivement repoaasé une insuke; comme msAIre ccfl^doanier, il partagea même son indig»atkm. Old shoe siguifie a^aai tout mttup mfiMgr; Selcraig ne liaTaîHait que «don» le neuf.

Il n'en resta pas moins dans nn grand embacras pour aovoir ce qull allait ftôre àt «et écrik/t déshsoré, jifi^u^u momml oè il feimenaât an oAlègty nisi qu'il en avait pris rengagement iâs*4H-iôs

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de wn mattire et ami, Mm-Ytob, dkink la voloiiÉë rartatt toujoin» fiour lui patsimte «t aaerfie.

c Tu vas ayo;r onze ans et demi à la Ghanddeor» dH-il un jour à Aiexandar, tout homme doit sa¥oir gagner son pain; nous avons encore pluB de six grands mois devant nous ; je vais Rapprendre mon métier. »

Alexander fittm Mobresaui.

« Oubliez-vous, mon père, que mon parrain a décidé qœ je servirais dans f armée?

— Je n'ouUie rien ; mais si dans Tarmée tu peux entrer à la fois comme soldat et comtne oeidonnier, ce sera tout bénéfice. Dmx étals valent mieux qu'un.

— Ssms doute, mon père, mais je ne rejoindrai mon régiment qu'avec un grade, et les officiers n'exercent d'autre état que celui de la guerre.

— ABons donc ! à toi les gaflons dorés l Prends-y garde 1

— Mais Robert Prye, qui étudie pour la marine, ne sera pas matelot, lui !

— Bon ! fils de gueux, ne vas-tu pas te comparer au jeune M. Rol)ert? Son père est riche à cdui-là ; avec des écus on arrive à tout. Grois-^nol, ftiis taire ta diienne ée vanité, qui peut te gonfler la tMe, mais qui te laissera les poches ^des; apprends un état, le mien : c'efst le seul que je peux t'en-

seigner, tu en trouveras toujours l'emploi tôt ou tard, soit ici, soit ailleurs. On porte des souliers partout.

— S'il en doit être ainsi, s'écria le jeune homme^ qu'irai-je* donc faire à Saint -André pendant six ans?

— C'est la volonté de ton parrain. Respect à sa mémoire ! il a voulu que tu sois savant.

— Mais non pour être cordonnier !

— Ça c'est la volonté de ton père ; l'une n'empêche pas l'autre ; allons ! et à l'œuvre ! »

Alexander avait en profonde horreur ce métier auquel il devait déjà son sobriquet et toutes ses luttes douloureuses chez maître Cobby. Entre Selcraig et son fils, il y eut des débats violents, où parfois intervenait le tire-pied du père comme argument suprême.

Un matin , Alexander disparut tout à coup de Largo. Pendant une journée entière Selcraig le chercha , avec colère d'abord , avec terreur, ensuite. Quelques-uns assuraient l'avoir vu rôder le long de la Keil, petite rivière qui vient aboutir au golfe. Le soir, cependant, le fugitif rentra l'oreille basse^ mais sain et sauf.

Qu'avait-il fait durant toute cette longue journée? Son père l'ignora toujours.

Enfin, ses douze ans accomplis, Alexander quitta,

et saxis: regrets, le coin de terre où il était né ; son père, qui lui inspirait plus de crainte que de tendresse ; ses camarades d'enfance, parmi lesquels il ne comptait plus un ami, et partit pour Saint- André.

Tous les ans, à l'époque des vacances, chargé d'une lettre des supérieurs du collège, qui rendaient compte au vieux Selcraig de ses progrès et de sa conduite, il revenait faire un séjour à Largo.

La première année, la missive universitaire disait le fils Selcraig doué des plus heureuses dispositions classiques et d'un caractère qui ne laissait rien à désirer.

Il en fut à peu près de même aux vacances suivantes.

La troisième missive révélait un changement brusque et imprévu dans le tempérament du jeune écolier, devenu tout à coup soucieux, querelleur, irascible.

Aux vacances de la quatrième année, Âlexander ne parut pas à Largo; au collège, on ne savait ce qu'il était devenu.

Le vieux Selcraig ne devait plus revoir son fils.

Comme la marche réguUèrement chronologique n'est pas indispensable à notre récit et ne ferait que l'alanguir, nous allons, d'un trait, franchir un es-

pàee ée teit ans, i»ms rëserfast ^ rafcnir pli» tard sur les éinéiieiiients aoeomplis dans cet inter* valle, autant qu'ils seronit nécessams à rintelttgence de cette histoire, et qu'il nous aura été possible d'en avoir une.connaissance exacte.

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