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CHAPITRE XII

Chasse au laço. — Fête dans l'île; luttes pacifiques; divertissements et jeux d'escarpolette. — Une voile. — Le bois incendié.

Déjà la. cedonie s*est augmentée de six nouveaas; hôtes, protecteurs familiers de la maison; déjà les semis sant sortis de terre avec les plus belles apparences ; les arbustes, les arbrisseaux de la dernière plantation^ raffermis à leur base, se sont rapidement développés sous la double influence de Thumidité et de la chaleur ;. à Faisselle de quelques-unes de lemrs feuilles, le cœur en joie, Selkirka vu pointer le bouton, espoir de la récolte. Il doit s- occuper aujourd'hui du moyen de surprendre, de saisir, de se procurer enfin les premiejTS-nés, les pères de son troupeau futur.

Ici la patience,, l'adresse ou la ruse, peuvent seules quelque chose.

Malgré son agilité naturelle , il n'y a point à soa^

ger à les atteindre à la course. Depuis ses dernières chasses, chèvres et chevreaux se tiennent le plus habiluellement dans les parties montagneuses et escarpées de rUe. Sauter de roc en roc , lutter avec eux de vitesse et de légèreté, lui paraît, avec raison, une entreprise folle et impraticable. Plus tard, peutêtre.... qui sait ?

Il fabrique de nouveaux pièges, de nouveaux traquenards. Mais la défiance est maintenant à Tordre du jour autour de lui ; chacun se tient sur le quivive.

Après une longue attente, sans résultat aucun, sous ses pièges abattus, il trouva pour toute capture un coati , quelques petits cochons d'Inde ; ce pouvait être là une ressource sans doute, maïs c'est plus haut qu'il veut atteindre, et les chevreaux ne se laissent pas prendre à ses amorces.

Le souvenir lui vient alors que, dans certaines parties de l'Amérique, les chasseurs, pour saisir leur proie vivante , ont recours au laço, sorte de longue corde terminée par un nœud coulant, qu'ils savent lancer à de grandes distances et presque toujours à coup sûr.

Avec ses fils d'aloès , avec d'étroites lanières de cuir soUdemenl tressées , il se compose un laço de cent pieds de longueur, alourdi par quelques balles de plomb à l'une de ses extrémités ; puis ils'essaye,

il s'exerce, tantôt contre une touffe feuillue détachée d'un buisson, tantôt contre quelque pierre mamelonnée saillissant du sol; il prend ensuite à partie Marimonda elle-même, qui ne laisse pas que de mettre assez souvent, par sa prestesse et sa vélocité, l'adresse de son maître en déroute.

Dans l'intervalle de ses exercices préparatoires, Selkirk achève de construire son enclos treillissé, destiné à renfenner ce troupeau , qu'il ne possède encore qu'en espérance; il le fait large et spacieux, afin que son jeune bétail puisse y bondir et s'y ébattre à l'aise ; haut de clôture, afin qu'il soit forcé de respecter les limites qu'il lui assigne. Dans un coin, sur quelques solides poteaux, il établit un hangar simplement couvert de branchages : c'est là que son troupeau viendra chercher Fombre pendant les chaleurs du jour. L'enclos et le hangar, élevés à la gauche de sa cabane, se mariant avec son jardin, forment une nouvelle annexe à son grand établissement de la plage.

Quand ses chevreaux seront devenus chèvres, quand l'époque de la domesticité sera arrivée pour eux, qu'ils auront contracté les habitudes casanières, qu'ils reconnaîtront sa voix, alors, et seulement alors, il leur permettra d'errer et de butiner sur les coteaux voisins, sous la direction d'un gardien vigilant. Ce gardien, pourquoi ne serait-ce pas Ma-

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rinionda? MairiniDttèa^ à l'intelligence' (te la(iiieUe il ne sait pUis ftxer ék bornes ?

Rêves, rêves, peuirètre? Mais sans tes rêves, sans les doux totàflues qu'il se crée et dont il sîentoure, qui soutiendrait te courage du solitaire ?

Aussitôt quet Selkirk se croit à peu près habile cliassfiur au Uço,» ii s-enfo&ce dansi tes hautes montagnes situées vers la partte centrate de son île.. Plusieurs jours se passenl au milieu de tentatâyes infructueuses,, et, Lorsque le feuillage fine«ien& découpé des mimosas lui annonce, en se repliant, que la miit est proche , il regagne sa cabane^ som-*bre, soucieux, et désespérant de Tavenir.

Pas ses déceptions mêmes cependant Texpérience lui est vernie. Uu soir , il rentre au logis ramenant avec lui deux jeunes cabris aux cornes à peine ac*cuséas> au poil fauve, marqueté de larges plaques brunes^ Marimonda fait bon accueil à ses nouveaux hôtes» et ce soir4à tout respire la joie à rhabitatien.

La semaine n'est pas écoulée que déjà pour Selkirk le nombre de ses chevreaux dépasse celui de ses chate^; et il. prend plaisir à les voir jouer et cahrioter enserabte diaaa Fenclos; son esprit s^est rasséréné tout à; fait.

Le phis beau, le plus aterte de ses jeunes nmtous, il Fa imwamé Pwsy. en mémoire du chat de Wittington quiv dit. la. ebrcNajupie anglaise, &t U teluoer

de SOQ laiaitre, en^ délivrant le roi nègre de Barbarie de tous les rats qui aVakBt. envafai son royaume ei le rongeaient.

« Ah! pensait-il avec un sentinaent d'orgueil^ Straddling, sans doute, d'aparès ses calculs haineux, avait fixé le terme de ma vie à la dernière charge que contiendrait mon fusil ; cette dernière charge, elle y est encore! A quoi me servira- t-elle? Qu'en ai-je besoin? Mes ressources pour vivre ne sont^elles pas aujourd'hui plus sûres et plus nombreuses qu'auparavant? Que memanque-t-il donc? la société de naessieurs du Cmqme^Forts? Dieu m'en garde ! Ce qu'il y avait de meilleur sur le navire en, est sorti e& même temps que moi, Marlmonda. Qu'aÂ-je à re* gretter ? je suis bien ici ; Dieu m'y maintienne en repos et en santé! »

Un jour (c'était le 1«' janvier 1706), il y avait grande fête sur la plage. Selkirk y célébrait le nenouvellement de l'année solaire, du moins d'après les indications de son calendrier.

Par exception, ce jaur4à il prit soit repas non dans sa cabane, mais au milieu de l'enclos, entouré de tous les siens. Les fruits et la bonne chère étaient plus abondants que de coutume ; Marimonda^ comme c'était son droit, dîna avec lui, les chats quelque peu aussi ; les chevreaux, devenus chèvres, rôdaient autour de lâr tabie^ se. redressant pour lorgaier et

leur doux œil bleu les corbeUIes de fruits ; retom» bant ensuite pour brouter Therbe sous les pieds des convives. Ceux-ci, de temps en temps, interrompaient leur repas pour distribuer une large poignée de grains aux perdrix et aux ramiers ; de petits porcs pécaris faisaient entendre leurs grognements joyeux en se vautrant sur les bords d'une mare empnmtée au ruisseau la Fauvette ^ et dans laquelle barbotaient des courlis, des sarcelles, des jacanas et des canards aux couleurs splendides. Les portes des clapiers avaient été ouvertes en Thonneur de la fête, et les tatous, les agoutis, les lapins acaules, assis en cercle non loin de la table des maîtres, grignotaient des tiges et des tubercules de topinambours ou les rameaux légèrement acides du lyconia.

Après le repas, les restes des plats et des corbeilles furent jetés aux plus adroits ou aux plus gloutons.

Parmi ces derniers, tous n'étaient pas des commensaux ordinaires du logis.

C'est une des lois de la Providence, partout où l'homme s'établit, non en ennemi, non en destructeurj mais simplement en prenant possession de la terre pour en accroître les produits, une foule d'animaux vient se former en colonie autour de lui. Dès qu'il a fouillé le soJ, depuis les hauts échassiers, les cigognes, les hérons, jusqu'aux humbles passereaux, tous les oiseaux friands de vers et d'in-

sectes raccompagnent dans ses travaux , l'aident à nettoyer son terrain et peu à peu s'habituent à sa présence ; les bouvreuils, les mésanges, les hirondelles se plaisent à gîter sous son toit ; les merles, les roitelets et les rossignols aiment à chanter près de lui, comme si ces virtuoses des bois avaient besoin d'un auditoire capable d'apprécier la valeur de leurs douces chansons. D'autres se réfugient sous les abris qu'il a élevés ou viennent se disputer les miettes de sa table, quelque modeste qu'elle puisse être. A peine Selkirk a-t-il cessé de se montrer dans son lie sous une apparence de Jupiter Tonnant, à peine s'est-il occupé de son établissement agricole (il nous le dit lui-même dans son journal), les animaux ont repris avec lui leur première familiarité. {The beasts see my form with indifférence.) De tous côtés, des hôtes lui sont venus qu'il n'attendait pas ; sa mare, son enclos, ses clapiers, se sont presque peuplés d'eux-mêmes. Après avoir confectionné ses ruches, il méditait sur le moyen de s'emparer d'un essaim d'abeilles ; un matin il les trouva occupées par ces inoffensives melipones, à qui la nature a refusé un aiguillon, comme si dans cette île bienheureuse l'homme seul devait apparaître armé. Couché dans son hamac, où il fumait de son meilleur tabac dans la meilleure de ses pipes, Selkirk jouissait du spectacle qu'il s'était créé ; il promenait

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ayec satisfaction son r^ard de renclos aa verger, où mûrissaient la sapotille, la banane, le corossol, la poire 4'agaacate, le clmn-palmiste ; -puis il le ramenait complaisamment vers ses jeunes chèvres , souriant à leurs combats fraternels , à leurs luttes ou plutôt à leurs jeux ; il s*égayait aux bonds capricieux de PvsSy et de ses autres chats, à la face ' mutine , aux poses si gracieuses.

Pour donner plus de relief à la fête, Marimonda développait toutes les ressources de son audacieuse souplesse. Parvenue à la cime d'un arbre, elle sif- X fiait pour attirer à elle l'attention du maître ; puis, ses deux mains de devant dans ses deux mains de derrière, ramassée en cercle, elle se laissait choir comme un bloc ; le feuillage bruissart, crépitait sons sa chute, et, sans que ses membres se fussent écartés de leur position première, elle s'arrêtait tout à coup dans sa descente rapide au moyen de sa queue prenavUCy de cette cinquième main si puissante dont la natm^e a doué les singes d'Amérique. Alors, suspendue par cet organe seulement, elle accélérait avec une incroyable rapidité son mouvement de va-etvient, dénouait vivement sa queue du rameau auquel elle était retenue, et, d'un élan , traversant les airs comme au vol, elle allait, à cinquante pas de là, retombei* sur une liane, qui lui servait aussitôt de balançoire.

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