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Selfcîrk était émerveillé; il applauffissaît aux tours de f oroe de Uarimonda , aux jeux et aux lirtles de ses autres sujets ; certes, jamais il n'avait paru plus heureux. Cependant, son regard s'étant alors détourné vers la mer, son front se contracta soudainement. Au bout de quelques inistaiïts fftrn examen inquiet et plein d'émotions, 11 pousse un cri, se jette à bas de son hamac, court à sa caîbane, puis au rivage, où il se prosterne 'les mains jdmtes et tendues vers le ciel.
Il venait d'apercevoir une voile!
Muni de sa lorgnette, il la cherche sur les flots; lorsqu'il la tient au bout de son Iribe de 'cuivre , il y distingue nettement deux mâts perpendioulaîres , bien gréés, bien garnis de voiles blanches, qui se gonflent au verit d'est et que le soleil dore de ses rayons obliques.
« Cest tinl)ric!k l c'est le fHnque-Toris^ peut-être ! . . . Oui, StraddHng a terminé ses courses.... il fait retour vers l'Europe.... Le temps ^qu'il avait fixé pour mon exil est écotfté! Il vient me Chercher.... qu'il soit béni 1 j>
Le mouvement que fit alors le brick pour |)oirtler sur l'île renforçait de plus en plus l'espoir de Selkirk, lorsque le pavDlon espagnol , ai^boré à la misaine, se dérotila tout à coup à ses yeux.
«L'ennemi ! s'écria- t-îl; malhem- à moi! Les mi-
sérables I ils vont détruire ma cabane, mon enclos,
mon jardin ! le prix de tant de travaux et de peines! i
Et , le cœur palpitant , il épie de nouveau la
manœuvre du brick. Celui-ci, après avoir couru plusieurs bordées comme pour att^rj^ir, change brusquement de direction, et reprend sa route en gagnant la haute mer.
Selkirk reste accablé, c Ce sont des Espagnols!... Eh bien, que m'importe, à moi? je ne suis plus qu'un colon, un condamné, un déserteur de b marine anglaise.... Us me doivent protection, assistance, comme chrétiens.... Mais ils s'éloignent; par quel moyen leur signaler ma présence? »
Il n'y en avait qu'un , un seul : c'était d'allumer un grand feu sur la plage ou sur la colline.
Un instant, dans le trouble de son esprit, l'idée lui vint d'arracher les treillages de son enclos , les piliers et la toiture de son hangar, de les amonceler autour de sa cabane et d'incendier le tout.
Cette idée , il la repoussa bien vite ; maïs elle suffisait pour laisser entrevoir ce qui se passait dans les replis du cœur de cet homme qui , tout à l'heure encore, s'efforçait de se croire parfaitement heureux!
Mieux inspiré, il se rappela que sur un des premiers gradins de la montagne, vers le Cirque des Cotonniers, existait un épais fourré où les arbres, embarrassés de lianes et de ronces desséchées,
pressés les uns contre les autres, calcinés par les brûlantes réverbérations du soleil sur le roc vif qui les environnait, présentaient un assemblage de branches mortes et de trônes vermoulus, à peine masqués par une apparence de végétation.
Là, il transporta des brassées de copeaux, d'écorces et de feuilles sèches; il y mit le ieu. Bientôt des langues ardentes coururent le long des buissons qui cerclaient le fourré. Quand le soleil se coucha , une immense colonne de flammes éclairait toute celte partie de Tile, et projetait ses lueui^ bien avant dans la mer.
Debout sur le rivage, Selkirk passa la nuit les yeux fixés sur les flots, Toreille aux écoutes, pour saisir le bruit éloigné d'un sillage ; mais rien ne vint s'offrir à son regard, et, à travers le clapotement des vagues, il n'entendit d'autre bruit que celui des arbres et des lianes qui se tordaient dans le brasier. Au matin , tout avait disparu ; l'incendie s'était épuisé sans sortir de ses limites , et la mer, calme et tranquille, ne laissait rien apparaître sur sa surace que quelques bandes de goélands.