‹ Seul!Chapitre 36 sur 51 · EUL · texte numérisé non relu

EUL

Sdfcirk^it émerveillé; il applauffissaît atix tours de foroe de Marimonda , aux jeux et aux littles de ses autres sujets ; certes, jamais îl n'avait paru plus heureux. Cependant, son regard s'étant alors détourné vers la mer, son front se contracta soudainement. Au bout de quelques inStaiïts fftm examen inquiet et plein d'émotions, 11 pousse un cri, se jette à bas de son hamac, court à sa -caibane, puis au rivage, où 11 se prosterne te mains jomtes et tendues vers le ciel.

Il venait d'apercevoir une voile!

Muni de sa lorgnette, il la cherche sur les ftots; lorsqu'il la tient au bout de son Iribe de ^cuivre , il y dislingue nettanent deux iriâts perpendioulaîres , bien gréés, bien ganiis de voiles blandhes, qui se gonflent au vem d'est et que le soleil dore de ses rayons obliques.

« Cest imî)ri(ifk ! c'est le Oinquee-^ToriSy peut-être ! . . . Oui, StraddHng a terminé ses courses.... il fait retour *vers l'Europe.... Le temps qu'il avait fixe pour mon exil est écoiôé ! Il vient me Chercher.... tju'il soit béni I 'j>

Le moavemeiit que fit alors le brick pour poirtler sur l*fle renforçait de plus en plus l'espoir de Selkirk, lorsque le pavillon espagnol , ai*)oré'à la misaine, se dérotila tout à coup à ses yeux.

«L'ennemi ! s'écria-t-îl; malheur à moi! Les mi-

sérables 1 ils vont détruire ma cabane, mon enclos, mon jardin I le prix de tant de travaux et de peines ! >

Et» le cœur palpitant, il épie de nouveau la manœuvre du brick. Celui-ci, après avoir couru plusieurs bordées comme pour att^i;pir, change brusquement de direction , et reprend sa route en gagnant la haute mer.

Selkirk reste accablé, c Ce sont des Espagnols!... Eh bien, que m'importe, à moi? je ne suis plus qu'un colon, un condamné, un déserteur de la marine anglaise.... Ils me doivent protection, assistance, comme chrétiens.... Mais ils s'éloignent; par quel moyen leur signaler ma présence ? »

Il n'y en avait qu'un, un seul : c'était d'allumer un grand feu sur la plage ou sur la colline.

Un instant, dans le trouble de son esprit, l'idée lui vint d'arracher les treillages de son enclos, les piUers et la toiture de son hangar, de les amonceler autour de sa cabane et d'incendier le tout.

Cette idée, il la repoussa bien vite; maïs elle suffisait pour laisser entrevoir ce qui se passait, dans les replis du cœur de cet homme qui , tout à l'heure encore, s'efforçait de se croire parfaitement heureux!

Mieux inspiré, il se rappela que sur un des premiers gradins de la montagne, vers le Cirque des Cotonniers, existait un épais fourré où les arbres, embarrassés de lianes et de ronces desséchées.

pressés les uns contre les autres, calcinés par les brûlantes réverbérations du soleil sur le roc vif qui les environnait, présentaient un assemblage de branches mortes et de troncs vermoulus, à peine masqués par une apparence de végétation.

Là, il transporta des brassées de copeaux, d'écorces et de feuilles sèches; il y mit le ieu. Bientôt des langues ardentes coururent le long des buissons qui cerclaient le fourré. Quand le soleil se coucha , une immense colonne de flammes éclairait toute celte partie de l'île, et projetait ses lueurs bien avant dans la mer.

Debout sur le rivage, Selkirk passa la nuit les yeux fixés sur les flots, Toreille aux écoutes, pour saisir le bruit éloigné d'un sillage ; mais rien ne vint s'offrir à son regard, et, à travers le clapotement des vagues, il n'entendit d'autre bruit que celui des arbres et des lianes qui se tordaient dans le brasier.

Au matin , tout avait disparu ; l'incendie s'était épuisé sans sortir de ses limites , et la mer, calme et tranquille, ne laissait rien apparaître sur sa surace que quelques bandes de goélands.

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