‹ Seul!Chapitre 8 sur 51 · B£UL · texte numérisé non relu

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encore assis. Le capitaine.... certainement, persoime plus qae mcA ne rend justice à ses bonaes Qualités et à son savoir.... quoique son édocalioii première, même comme marin, ait été granderaent négligée.... mais qnelle incurie! quelle légèreté pour tout ce qui regarde le service et l'administration I... Croit-il donc n'entreprendre un pareil vojiage que pom* aroir occasion de refoire sa théorie des marées.... fort défectueuse, au dire des physiciens.... ou rapporter des plantes, qu'il ne peut nomenclaturer qu'avec Taide du doctenr Woodward, son ami.... Ce n'est pas un reprodie que je lui adresse : on peut être fort bon navigateur sans être botaniste.... D'ailleurs, ne suis-je pas I&?... C'est de ses lenteurs que je me ]^ains. »

Et s'adressant à Selkirk, qu'un pareil débat semblait efibroncher :

« Pardon, monsieur, si devant vous je m'explique aussi librement sur le compte de ce grand homme.... mais je représente ici les intérêts de la eoB^M^nie insËrchande qui a fait tous les frais de l'expédia tion.... C'est une mine pour eQe. Yons avez M pilote dans ht marine royale , je vous en fais juge , monsieur.... Nous devions débonquer des Duoes dès le commencement d'avril , et aujourd'hui 22 aodn , nous voici encore dans le port de Kmsale. £n quatre mois noM arons foit la traversée d'Angleterre en

Iriaiide! Peur^iid? je vous le demande!... au plu-* tftt je vais vous le dice. C'est parce que le capitaiae^ au Hei^ de rester ici à arganiser «on mo^de » s*«st mk à courir tous les ports de rirlande et de l'Ecosse , bien plus pour recevoir des félicitatio»s , des ovations, et y dépenser daa;is les tavernes l'argent qu'il a thbçu de la reine , que pour y recruter des nutekkts. Quant à ce qui vous regarde, mon^ sieur SeUûrk^ il me recomonande de vons donner mr -le Samt-Georges un emploi digne de votre capafiité, dont il me répond et que je ne mets pas en doute ; mais il oulitlie que nous manquons de ifiatelots et ncm d'offîeiers. De ce côté , nous n'avons qu'une vacance, celle de second lieutenant ; il le sait, et dans sa lettre il ne m'en dit pas un moit. Peut-être réserve-t-il l'emploi à un autre. En tout cas , je ne puis ici agir de mon propre mouvement; je dois attendre.... et vous aussi-.. Attendez le retour de M. Dampier. Quand le reverronsnous? C'est le secret de Dieu. »

Selkirk attendit , mais au bout de quelques jours de vaine attente, la très-faible dose de patience dont il avait été doué par la nature se trouvait entièrement épuisée. Dampier ne revenait pas ; il résolut d'aller le chercher là où il était, pour provoquer de sa part une décision définitive. Il se dirigeait vers le port, où un navire était en partance pour Lon-

dres, lorsqu'il entendit des matelots, courant du même côté que lui , signaler un bâtiment en rade. C'était le Cinque-Ports ^ le second vaisseau de l'expédition, qui, sous im bon vent, s'avançait à toutes voiles.

Straddling, à qui le commandement en était dévolu, fit bientôt son entrée à Rinsale à la tète d'ime foule de sacripants de mer, parfaitement propres à remploi qu'il leur réservait, et sur lesquels il savait pouvoir compter. Selkirk en avait entrevu quelques-uns au Saumon royal. Il leur 'demandait des nouvelles de la belle Catherine , lorsque la figure pâle du capitaine Califourchon vint se placer devant lui.

« Vous voilà à votre poste, maître Alexander? très-bien! lui dit Straddling, en l'abordaiït d'un air frauduleusement bonhomme.

— Il n'y a point ici un poste pour moi, lui répliqua Selkirk; aussi je vais partir. »*

Et en trois mots il mit Straddling au courant de ce qui s'était passé dans son entrevue avec le comptable.

•I N'est-ce que cela ? Et pourquoi diable ne seriez-vous pas second lieutenant? C'est évidemment le grade que Guillaume vous réservait. S'il ne l'a pas mentionné dans sa lettre , c'est un oubli. Laissez-moi faire ; Dampier est mon grand

ami, vous le savez; Funnel aussi est mon ami; je le verrai aujourd'hui même; venez me trouver demain , et bon espoir 1 »

Le lendemain, du plus loin qu'il aperçut Selkirk : « Salut, monsieur le lieutenant en second I » lui criat-il; puis, lui crochant familièrement le bras : « L'affaire est arrangée ; Punnel hésitait à vous inscrire

sous ce titre avant l'arrivée de Guillaume, mais j'ai

pris slir mon compte la responsabilité du fait ; il n'y manque plus que la signature de Dampier.... Nous l'aurons; cela me regarde. »

A partir de ce moment, il n'interpelle plus Selkirk, même devant les gens des navires, que sous ce titre de : M, le lieutenant en second. Après lui, chacun d'eux l'a répété de confiance , en buvant à la santé du nouvel officier. A ce mot qui lui caresse si doucement l'oreille , notre Écossais sent peu à peu son espérance prendre toute la solidité d'une certitude.

Un matin, croyant déjà avoir son brevet en poche, il se rend à bord du Saint-Georges, A sa grande surprise , il y trouve Dampier, Guillaume Dampier en personne. Celui-ci, arrivé à Kinsale au milieu de la nuit, était en train de faire reconnaître par l'équipage, en qualité de second lieutenant, un nouveau venu qu'il avait ramené de Londres avec lui.

Ce nouveau venu, qui brise l'avenir de Selkirk,

qui lui enlève ce titre qu'il avâU convoité , qu'il croyait tenir, dont il s'était déjà glorifié aux yeux de tous , c'est Robert Frye , son ancien compagnon d'enfance.

Tombé du haut en bas de ses grands rêves d'autorité et de commandement , l'ancien pilote de la marine royale restait muet, pétrifié, la rage au cœur ; Dampier l'aperçoit» le reconnaît , s'approche

de lui , et , après lui avoir adressé un geste bien*

veillant de la tète et de la main dit , en se tournant vers Robert Frye :

« Lieutenant, je vous présente et^vous recommande en même temps M. Seikirk, un brave garçon, un bon marin qui a fait ses preuves. Il n'est encore que simple engagé volontaire sur le Saint" Georges y mais nous trouverons, je l'espère, à le bien caser.... tôt ou tard. »

Et il s'éloigne.

Robert Frye , sans bouger de place , examine quelques instants l'engagé volontaire du Saint- Georges; il semble interroger ses souvenirs ; mais ce nom de Selkirk ne lui rappelant rien, et l'ioidi^ vidu qui le porte ne répondant ni par un signe ni par un mot à riq>pel de son r^ard, il le sahie avec une certaine gvecnié froide et posée à l'usage de messieurs des états-majors , et se hâte de rejoindre le capitaine.

Oue Robert n*ait pas reeonou Tiincien cooipagBOD de ses jeux , celui qui » autrefois , le faisait admettre daas le château et même & la table da laird de Largo-Bajr, voilà ce que Selkirk ne peut croire ; il prend pour des façons de gentleman visà-vis de son inférieur ce cli^^nent d'câl, cet air de doute et d'hésitation; pour une marque de dédain ce regard interrogateur ; dans ce salut froid et compassé il ne veut voir qu'une raillerie amère , un témoignage de mépris , un défi , une insulte , et , cette lois, une haine vivace et profonde s'éveille dans son cœur pour le seul homme à qui il ait jamais donné le nom d'ami.

Une heure après , deux marins marchaient côte à côte le long de la jetée de Kinsale : c'étaient Straddling et Selkirk. La figure ardente» le geste désordonné , celui-ci paraissait en proie à la plus vive agitation; celui-là, le maintien calme et roide, la figure impassible , d'une voix lente et monotone versait le flot glacé de son raisonnement sur toutes ces flammes, pour essayer de les éteindre :

« Je sais , disait Straddling , qu'il doit en coûter à votre amour-propre de vous retrouver face à face avec ces messieurs du SaitU^Georges ^ qui pendant quelques jours vous ont accueilli et festoyé comme un des leurs ; c'est dur, j'en conviens.... II y a un peu de ma faute là dedans.... je me suis trop

hâté.... Pouvais-je prévoir que Guillaume nous reviendrait de Londres comme cette belle châtelaine dont parle la ballade, « avec son oiseau sur le « poing? » Cet oiseau de mauvais augure, ce Robert Prye, savaîs-je qu'il lui avait été imposé par le comte de Pembroke ? (Le fourbe mentait ; il le savait , et n'avait entretenu Selkirk dans ce beau rêve . que pour profiter plus tard de l'irritation violente çue le réveil devait amener.) N'importe, il y a de ma faute, répéta-t-il, mais, par les plaies du Christ! je suis résolu à réparer le tort que j'ai pu vous faire, mon jeune et digne ami. »

Et s'arrètant court, se tournant brusquement vers son interlocuteur, et les yeux fixés sur les siens :

« Si je vous emmenais, moi? si je vous prenais à mon bord? Les emplois sont distribués, c'est vrai ; mais il est des engagements qu'on peut rompre. Quel emploi voulez-vous sur le Cinque-Ports ? Décidez !

— Si j'abandonnais le Saint-Georgesj j'aurais l'air de fuir devant Robert Frye, dit Selkirk ; je ne reculerai pas ! »

Vers le commencement du mois de septembre, le Saint'Georges et le Cinque-Ports^ bien pourvus de vivres et de munitions de guerre, avec leur double équipage au grand complet, sortaient du

port de Kinsale au milieu des vivat de toute la population maritime, emportant avec eux Teslime et les regrets des principaux cabaretiers de la ville.

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