ACTE II, SCÈNE IV
Toujours ces échafauds, ces bourreaux et ces haches !
Vois-tu, je n'avais plus raison, ni volonté!
J'étais comme une folle... On l'avait arrêté...
Ah ! je savais la loi... La mort pour qui conspire...
Quel jour affreux ! J'avais mordu la main du sbire
Qui, le premier, avait touché Gian-Battista.
Mais, ils étaient nombreux et forts... On l'arrêta.
Je restai seule... Alors je n'eus plus qu'une idée,
Un désir... Ah! j'étais comme une possédée...
Voir Barnabo, crier : Clémence ! à ce tyran,
Et lui couvrir la main de baisers en pleurant.
J'avais une douleur toute brute et rustique,
Moi. Je ne comprenais rien à la politique.
Dans l'affreux désespoir dont mon cœur était plein,
Je ne connaissais plus Guelfe, ni Gibelin ;
Te me souciais bien de la fierté pisane,
Moi, la fille du peuple, oui, l'humble paysanne...
Je voulais voir cet homme et lui jeter mon cri,
Afin qu'il empêchât de tuer mon mari...
Ah! je le vois encore, écoutant ma supplique,
Sur son trône, riant d'un rire diabolique,
Et jouant de la main avec son lourd collier;
Et lorsque je tombai, lasse de supplier,
Demi-morte, à genoux, sans voix, je me rappelle
L'accent dont il me dit : Comme vous êtes belle !
SEVERO
Par grâce ! assez ! assez !
DONNA PIA
Non, tu dpis savQJr tput.
52 SEVF.RO torelli.
Dés qu'il eut prononcé ce mot, je fus debout Devant lui, frémissante et pâle de colère...
Oh! le contrat abject! Oh! l'ignoble salaire! Mais le monstre me dit, d'un ton calme et glacé :
— <r Dés l'aube, l'échafaud, demain, sera dressé ; « Trois hommes y seront, cou nu, les mains liées* <r Leurs sentences partout ont été publiées,
oc Et de loin, pour les voir, les curieux viendront.
oc De ces trois condamnés les deux premiers mourront.
« L'autre sur le billot viendra poser sa tète,
« L'exécuteur aura la hache toute prête ;
oc 11 prendra pour frapper un élan de trois pas...
« Mais... si tu veux... le fer ne retombera pas!... » —
11 n'est pas retombé !
SEVERO
Se cacher sous la terre !
DONNA PIA
Oui, me tuer... après !... — Oui, j'aurais dû le faire, Mon époux eût vécu, sauvé, sans rien savoir... Mais, avant de mourir, j'ai voulu le revoir, Et de ma lâcheté mon amour fut complice.
Aussi, quand il revint, échappé du supplice, Et me dit, se trompant sur mon cruel émoi, Qu'il n'avait accepté sa grâce que pour moi...
— Je l'aimais tant... J'étais sa chose, son esclave... — Quand je le vis tomber, lui, si ferme et si brave, Dans cette chaise, avec un geste de vaincu,