‹ Severo Torelli: drame en cinq actes, en versChapitre 33 sur 75 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

J'ai cru qu'il fallait vivre encore, et j'ai vécu... J'ai vécu... Si mon crime est grand, combien j'expie! Non! Dieu m'éprouve trop, et je deviens impie!... Mais, lorsque je jurais de vivre, à mon insu, L'enfant de l'adultère était déjà conçu !

SEVERO

Et, lorsqu'il vit le jour, ce fils de l'adultère, Vous n'avez pas?...

DONNA PIA

Pitié! pitié! Je suis ta mère.

SEVERO

Pardon... je deviens fou... Mais, depuis un moment,

Il se fait eu moi-même un long déchirement;

Un vertige d'horreur du cœur au front me monte ;

Et mon sang me dégoûte, et mon corps me fait honte !

Moi, fils de Barnabo ! moi, fils de ce tyran l

Et ce vieillard si bon, ce citoyen si grand,

M'aime comme son fils et croit être mon père !

Il a dans son giron chauffé cette vipère;

Et mes baisers d'enfant, — c'est à faire frémir, —

S'il savait le secret, il voudrait les vomir !

O vous, si peu coupable et cent fois trop punie,

Pardon ! Mais c'est vraiment trop d'horrible ironie

Que le lion aveugle ait pris pour lionceau

Et caresse le fils du loup et du pourceau !

DONNA PIA

Severo !

SEVERO

Je comprends, portraits des vieux ancêtres Qui tous avez haï les tyrans et les traîtres, Pourquoi vous me suiviez d'un regard courroucé, Lorsque, enfant, devant vous si souvent j'ai passé! Je comprends à présent, héroïques armures, Pourquoi sous votre airain j'entendais des murmures, Et pourquoi, dans les trous des morions de fer Je croyais voir des yeux briller d'un feu d'enfer 1 Regards des vieux portraits, flammes sous les vieux heaumes, O Torelli, c'étaient vos illustres fantômes, Qui, du pays des morts chassés par la douleur, Venaient maudire en moi l'intrus et le voleur!... Oui, voleur! N'allez pas dire que j'extravague; J'ai volé le blason que je porte à ma bague, Volé le nom, volé l'honneur, volé l'argent Que, prodigue et joyeux, je donne à l'indigent Et sur lequel on voit, lauré comme un Tibère, Un visage, celui de mon horrible père !

J'ai tout volé! Tant mieux, j'applaudis mon larcin. J'ai droit d'être un voleur, moi, fils d'un assassin !

DONNA PIÀ.

O mon Dieu !

SEVERO, avec égarement.

Redoublez vos regards de colère, Vieux aïeux... Vous savez, je suis très populaire, Et, m'arrêtant parfois, quand je passe en rêvant, Une mère me fait embrasser son enfant.

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