ACTE III, SCÈNE IV
SEVERO, à l'écart, parlant à demi-voix.
Il est là... Le moment horrible est arrivé... Mais non, c'est impossible, et ma mère a rêvé ! Lui! mon père!...
RENZO, à Severo.
Voyons, qu'as-tu? Tout ton corps tremble.
SEVERO
Laisse-moi... Je n'ai rien...
Il fait deux ou trois pas vers Barnabo et le regarde; puis se détournant avec effroi ;
Horreur ! Je lui ressemble !
BARNABO, à voix haute.
Pour la dernière fois, hommes qui m'écoutez,
Sachez-le. — Dix lions viennent d'être insultés.
Or, je ne souffrirai jamais qu'on injurie
L'emblème de Florence et de la Seigneurie.
Je prends dix têtes... et, d'après le talion,
Demain, j'en veux donner une à chaque lion
Pour y poser son pied comme sur une boule.
Pourtant, s'il se dénonce et s'il sort de la foule,
Celui-là dont la main souilla ce monument,
— Pardieu! vous le voyez, je suis encor clément... —
Si j'ai le vrai coupable, eh bien, je m'en contente.
Mais c'est beaucoup pour moi que douze heures d'attente.
Les otages mourront demain, à l'Angélus;
J'attendrai jusque-là, pas un instant de plus...
Donc, s'il veut les sauver, que l'homme parle vite
SEVERO, à part.
Quelle inspiration me vient, bonne et subite!... Je puis mourir, sans que ni Dieu ni me$ amis Me reprochent de fuir l'affreux acte promis, Sauver des innocents, expier ma naissance...
Haut et s? avançant vivement devant Barnabo.
Barnabo Spinola, tu vois en ta présence Le Pisan indigné dont la main a sali
Ces emblèmes... C'est moi, Severo Torelli.
LA FOULE, avec un long cri de douleur Ah!...
BARNABO, tnubh.
Tu prétends?...
SEVERO
Je suis coupable. Prends ma vie.
ERCOLE, à Renqk
Ce serait lui ?
Jamais... L'enfant se sacrifie...
O trop généreux cœur!
BARNABO, au Barigel, qui a fait quelques pas vers Severo.
Barigel, un moment.
Ne vous emparez pas de ce jeune homme ; il ment.
SEVERO
Je mens!... Oh! ne pouvoir venger un tel outrage!