ACTE I, SCÈNE I
Comme si pour l'instant sa cruauté fût lasse,
Leva la main et dit : — « C'est assez... Je fais grâce, »
ERCOLE
Et pourquoi ?
RENZO
Qui le sait ? Le rusé podestat Craignit apparemment que l'émeute éclatât.
ERCOLE
EtTorelli?
RENZO
D'abord il rougit de colère; Mais, entendant les cris joyeux du populaire, Il se plaça — jamais il ne parut plus grand — Au bord de l'échafaud, en face du tyran :
— « Barnabo Spinola, j'accepte ta clémence, — Dit-il, — sans espérer qu'un temps meilleur commence ; « Mais on ne dira pas qu'un Torelli t'ait dû « Ce bienfait infamant sans te l'avoir rendu. « Je te fais grâce aussi; contre toi, je désarme. « De mon côté sois donc, désormais, sans alarme ; « Mais, seul, par ce serment je me lie aujourd'hui, o Et, s'il me naît un fils, tyran, prends garde à lui ! r
ERCOLE
C'était fier, mais aussi d'une imprudence extrême... Et l'altier Barnabo?...
SBVERO TORELLI.
RENZO
Lui fît grâce quand même..
Mais, de toute pitié l'homme se dégoûta ; Il n'a plus pardonné depuis... Gian-Battista, S'enfermant dans la vie obscure et domestique, Se cloîtra pour toujours dans ce palais antique, Et, sans plus rien tenter contre le Barnabo, Vécut dans son serment comme dans un tombeau. On croyait à jamais sa tâche terminée.
Mais, quelques mois après la terrible journée Où Torelli put voir de si prés le bourreau, Donna Pia, sa femme, eut un fils, Severo.
Il a Eût de ce fils l'héritier de sa haine.
C'est un cœur de héros, c'est une âme romaine, Où s'est, depuis l'enfance, à jamais implanté L'amour de la patrie et de la liberté.
Tu l'as pu voir, il a la croyance tenace Qu'il devra quelque jour accomplir la menace Que son père au tyran jeta sur l'échafaud.
Tout le peuple le croit comme lui. Donc, il faut Que ceux qui dans le cœur nourrissent l'espérance Que Pise brise un jour les chaines de Florence Et redevienne libre encor, comme au vieux temps, Acceptent pour leur chef cet enfant de vingt ans.
ERCOLE
Je serai comme toi l'ami de ce jeune homme, Renzo; mais les six ans de mon séjour à Rome M'avaient fait oublier ces souvenirs lointains... Qui nous délivrera des tyrans florentins?