ACTE I, SCÈNE I
RENZO
Severo.
ERCOLB.
Dieu t'entende !
LIPPO MALATESTA, devant la boutique de l'armurier.
Eh! Renzino... Regarde.
Cette dague espagnole à garde et contre-garde T'aurait tué, mon cher, l'homme que tu manquas. L'autre jour dans ce duel.
RENZO, Rapprochant.
Elle vaut?
SANDRINO.
Vingt ducats.
ERCOLE
L'arme est bonne, c'est vrai, mais pas assez ornée.. .
SANDRINO.
Voyez donc celle-ci, toute damasquinée... Un léger rinceau d'or entoure les quillons.
Le pommeau représente un Mercure.
ERCOLE
Voyons.
Mais, c'est une merveille, un objet d'art unique, Et qu'eût payé bien cher Laurent le Magnifique.. .
SANDR1NO.
Il ne l'aurait pas eu... Je suis bon gibelin.
ERCOLE
Quoi? L'artiste?...
RENZO
Ercole, c'est ce jeune orphelin, Le petit Sandrino, le fils d'un maître orfèvre Qui mourut, l'an dernier, de la mauvaise fièvre. Tu juges de son art — je te sais connaisseur; — Il en vit et fait vivre aussi sa grande sœur. L'enfant a du talent, la fille est belle et sage, Et, chez nos jeunes gens c'est aujourd'hui l'usage De les encourager. Fais comme eux, s'il te plaît.
ercole.
Qu'il me cisèle donc bien vite un fin stylet
Avec un collier d'or... C'est un travail qui presse...
L'un est pour mon rival, l'autre pour ma maîtresse.
SANDRINO.
Grand merci, monseigneur.
ERCOLE, à la sœur de Sandrino.
Croix-Dieu! les beaux regards!
Ils blessent sûrement plus que tous ces poignards.
Sur un regard de son frère, la sœur de Sandrino se lève et rentre dans la maison.