‹ Sévices envers les Enfants: Prophylaxie et ExpertiseChapitre 7 sur 26 · C) GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

C) GÉNÉRALITÉS

1° Sur les inculpés

Nous montrerons d’abord, parmi quelle catégorie de gens ils se recrutent surtout, nous indiquerons aussi les mobiles qui les animent et les excuszs qu’ils apportent. Nous présenterons ensuite les victimes avec leurs lésions.

Les plus nombreux coupables sont au sein même de la famille. La mère aime normalement son enfant, le défend, se consacre entièrement à lui, il arrive cependant qu’elle le maltraite. Là, on peut avoir affaire soit à une perverse constitutionnelle, avèc une véritable aberration du sens maternel, soit à une démente vraie absolument irresponsable, capable de tout autre réaction médico-légale, ou à une obsédée qu’une impulsion irrésistible pousse à battre son enfant, à le tuer. D'autres, égoistes ou vicieuses, ou au contraire démoralisées, pour se débarrasser de leur enfant le maltraitent ou le négligent afin de redevenir libre et de pouvoir se remarier. On

rencontre aussi des débiles intellectuelles, inconscientes de

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leur devoir maternel et ancré’3 dans des préjugés d’une barbars éducation. L'intention du mal chez elle n’est pas bien nette. À ces tares mentales fréquentes, l'alcoolisme est souvent surajouté avec toute l’amoralité qu’il comporte et les dégénérescences psychiques et physiques qu’il engendre.

La mère vit continuellement avec son enfant, mille fois par jour elle peut avoir l’occasion de lui faire du mal. Le plus : souvent, elle agit doucement et longuement. Ces sévices sont de petites doses, mais avec effet certain et garantie d’impunité. Les raisons qu'elle invoque pour s’excuser sont apparemment bonnes, mais les prétextes d'intervention sont toujours, hors de proportion et dénués d’à propos. Souvent pour réfreiner de mauvais penchants, malheureusement parfois réels. Elle dira qu’il est difficile à élever, qu’il désobéit, qu'il est vicieux, qu’il se masturbe ; à la suite de quoi les corrections semblent la meilleure thérapeutique, mais les doses subintrantes sont parfois suffisantes pour provoquer la mort de ces malheureuses créatures.

Parfois des mégères martyrisent leur fill: qui refuse de se prostiluer, allant jusqu’au crime comme ce fut le cas dans la navrante histoire suivante :

En Algérie, un légionnaire venait de toucher sa prime d'engagement. Cet argent est vite liquidé et le plus souvent en deux ou trois jours dans l’alcoo] et la crapuleuse débauche. Lui, voulut à cette occasion s’offrir une belle proie. Une

entremztteuse des bas-quartiers de la ville, lui proposa ja

primeur recherchée d’une jeune vierge mauresque de douze ans, pour la ronde somme de cent-cinquante francs. Le marché fut vite conclu avec la mère complice. On essaya d’obtenir le consentement de l’enfant par des gâteries, mais en vain. À plusieurs reprises de magistrales corrections ne donnaient pas plus de résultat. Les cris de la victime n’émurent personne, Car en ces lieux on ne porte point attention aux hurlements ou lamentations qui sont la note rituelle des orgies qui s’y déroulent.

Mais la persuasion, même violente n’aboutissant pas, le légionnaire menaça de renoncer à la transaction. On résolut donc d'employer une contrainte plus sûre. C'est ainsi qu’un jour fixé, mère et matrone maintenirent l'enfant dans la position nécessaire pour permettre au soudard de commettre son crime plus librement. Pour arrêter les clameurs de la victime, on lui serra si bien la gorge qu’à la fin de l'opération elle était inerte.

La mort est tellement fréquents dans ces lieux, que le médecin signe souvent, le certificat de décès sans même voir le cadavre. Ainsi, parmi tant d’autres, ce crime put passer inaperçu. Le soldat en avait fait l’aveu avant de mourir à un camarade qui dénonça les faits; mais sans preuve suffisante, pour organiser des poursuites efficaces.

La mère accomplit ses méfaits, ou à l’insu du père, ou à

son instigation ou même avec sa collaboration. Mais ce der-

nier peut agir. pour son pro: compte, au grand désespoir UE d'une mère aimante, partagée entre deux affections. Le père qui torture son enfant est le plus souvent un icoolique, irri- {able, méchant, jaloux, amoral. Quand il rentre chez lui, imprégné de toxique, tous les préiextes sont bons pour susciter sa colère.

| La moindre maladresse de l’enfant lui paraît une énormité et furieux, il se précipite sur un être sans défense, qu'il mariyrise sans pitié. La mère s’interpose quelquefois, mais elle reçoit bien souvent sa part de coups.

L'observation suivante est édifiante sur ce point (j'ai eu

l'occasion de la recueillir au cours d’un remplacement) :

COBSERVATION Ïi. — Monsieur X..…., cantonnier du village, habite avec sa femme et ses cinq enfants, dans une baraque en bois. Je suis . appelé un soir d'urgence auprès d’un des enfants malades. Je pénètre dans une chambre toute enfumée, sans autre ouverture que la porte d'entrée, éclairée d’une lampe à pétrole. Sur deux lits de camp gisaient quatre enfants malades (on s'était procuré une feuille d’Assistance Médicale pour l'enfant le plus malade seulement). Tous quatre avaient la rougecle, avec une bronchite, caractérisée par de nombreux râles humides disséminés partout. Leur toux formait un bien triste concert dans la demi-chscurité. Ces enfants étaient tous amaigris; avaient des érosions de grattage multiples et des traces de piqüres d'insectes sur les membres et le thorax. Aux scins de ces pauvres enfants était une vieille voisine dévouée. La mère, une femme débile était abrutie par les coups de

son mari et de plus alourdie par une perpétuelle grossesse, Le père

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rentrait chaque soir, ivre, battait tout le monde, mangeait ce qui pouvait se trouver à la maison, soit par mendicité, soit par secours.

Il ne donnait jamais aucun argent à sa femme. Plusieurs enfants étaient morts en bas-âge sans que je n’aie pu savoir de quoi.

Une fille aînée de quatorze ans se prostituait dans une ville voisine.

Ce triste état de chose n’est pas rare et de tels sévices restent souvent impunis. La misère, l'alcoolisme en sont les causes, mais aussi la pusillanimité de l'entourage, terrorisé par cet homme brutal, qui menaçait de mort qui ossrait se mêler « de ses enfants ».

Il arrive aussi que le père commette à l’égard de sa fille des attentats à la pudeur ou un viol, et seulzment à l’occasion de ces incidents, on apprend les nombreux sévices endurés antérieurement par la victime.

Quand la mère n’est plus là, c'est la marâtre qui hérite de tous les droits, de tous les pouvoirs envers les enfants, mais pas souvent du cœur tendre. Le père remarié, a de nouveaux enfants. Ceux du premier lit passent alors au second plan. Toutes les privations valent tant qu’elles sont à l’avantage des derniers arrivés. Les réprimandes sont toujours de taille pour des motifs véniels. Dans ces cas, l’homme remarié, souvent un abouliqus ne fait rien pour secourir ses enfants. D’autres fois, la marâtre animée d’une secrète intention de se débarrasser des cohéritiers de ses propres enfants, use des moyens les plus perfides pour arriver à ses fins. Bien

souvent aussi, un enfant qui n’est pas né de son sein, lui

paraît couvert de vices. C’est ainsi qu’une marâtre obligeait une fillette, arriérée mental à porter une ceinture de chasteté, prétendant qu'elle avait des habitudes vicieuses.

On rapporte aussi les cas de parents qui, incités par l’appât du gain, produisaient chez leurs enfants des lésions de nature à attirer la pitié des passants, soit en leur fracturant les membres pour les faire pleurer et crier de douleur, soit en patiquant sur eux des lésions cutanées repoussantes et pitoyables. D’autres, tels que des saltimbanques, les martyrisent jusqu'à les estropier, pour en faire des modèles de souplesse ou d’acrobatie, le numéro sensationnel de la troupe qui rapportera la grande recette. En Algérie, on rencontre souvent sur les routes de tous jeunes indigènes presque nus, sales et amaigris, dressés à la mendicité par leurs parents inhumains, vivant au détriment des peines de leurs enfants.

Sont inculpés aussi, des domestiques, des nourrices, des maîtres d'école ou d'apprentissage, des camarades aînés en classe ou à l’atslier. La nourrice peut être une déséquilibrée, dénuée de sens moral, elle maltraite pour rien l'enfant, voir même pour s'en amuser; ou bien par égoisme, avarice ou cupidité, elle lésine sur la nourriture et les soins coûteux au détriment de la santé de ceux qu’on a eu la maladresse de lui confier. On a vu des nourrices qui masturbaient des enfants d'une façon si fréquente, qu'il en résultait une grande dé-

chéance physique. Elles pratiquaient ces perversions, soit par

vice, soit pour calmer les cris de l'enfant, l’initiant ainsi de très bonne heure à l’onanisme.

Le maître ou la maîtresse parfois, se conformant à des idées moyenâgeuses sur la pédagogie et l'éducation, ne connaissent pas d’autres méthodes de réprimandes que les coups de bâton et diverses tortures dont les enfants, gardent les stigmates. [1 n’est pas exceptionnel aussi de trouver des tendances sadiques inavouées chez ces éducateurs bourreaux.

A l’école, certaines brimades des anciens sont de purs sévices. Nous avons tous connus ces petits souffre-douleurs à qui notre cruauté d’enfant n’épargnait aucune farce, aucune méchanceté ! Certains camarad=s sont jaloux, gourmands, menteurs, voire alcooliques, et vicieux et psuvent commettre les pires sévices. Il est fréquent de rencontrer la désastreuse association du débile et du pervers dans la délinquanc: juvénile, l’un agissant sous la crainte et la suggestion, l’autre dominant par l’autorité et la menace.

Le maître d'apprentissage, ancien ouvrier, arrivé péniblement à son bsau rôle se gorge d’arrogance et de compétence. !1 se rappelle les coups qu’il a reçu « avant de se mettre le métier dans la tête » 2t croit devoir en donner autant. C'est pour lui un préjugé établi, qui satisfait en même temps son goût d'autorité. Bien des jeunes doivent renoncer à un métier pour lequel ils sont prédisposés à cause d’un chef brulai, souvent aussi alcoolique et jaloux.

Mais il y a aussi les « copains d'atelier » plus âgés, plus

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