AL'TKKS 1:DÎKICKS 1)1<S XV- ET XVI' SIECLES
Parmi les édifices religieux séculiers ou réguliers qui sont contemporains de la cathédrale ou qui lui sont immédiatement postérieurs, l'église du couvent de Santa Paula mérite une attention particulière car ses fondatrices Doua Ana de Santillan et la marquise de Montemayor ne reculèrent devant aucune dépense et firent venir les meilleurs artistes pour la décorer. Le portail de ce monument est un des plus remarquables et des plus somptueux du monde. Ses arcs aigus concentriques sont composés de briques artistement assemblées : on voit ici comme à la
SKVILLR
Giralda, que la mémoire des ornemanistes était encore toute imprégnée de souvenirs mauresques, I,e fronton circulaire qui surmonte l'arc d'entrée <'st très richement décoré d'azulejos blancs et bleus qui. quant au dessin
i'orijil txtOriti
et à l'exécution, se rapprochent des faïences italiennes des Délia Kobbia. Au milieu des guirlandes de fleurs et de fruits on a réservé sept médaillons dont le plus haut représente la Xaissance du Christ, tandis que les six autres offrent des saints dont les figures blanches se détachent sur un fond bleu de ciel. Chaque encoignure latérale de l'encadrement qui enchâsse l'arcade est parée d'un ange avec les ailes éployées que surmonte un autre ange à genoux tenant dans ses mains un tableau carré
où est reproduit le monogramme I. H. S. Le bord supérieur du cadre ornemental est formé par une corniche saillante au milieu de laquelle se dresse une croix en pierre que flanquent des tètes d'anges alternant avec des torches. Le tympan de Tare, au-dessus de la porte, reçoit un écu aux armes de Castille, de Léon, d'Aragon et de Sicile avec deux écussons latéraux portant la devise : Tanto monta. C'est à cet endroit qu'on lit également la signature de cet ouvrage qui compte parmi les plus belles céramiques du monde : Niculoso hraïuisco Italiano Me Fccit m El Agno Dci 1540 II ne fit pourtant pas toute la décoration, puisque les figures des sept médaillons sont de Pedro Millan que nous avons souvent rencontré à la cathédrale. Quant à Niculoso nous le connaissons déjà par la chapelle et l'oratoire de l'Alcazar. Dans l'intérieur de l'église qui n'a qu'une seule nef signalons le plafond de Diego Lopez composé de différentes pièces de bois coloriées et sculptées selon des modes géométriques ; le maître-autel en style rhurrigueresque rajeuni au commencement du xviir siècle et tapissé de très beaux azulejos à sa paroi inférieure ; un pan de mur du presbytère carrelé de même sorte ; les tombeaux des trois marquis de Montemayor avec des gisants qui sont de bonnes œuvres gothiques de la dernière période et des encadrements d'azulejos disposés selon des motifs où l'on sent l'influence arabe ; enfin le cloître, dont en général les femmes seules ol)ticnnent l'accès, paré lui aussi d'azulejos et de chapiteaux intéressants.
En 1472 le Maese Rodrigo fonda un collège d'où sortit bientôt l'université sévillane. La petite chapelle construite en un gothique flamboyant plein de grâce dépendait de cet établissement; elle fut achevée dans les premières années du xvi' siècle. On y trouve un tableau d'autel par un maître inconnu qui remonte à la période de transition du gothique au Renaissance. Cette peinture est divisée en deux bandes de cinq compartiments chacune et encadrée d'une riche boiserie sculptée dans le goût du gothique flamboyant. Le panneau inférieur du milieu représente une Vierge entourée d'anges ; à gauche et à côté l'on voit saint Augustin et saint Jérôme, à droite saint Grégoire et saint Ambroise ; au-dessus et au centre la Descente du saint Esprit, de part et d'autre saint Pierre, saint Paul, saint Michel et saint Gabriel. Il faut encore remarquer ici de superbes azulejos du xvr siècle qui sont au nombre des plus beaux types de la céramique andalouse. L'église Sainte-Isabelle ne vaut d'être mentionnée que pour un de ses autels qu'orne un crucifix sculpté par Montaftez. Dans la cour de la Misericordia on conserve une grande fresque de Luis de Vargas, « le Jugement dernier » : en haut et au centre le
SÊVII.LE loi
Christ est assis sur un nuag;e ; à sa droite la Vierge avec des saintes, à sa gauche saint Jean avec des saints, des patriarches et des prophètes ; audessus et à droite saint Pierre entouré de saints, à gauche saint Paul
ir Je Siii
avec des apôtres, aux pieds de Jésus sortant des nuées un groupe d'anges, des glaives à la main et des trompettes aux lèvres; plus bas encore à la partie inférieure du tableau, les damnés à gauche, les élus à droite. On ne saurait malheureusement juger de l'état primitif de cette importante peinture qui a fort souffert des injures du temps et de la sottise des
i..i SKVir.l.K
hommf- l'ourlant la tomposilion est. on peut s'en rendre compte, très netlt;ment influencée par Michel-Ange et quelques-unes des tètes sont encore tri--- bien conservées, La sacristie de cette église contient un
mr
mm^£^''
("nu itieim ni .le /urb.iraii l-i une pciite Vi<.-ri;f dans la iiianiérc de Lucas Kranach. A Sauta Clara, rt-irli>e des rraiui-.caincs, un montre un autel
auquel travailla d'aliord .^luniafic^; repris et enlaidi plus tard il possède
x'jcHi-nt'-- -laturttes de ce maître ou di' ses élèves.
rincipal de l'fjflise de l'L'nivt-rsiié construite
encore ijurl
Au-dfssu-> du ])<
Tniut'eau Je Catalina Jt Ribcrj. Kglise de l'Uiiiversiit.
(1565-79) par Bartolomé Bustamante se dresse une statue de la Vierge qui, d'après une tradition, selon toute apparence erronée, est attribuée à Torrigiani. Le maître-autel dessiné par Alonso Matias dans le style Renaissance est orné de trois peintures : la sainte Famille avec saint Jérôme et saint Ignace de Loyola au milieu, la Naissance de Jésus-Christ et l'Adoration des Mages sur les côtés. Le panneau central est une des plus belles œuvres de Roelas ; les deux autres sont de son élève Juan de Varela. On trouve encore ici deux statues de Mon tariez : saint François de Borgia et saint Ignace; deux excellents tableaux d'Alonso Cano, saint Jean-Baptiste et saint*Jean l'Kvangéliste ; une Annonciation de Francisco Pacheco ; un intéressant tombeau en bronze, celui de Don Francisco Duarte de Mendicoa et de sa femme I )ona Catalina de Alcocer avec deux figures en relief où les détails du costume sont surtout dignes d'attention ; une Vierge assise avec un Knfant Jésus également attribuée à Torrigiani ; les remarquables tombeaux de Don Pedro Enriquez et de sa femme Dona Catalina de Ribera par le sculpteur italien Antonio Maria de Aprile, revêtus d'ornements ])lateresques au point d'en paraître surchargés et quelques autres sé])ultures qui méritent d'être vues. Parmi les églises ou les couvents de la même époque, citons encore l'ancien monastère des Iliéronymitcs de buena visla, devant la Puerta Macarena, fondé en 1413. Il renferme un(^ jolie cour intérieure par Juan de llerrera, l'architecte préféré de Phili])pe 11^ avec deux étages dont le premier est dorique et le second ionicjue. Parmi les sculptures de Torrigiani qui s'y trouvaient autrefois, la Viergeà l'iùifant Jésus a disparu et le saint Jérôme se trouve au Musée Provincial. Le cloître lui même a été, après bien des vicissitudes, abandonné et les seuls liabitants actuels sont les lézards des murs. L'influence que la Renaissance italienne exerça sur l'art espagnol principalement au temps de Charles-Ouint conduisit l'architecture au style plateresque, ainsi nommé à cause de la ressemblance qui existe entre ses délicats ornements et les ouvrages des orfèvres (plateros). Le plus bel édifice sévillan de ce style est l'Hôtel de Ville situé entre les places Saint- Ferdinand et de la Constitution. Commencé en 1527 sous Charles-Ouint par l'architecte Diego de Riano et achevé sous Philippe il, environ quarante ans plus tard, il se compose de deux parties dont la plus remarquable est l'aile sud-est élevée sous Charles-Quint. Le reste de la construction est au contraire insipide. Il faut visiter à l'intérieur deux pièces : la Sala Capitular baja, une des plus belles salles de la Renaissance espagnole à la fois riche et pleine de goût, parée de superbes frises ornementales avec des masques, des génies et des bêtes fabuleuses, de bas-reliefs reprc-
(luisant des scènes de la vie des saints sévillans, de saint Leandre, de saint Isidore et de saint Ferdinand, et d'excellentes statues des rois d'Es-
Tombeju Jf Ui
pagne jusqu'à Charles-(Juint : cl la Sala Capitular alla, qui ne peut se mesurer en somptuosité avec sa compagne, mais dont le beau plafond de bois incrusté, sculpté, colorié et doré, vaut qu'on le regarde. Le riche plafond de l'escalier mi-caissunné, mi-voùtéu'est pas moins remarquable.
Cf n'est qu'un peu après l'il»'>tel de Ville qu'on édifia lii l.on/ii, la llourse de Si'-ville. quoique k besoin d'un pareil édifice se fit sentir depuis
loii^jtenips dans une tité i{ui. par -uite de la dccuuverte de 1 Amérique, était devenue ulll'de^ piat:esLi.'niniereiale!i les|>lus importantes du monde Suivant en ecla les habitudes de leurs iirédéeesseurs orientau^, les mar-
chands sévillans firent leurs affaires en plein air et se réunirent à cet effet dans la spacieuse Cour des Orangers, tout contre la cathédrale jusqu'en
157J. date à la<iuelle l'archevêque de Séville se plaignit à Philippe II en lui signalant l'état de choses, et en le priant d'expulser les vendeurs du temple. Philippe II fit construire l'édifice sur les plans de son architecte
io8 SÉVILLE
Herrera sous la direction de Juan de Minjares et dans le style austère, mathématique et régulier de la fin de la Renaissance espagnole dont l'œuvre la plus remarquable est TEscurial et dont la froideur ascétique constitue la plus vigoureuse antithèse possible avec le riant abandon du style plateresque. Ici la géométrie est maîtresse et tient l'art en une étroite servitude. Le plan est carré ; les quatre façades sont identiques ; pas une seule sculpture ne décore les murailles sévères dont tous les Sévillans admirèrent la noble majesté sitôt qu'elles furent élevées. Cela prouve à quel point la sombre religiosité et l'inquisition de Philippe II avaient pesé sur l'âme des plus joyeux et des plus insouciants de ses sujets. L'extérieur est froid et insipide, mais c'est la glace même qui v^ous saisit à l'intérieur. Tout est ici savamment sévère et rigoureusement compassé. La fantaisie n'a pas un pouce de surface pour s'épancher et malgré ses colonnes doriques et ioniques la cour intérieure n'a rien de la grâce et de l'épanouissement qui caractérisent les édifices grecs. Une petite fontaine avec une statue de Colomb clapote solitaire et triste au centre du patio. Que les marchands n'aient joui que pendant peu de temps de leur Bourse, peu nous importe. La seule chose qui nous intéresse est de savoir que Murillo dirigea en ces bâtiments son Académie de peinture fondée en 1660. Aujourd'hui ces lugubres murailles logent les Archives de l'Inde, trésor de documents relatifs à la découverte et â la conquête de l'Amérique, et le Tribunal de Commerce de la Province.
].]-: X\'l r SI KCLR
En passant au xvii' siècle, parlons tout d'abord de la GaridaJ située non loin de la Tour d'Or sur le coté opposé de la place Atarazana que décore une jolie promenade. \ )ès le commencement du xvi*" siècle existait à Séville une confrérie de personnes pieuses dont le principal office consistait dans l'inhumation des noyés et des suppliciés et dans d'autres pratiques charitables analogues. En 157S on fit présent à cette association religieuse de la chapelle Saint-Georges qui avait été élevée à l'intérieur de l'Arsenal de marine fondé en 1252 par Alfonse X et connu sous le nom de Atarayanes reaies. En 1668, un gentilhomme, de l'ordre de Calatrava nommé Don Miguel de Mafiara Vincentelo de Leca, demanda à entrer dans cette confrérie. Ce chevalier, après une vie dissolue, avait été amené à la pénitence par des événements dont se sont depuis emparés la fable et la poésie si bien que Don Miguel est devenu une figure de légende. Dès la
SKVII.t.E inn
première année de son .iclmission il fut élu Iirriiiano niayor et consacra depuis lors tout son temps et toute sa fortune, qui était grande, aux intérêts de cette pieuse société. En peu d'années s'élevèrent une riche chapelle et un vaste hôpital qui, encore aujourd'hui, rend aux Sévillans malades et sans ressource* dinapprécialtles services, En raison des principes pratiques qui régissaient la confrérie on construisit d'alïord la maison de santé et ensuite, quand celle-ci fui achcvi'e, réditicc religieux.
],a façade liaroque de la chapelle niérito qu'on s'y arrête surtout pour ses grandes faïences lileues sur fnnd lilanc fii^uranl la loi, ri'NpénincL-et
la Charité, saint (uMr i;.'s ul s.iini ,I,iii|u.-- ; l.i Ir.idilinn veut qu'elles aient élé exécutées dans les f.iljrlques d'a/.uli-jns de iriana d'après les cartons de .^lurill^l. Le clocher offre aussi des ),'arni>uilles. des chapiteaux el des sculptures de faïence qui proiivoiu le niveau élevé de la céramique andalouse. L'intérieur qui est baroque et à une nef ne présente qu'un intérêt médiocri! au point de vue architectural mais contient en revanchequelques-unes des plus belles o'uvres de la pointure espagnole. Les huit anges contre les murs cl les quatre évangélisies sur les angles de la coupole sont prol>ablemenl de Juan de VaUles Leal. Sur le maître-autel par Bernardo Simon de l'ineda. imvrage très surcliargé. se trouve le grand basrelief de Pedro Roldan, la .^^isc au tombeau, le meilleur travail de ce sculpteur. Quelques autres île ses figures méritent encore l'attention du visiteur. Sous le maitre-autel est enlerré Don Miguel de .Mailara bien qu'il ait disposé dans son teslament qu'il voulait élre enseveli sur le seuil de l'église pour que chacun en entrant foulât sa pierre tombale. Cette humble clause fut exécutée pour beaucoup d'autres membres de la confrérie dont
un SKVILLK
les dalles funéraires forment le sol devant la porte du monument. Quant au propre fondateur de Têglise on l'inhuma, en dépit de son dernier vœu, à la place d'honneur, sous le maître-autel. Son épitaphe qu'il composa lui-même commence par ces mois : Aqtti yaccn los îijiesos y centras dfl pror Jionibrc que ha liabido en ri uitnuio .... (Ici reposent les ossements et les cendres du plus mauvais homme qu'il y ait jamais eu de par le monde...
VaUi(*s Leal, l'auteur des peintures murales que nous avons citées, a encore (*n cet édifice» deux (ouvres d'une profondeur de pensée et d'une habileté tlexécution cjui le placent parmi les plus grands représentants du réalisme de tous les âges, l-.lles sont pendues l'une en face de Tautre presque dans le vestibule de l'églist» et dans un jour déplorable. Pour en donner la description nous ne pouvons mieux faire qu(* de recourir au peintre-poète Théophile daulier' (jui exécuta d'après ces (Unix tableaux deux copies versifiées défiant les originaux eux-mêmes :
l.i- j)r.ini'r. t'»:!* tir.iii-<- ••ù maïKiiiciU 1rs ti^^urr-
N'r^t »|U un \.i>i«- loiiilliv «.r«tntV<>. dc tlnrurr>.
1 )r \.i^<-. d"..))]. t^ il.irt. il<- i)r»t('.irt> <)pul«'nt>«.
Mn'Mii.-^ cl»- Itiinie r< «t il» r.i\»»n^ trrml>lant<.
Toii^ Ir^ ir<-..r- du inoiiil'' « t tout«'< 1rs riciirsv,- :
l.«-^ (■<»tlr,-v-t'..rt^ à<^ luii^. ]• V rcriii^ d*"* duclHv->.->.
Sur d<- l)« aux l.ipi^ lur» - d» -^r.iiulrv llcur^ l)r»»d<v
K«»inp.iiU l«ur %• ntr» k\\^\ -»inl)l«iu s'rtr»- xid»-- . .
i.«\int.nl p.ull» le toinin» un j)apill<'ii lifillf :
Sur la -uilar» .nr<'r niIh' uih- st'-^u«dillr :
i!t. j)anni 1« ». Hat "ii^. un » "(pu t ina^tpi»- nnir
1 )«• s«-^ \. ii\ d»' N«dMur> •«• inhl'- niT au niir<»ii--.
!)••> hrai <l«i>- r-unpu- I'^ p( ri»*' (.lotiU*»-^
S ft4r<-ii»'nt au ha^aivi aNri lc> flrur'' nuir»--
Va \'*n\ \<»ii sri happrr 1««^ ))ill(ts «l l«-s vers
Des cassfiir», d« hupi»' aux lir«»ir> entrouvert'^ . . .
Soudain N«»ici la Mort, Itiil cave « t 1«- front ra-.
Qui dans la lei»- arri\«- un c« reu<d ^ou^ \v l»ra^
Kioan»- atVr» usrnî« ni d« •«.» l,ouehe i lari^i»-
Kt ni«'t. hru^([U«- i-t'^i^noir. ^a main --ur la ht>U'^i«-.
Dans la s'Condr tod* ou d un» lampe .i\.ir«-
Tombe îïinistrement une lumi« r» rarr.
Des c«rcueils tout ouvert •« sont par fil»- ran>^és
Avec leurs hal)itants i;ra\em« nt alli»ni:é>
D ab<»rd. c'est un eNetpu ayant encore sa mitre.
(Jui semble prt-'iib'r 1»- lu-^ubr» ch.ipitr»-.
' il» u.iutier. Ksp.iiîa. Deux tjhU-.iux ./. \\j/./i s /.i.;.'.
SKVir.r.F,
D'un geste machinal il bénit vaguement
Tout le peuple livide autour ile lui dormiint.
Son front luit comme un i
L'agonie a seiT^ son nez
Aux angles de sa bouche,
Déjà ta moisissure a jeté
Le ver ourdit sa toile
C, dans SC9 dures pincer, ailes minces; pUs de son menton.
fond de SOS veux caves.
El, marquant leur chemin par l'argent de leurs baves.
Les hideux travailleurs lic la destruction
Font sur ce maigre corps leur plaie et leur sillon :
Par SCS gants décousus entre la mouche noire,