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I,es Arabes qui occupèrent Isbiliah de 71 1 à i24>'y crèèrentet y firent prospérer une civilisalion aussi brillante que 1 "était au même moment celle de Cordoue et que le lut plus tard celle de Grenade. Séville n'a malheureusement pas autant d'édifices mauresques que ces deux autres cités. Mais par bonheur pour l'art musulman les rois chrétiens qui régnèrent à Séville après l'expulsion des .Maures ne se montrèrent pas moins
bienveillants à Tégard de la civilisation mahométane que ne le furent les princes normands et l'empereur Frédéric II en Sicile. Pendant deux siècles entiers Tinfluence arabe domina Tarchitecture sévillane et, sur les monuments du xiii® au xv® siècle, le cachet mauresque se trouve plus profondément imprimé que le chrétien. On conserva même pendant cette période l'œuvre la plus remarquable des Arabes sévillans,la mosquée qui ne le cédait presque point en splendeur et en dimensions à celle de Cordoue. On se contenta d'abord, comme pour sa rivale, de construire à rintérieur des chapelles latérales le long des murs, et ce ne fut que beaucoup plus tard qu'on se décida à la démolir complètement et à édifier la cathédrale en son lieu et place.
L'époque arabe nous a laissé une foule de tours, surtout des minarets de mosquées converties en églises et un petit nombre de donjons. Les plus notables de ces édifices mauresques sont plus récents que la mosquée de Cordoue mais plus anciens que l'Alhambra. On a, pour plus de commodité, distingué dans l'art hispano-arabe trois périodes. Mais il ne faut pas exagérer l'importance de ce partage car on ne saurait tracer nulle part des lignes de démarcation rigoureuses et donner des caractères certains et exclusifs pour chacune de ces trois phases artistiques. Nous adopterons néanmoins cette division à cause de l'ordre qu'elle présente.
La première de ces trois périodes est la byzantine. Mais elle ne doit son nom qu'à la décoration de la mosquée de Cordoue où le caractère byzantin fait son entrée. En effet, ceux de ses chapiteaux qu'on n'a pas été prendre aux édifices antérieurs et ses arcs en fer à cheval dentelés et doublés n'appartiennent pas absolument et exclusivement à l'art byzantin. Aussi plusieurs archéologues espagnols ont-ils tenté avec un inégal succès de prouver que tout l'art hispano-arabe a pris souche dans le sol de la péninsule Ibérique et qu'au lieu d'avoir été importé par les Musulmans, il n'est que le développement d'un genre qui existait déjà. La seconde période est celle des ^/;;2o/z^^/^^ (ou des Maures) qui à partir de 1146 régnèrent pendant un siècle sur les Mahométans espagnols. C'est à elle que remontent presque tous les édifices arabes de Séville. Ses traits distinctifs sont la virilité et la robustesse. Auprès de la Giralda de Séville les colonnades de la mosquée de Cordoue ont en eff'et quelque chose de mesquin et les superbes salles de l'Alhambra semblent énervées, presque efféminées. Ce n'est pas là seulement une impression d'ensemble. Le détail décoratif lui-même présente le même aspect. Il est vrai que pour l'observateur superficiel qui ne voit que les ressemblances, les ornements de la mosquée de Cordoue, de la Giralda et de l'Alhambra sont
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analogues, mais ce même observateur ne ferait pas une plus grande diffé-
U Giralda (JLUil,.
rence entri; le gothique de lu Sainte-Chapalle {xill' siècle) et celui de Saint-Maclou de Rouen (xv siècle). Enfin la troisième période tire son nom de VAlhambra car elle trouve dans ce château royal sa plus belle
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OU plutôt son unique expression. Comme on le voit pour le gothique flamboyant, c'est la décoration qui prend le dessus dans la dernière époque de Tart hispano-arabe ; elle envahit, elle étouffe les murs et les plafonds et écrase avec sa gracilité et son élégance extrême la puissance monumentale des édifices des Almohades. Ces périodes que nous venons de déterminer dominent, du viiT au xv^ siècle, Tart arabe en Espagne et dans l'Afrique du nord-ouest. La première s'étend du viii'' au xr, la seconde du xir au xiir et la troisième du xiV au xv'' siècles.
La plus remarquable construction de la seconde période, de la mauresque, est la Giralda qui
Rf)so dans ]o ciel bleu darde son minaret *,
le plus important et le plus puissant que nous aient en général laissé les Mahométans avec la .Mansouriah de Tlemcen. Les minarets d'Afrique occidentale et d'Espagne se distinguent nettement de ceux d'Egypte et d'Asie. En Orient, les tours sont élégantes et gracieuses ; en Occident, elles ont plus de force et de solidité. Mais la Giralda dépasse toutes ses congénères, car elle a droit à une place éminente non pas seulement parmi les minarets mais parmi toutes les tours du monde entier. Commencée en 1184 ou 1195, c'est en somme un des plus robustes édifices de l'univers et peu de nos clochers chrétiens auraient aussi victorieusement qu'elle résisté à la foudre et aux tremblements de terre qui l'assaillirent à différentes reprises. Malgré sa puissante carrure, loin de produire une impression de lourdeur, elle frappe bien au contraire par sa légèreté et par sa grâce. Ce n'est pas en ajourant les murailles comme on le voit aux clochers gothiques de Burgos ou de Strasbourg que l'architecte a obtenu cet effet, car les murs colossalement épais de la Giralda ne sont percés que de rares et d'étroites ouvertures et présentent une masse compacte de 70 mètres de haut depuis le sol jusqu'au point où commence l'addition architecturale chrétienne. Mais on a, grâce à l'habile et judicieux emploi d'un ornement de briques juxtaposées, rendu les parois extérieures aussi légères et aussi gracieuses que celles du palais des Doges à Venise qui, sans les motifs bigarrés de leur décor, sembleraient monstrueuses et pesantes.
Le plan de l'ouvrage est un carré de 13'", 60 de côté. Sa hauteur totale est de 93", 2 5 y compris la statue de la Foi qui couronne la tour et à laquelle elle donne d'ailleurs son nom parce qu'elle tourne au vent (girar= tourner) .
* Th. Gautier. Kspafia. Perspcciive,
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Les fondements consistent en de grandes pierres de taille qui proviennent pour la plupart d'édifices romains antérieurs et dont quelques-unes présentent des inscriptions romaines. Tout le restedu monument est exécuté en briques, A 25 mètres du sol commence la décoration murale. Elle se
Il M.ircos
compose de carreaux juxtaposés à la manièredes slucages arabes en forme de losanges qui prennent immédiatement au-dessus des arcs brisés de duux paires de niches flanquées par de gracieuses coîonnettes en marbre, et dont les deux bandes verticales couvrent toute la surface jusqu'à la corniche delà tourmauresi^ue. Entre ces rubans ornementaux sont percées des fenêtres jumelles historiées de coîonnettes, d'arcs en fer à cheval,
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d'arcs dentelés et d'élégants réseaux décoratifs. On a réservé de part et d'autre de ces compartiments, aux angles de la muraille, des bordures absolument lisses. Chaque panneau de ces carrelages est divisé par un rebord vertical en deux parties à peu près égales dont chacune commence à des niches flanquées de colonnettes et couronnées d'arcs dentelés. L'architecte au lieu de faire débuter l'ornementation à la même hauteur sur toutes les faces, l'a disposée conformément à l'escalier intérieur du clocher. Cette disparité loin de nuire à l'aspect du monument le rend au contraire plus vivant, plus alerte et plus léger.
Cette construction inférieure, qui d'ensemble a gardé sa forme primitive et qui, après les différents dommages que lui firent subir les coups de foudre et les secousses sismiques, fut restaurée fidèlement d'après son ancien plan, portait sur sa plate-forme une tourelle plus mince dans le goût de celles que l'on v^oit aux minarets de l'Afrique occidentale. Ce minaret supérieur était coiffé de quatre globes de cuivre doré dont le plus haut était le plus petit. I.e roi Alphonse le Sage qui a donné dans sa « Cronica de Ks])ana », une exacte description de Séville au xm" siècle, raconte que quand le soleil donnait sur ces boules, la réverbération était si puissante qu'on l'apercevait à une journée de marche de la ville et que, lorsqu'on descendit les sphères inférieures, on dût élargir les portes de la cité pour leur livrer passage. Aujourd'hui l'édifice mauresque qui se termine sur chaque face par une rangée d'arcades pyramidales surmontée d'un entablement décoratif, soutient une addition chrétienne du xvr' siècle. Ce clocher se compose de cinq étages superposés et de plus en plus étroits. Le premier est aussi large et de même forme que la tour mauresque. Les deux suivants consistent en deux tourelles encore carrées. Les deux derniers se composent chacun de deux tourelles rondes dont la plus élevée supporte la statue de la Foi. Cette partie supérieure de la Giralda avec ses piliers doriques et ses arcs Renaissance, nuit au caractère arabe de la tour, mais la rend plus aérienne et plus gracieuse. A l'intérieur du monument grimpe une large rampe dont la pente est si douce qu'un cavalier pourrait aisément monter jusqu'à la plate-forme d'où l'on jouit d'une vue superbe sur la cathédrale, sur la ville, sur la vaste plaine du Guadalquivir et sur les hauteurs de la rive opposée. Au cours de l'ascension on peut voir de près les chapiteaux wisigoths et arabes des colonnettes qui flanquent les fenêtres et la décoration des arcs. La statue de bronze qui couronne l'édifice est l'œuvre du sculpteur Bartholomé Morel qui y travailla de 1566 à 1568. C'est une représentation symbolique de la Foi, haute de 4 mètres. Et en effet, une
statue-girouette de la Foi au-dessus d'une cathédrale qui fut autrefois une mosquée arabe et antérieurement un temple romain, n'est-elle pas une véritable allégorie?
La tîiralda est le reste le plus remarquable de l'ancienne mos<iuée de
Sévillc ([ue celle de Cordouediîitauçaità peine en taille et en somptuosité, La cathédrale actuelle occupe exactement la place de l'ancien sanctuaire arabe et. outre le minaret que nous avons décrit, la muraille crénelée qui enclôt la cour subsiste encore. Les Chrétiens se contentèrent au début d'édifier comme à Cordoue leurs chapelles le long des parois du temple mahométan. Ce ne fut que le S juillet 1401 que le chapitre prit la
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décision de démolir toute la construction musulmane et d'élever à sa place une église « si grande, disaient les chanoines, que ceux qui la verront achevée nous prendront pour des fous. » Mais avant d'aborder la description du monument chrétien, nous allons visiter les autres débris de Tart arabe. La cathédrale en présente quelques-uns, entre autres: la Piierta ilrl Pcrdoii qui conduit à la Cour des Orangers par son grand arc aigu historié de gracieux ornements de pierre, et des vestiges d'arcs et de colonnes arabes enchâssés dans les murs qui entourent le patio.
Un grand nombre des églises sévillanes actuelles étaient en ce temps là des mosquées et, comme nous l'avons vu faire pour la (liralda, on convertit leurs minarets en clochers. C'est ce qui advint à la tour de San Marcos, le plus curieux minaret de Séville après la Giralda mais bien plus gravement défigurée que celle-(i par une reconstruction chrétienne et par la démolition d'un pan de mur vêtu d'une guipure arabe, brèche exécutée au XIX' siècle pour y insérer une horloge. Santa Catalina, Omnium Sanctorum, vSanta Marina. San Andres, San iMartin, San Gil, San Kstel:)an, vSan Juan Bautista et vSan Lsidoro ont également des clochers mauresques, mais il n'y a guère que les trois premières églises qui méritent une visite, car les autres ont vu les signes caractéristiques de leur architecture arabe disparaître sous les surcharges et les réparations chrétiennes. D'une façon générale ces tours ressemblent toutes à laCiiraldamais outre que leur taille et leur décoration sont beaucoup i)lus ordinaires que celles de leur aînée, elles ont encore beaucoup plus qu'elle souffert des architectes chrétiens.
Après la Giralda ce n'est pas parmi les églises que nous venons de citer qu'il faut chercher la tour mauresque la plus remarquable de Séville, mais sur le quai du Guadalquivir où se dresse fièrement la Torrc ciel Oro 'de l'or , autrefois l'un des points les plus fortifiés des remparts qui couvraient tout ensemble et la ville et la citadelle royale de l'Alcazar. Cet édifice dont le plan est un dodécagone régulier se compose de trois tours superposées ; sur la plate-forme crénelée de la première se dresse une seconde plus petite également dodécagonale qui reçoit elle-même une tourelle ronde coiffée d'une coupole.
Lesdeux étages inférieurs qui sont arabes furent commencés en 1220, tandis que la maisonnette à coupole n'y fut ajoutée qu'au xviir siècle ainsi que les fenêtres cintrées de l'étage du bas. Au temps des Arabes un donjon identique s'élevait sur l'autre rive du Guadalquivir et ces deux ouvrages étaient reliés par une lourde chaîne en fer quifeniiaitleport. Ni la tour de la berge opposée, ni la chaîne du port ni l'autre partie des
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murailles qui réunissaient autrefois la Torre del Oro au reste des fortifi cations et à la citadelle n'existent plus aujourd'hui. L'unique porte du monument conduisait de ces murailles à la tour et c'est la raison pour laquelle cette porte se trouve si élevée au-dessus du sol qu'on ne peut à présent l'atteindre que par un escalier.
Cette Torre del On) tire probablement son nom <les azulejos qui révélaient su-, murs et (■tinceliiii-nt comme de l'or au soleil. Il est peu vraisemblable que i<i titre lui soit venu des trésors i|u'y aurait soi-disant eiitassi^s Pierre le Cruel nu des flottes qui au retour d'-^mérique y auraient décliar^i- leurs trésors, puisque les Arabes l'appelaient déjà ainsi, (."omnu; ce monument fut au cours des siècles réj)aré à plusieurs reprises et remplit depuis la conquêtede .Sé\ille|>;ir suint Ferdinand tous les ollice-.
possibles, il n'esi ^l:^s étonnant que les détails de la décoration arabe, c|ue les ornements des fenêtres et Unt- rufllc ft iitio tour Linuro lAkaî.ir.
que les fenêtres elles-mêmes
aient disparu ou soient déligurés. .^lais si Von néglige la suppression des murailles et l'addition de la guérite du faîte, Tédifice garde encore la physionomie très jolie et très pittoresque qu'il avait au temps de son architecte Cid Abou el Ola,
Li; STYLK MUUEJ.VR
La Torre del Oro qui faisait partie des ouvrages extérieurs de l'Alcazar nous amène tout naturellement au célèbre palais maure. L'Alcazar dont
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l'entrée se trouve maintenant tout à côté de la cathédrale atteignait autrefois le Guadalquivir avec ses jardins et était enclos d'une enceinte circulaire armée de tours dont, outre la Tour d'Or, il existe encore au nord-ouest un pan de muraille contigu aux remparts de la ville. Après nous être exclusivement occupé de la pure architecture mauresque à Séville, nous arrivons à présent avec TAlcazar au style Mudejar, Ce style dont on usa aux premiers temps de la domination chrétienne ne se distingue d'abord nullement du véritable style arabe, puis se rapproche peu à peu des styles chrétiens et crée en se mariant au gothique et au Renaissance les formes les plus originales et les plus neuves. Certes les premiers rois chrétiens de Séville n'étaient pas des fanatiques en religion. Ce fut le clergé qui les dut contraindre à supprimer les mosquées et à terrasser la croyance mahométane. vSans se soucier de la foi de leurs sujets ils se contentaient de leur enlever leurs biens temporels. Quant au reste ils étaient, à ce qu'il semble, très bien disposés pour la civilisation arabe, et aux xiir' et xiV" siècles il en était de la cour de Séville comme de celle des rois maures à Grenade. Xul ne songeait alors un instant à la guerre religieuse. Cet état de choses ressort des deux faits suivants : d'abord il y avait au milieu de l'armée de saint Ferdinand des princes arabes alliés avec leurs troupes mahométanes, el ensuite ces combattants musulmans étaient, lors du partage des pays conquis, traités exactement de la même façons que leurs compagnons d'armes chrétiens. Les actes du « Repartimento » entrepris par Alphonse le Sage en 1252 contiennent les noms de tous les chevaliers, comtes et barons de Castille et de Léon ainsi que ceux des chevaliers français, aragonais, navarrais, portugais, italiens et maures qui, après avoir pris part à la guerre, furent récompensés avec les biens des vaincus. La comparaison s'impose ici encore avec le grand Hohenstaufen Frédéric II qui exécuta heureusement sa croisade avec le concours d'alliés mahométans.
Pendant les deux premiers siècles qui suivirent la conquête, les rois de Séville employèrent exclusivement le style arabe pour leurs édifices et l'on appliqua la même formule aux églises chrétiennes. Cela résulte principalement de ce que les conquérants étaient de rudes soldats qui ne comprenaient rien aux arts de la paix et qui s'en remettaient aux bons offices des vaincus. Mais après un certain temps on constate, semble-t-il, un affaissement de l'architecture dans les portions de l'Andalousie devenues chrétiennes. C'est sans doute parce que les artistes arabes préféraient troquer leur rôle d'ilotes patients contre celui de citoyens autonomes et allaient en masse s'établir dans les régions restées sous la domination
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mahoméuine. Aussi Pierre le Cruel, ])endaiit le règneduquel fut élevée la majeure partie de l'Alcaziir, se vit-il forcé de demander à son ami le roi maure de < ireiiadc un bon arcliitecle et d'habiles ouvriers. Ce furent ces artistes qui coiistruisirentla plupart des cours et des salles de la résidence royale. 11 n'est donc pas surpn'nant qur nous ne parvenions pas à établir une différence typique entre le style niiidcjar et le véritable style arabe
andalou. I.e palais |iré>enie dauircs parliez plus anciennes qui remontent à la domination musulmane eld'autres encore. ]>lus récentes, qui n'offrent aucune trace de style maurescjue. Xous trouvons par conséquent à l'Alra/ar un résumé très condensé de toutes les formes architecturales qui se sont déjfagées les unes des autres au cours de sept siècles en Andalousie, depuis le porche en fer ;ï cheval de la cour princii>ale et la galerie des Ambassadeurs [XIV siècle^ jusqu'à l'Arsenal édifié sous Philippe A' au commencement du XVIU' siècle. I^ntre temps Pierre le Cruel. Ferdinand et Isabelle, Charles-Quint et Philippe 111 y mirent également du leur : mais ces apports successifs qui commencèrent au XV siècle s'accommo-
dèrent aussi mal que possible avec le style arabe qu'on avait jusqu'alors respecté.
Les délicieuses salles du château royal élevé au temps des Maures et de Pierre le Cruel avec ses murs vêtus d'azulejos aux tons étincelants et de stucages rappelant de légères guipures, avec leurs sveltes colonnes garnies de chapiteaux délicieusement ouvrés, avec leurs gracieux arcs dentelés, avec leurs portes et leurs voûtes sculptées, incrustées et peintes par d'habiles ornemanistes, font l'admiration et le ravissement du visiteur qui y trouve pendant l'été une fraîcheur reposante et un abri contre l'ardeur du soleil et la poussière des rues, auprès de cla])otants jets d'eau. Mais toutes ces merveilles ne rei)résentent qu'une faible partie du palais primitif, car les plus anciennes ailes édifiées par les princes arabes sont presque complètement anéanties. Klles doivent leur disparition à des tocëiKlies ou à des tremblements de terre ou aux accès de modernisme (i5^s/n'6uveaux venus. Leur emplacement est occupé aujourd'hui par les \:biës pèabliques et les maisons particulières comprises entre les rues qui conduisent de la 'J'our d'Or à la cathédrale^ l'Alcazaret ses jardins, et la j.proinenade des bords du Guadalquivir.
* ■ Qu'ils aient transformé le temple de W'nusen J^)asilique de Saint-Vincent, la basilique en mosquée et la mosquée en église chrétienne, les divers conquérants ont toujours fait jouer le même rôle à l'édifice qui porte aujourd'hui Ic^ nom de cathédrale. Ils en usèrent de même avec l'Alcazar .qui, d'a])rès sa situati(m sur un terrain élevé, a dû être très i)robablement fondé par les tout premiers arrivants. Kn tout cas les Romains d'abord et ]dus tard les Wisigoths y établirent une citadelle dont le palais arabe prit la place et dont on ne trouve plus de restes que dans le mur d'enceinte. Plus encore que la Giralda, l'Alcazar a souffert du feu, des tremblements de terre et surtout de l'activité architecturale déplovée par les princes espagnols qui ne se contentèrent pas seulement de réparer sans cesse dans le style de leur époque les dommages causés par les événements fortuits mais qui firent encore abattre des parties plus anciennes pour les remplacer par de nouveaux bâtiments. Après la conquête de Séville, les rois d'Kspagne habitèrent en effet l'Alcazar pendant plusieurs siècles et même de nos jours le palais maure est au nombre des résidences royales, quoique depuis Isabelle II nul souverain n'y ait logé.
Pour visiter les salles de l'Alcazar il faut, comme au Vatican, en demander la permission. i)n l'obtient d'ailleurs sans la moindre difficulté à l'entrée même qui se trouve dans le Patio de las Banderas enclôt^ de fâcheuses maisons particulières. Tne colonnade due à Philippe III et nomme
.\f>iadi:ro ^montoir) la relie au Patio de Ai Montcria. Cette cour ég;ik-ment d'origine moderne tire hon nom des gardes à cheval du roi, les
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Moiiti/'os ilr lispiitosti nui y étaient ca^e^nés. Nous arrivons ensuite à un plus grand patio et nous avons devant les yeux la façade du palais royal ijue Pierre le Cruel fit élever tout contre le palais plus ancien. Ce
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plus vieil édifice s'élevait où se trouvent actuellement les habitations privées devant lesquelles nous avons passé et où Ton rencontre encore des traces de l'architecture arabe primitive. C'est dans un coin du Patio de la lianderas que don Pedro, qui adopta en tous points les mœurs orientales, avait coutume derendre publiquement la justice, etce monarque se faisait tant d'illusions sur son impitoyable équité qu'il se conférait à lui-même le titre d' u el Justiciero » (le Justicier), surnom que la postérité transforma en celui d' « el Cruel » (le Cruel). Le trône en pierre sur lequel ce prince tenait ces asssises auxquelles avait accès le moindre de ses sujets, existait encore au xvT siècle et ne fut enlevé que sur Tordre de Philippe II qui, ayant quelque motif pour exécrer son prédécesseur et ses procédés de règne, condamna c(.' siège inique lors d'une visite à Séville.
Avant Pierre le Cruel les princes arabes rendaient la justice dans la Sala de J/rsticlaA'uTn^.de'^ rares salles du palais arabe primitif qui existent encore. Aujourd'hui la Sala de Justicia se trouve isolée et n'est plus en liaison immédiate avec le reste del'Alcazar. Les cours et les appartements de l'ancien château dont dépendait cette salle de la Justice ont disparu, si bien que cette pièce touche actuellement en partie aux maisons particulières et en partie à l'enceinte de l'Alcazar. On accède à la Sala de Justicia par le Patio delà Monieria. C'est ici que Don Pedro ayantsurpris quatre juges en train de diviser une somme remise par l'une des parties, fit sur le lieu même trancher la tête aux quatre prévaricateurs et clouer ces chefs sanglants aux ])arois de la salle de la Justice afin qu'ils servissent d'exemple et d'avertissement pour les juges de l'avenir. On voit par là que ce souverain méritait aussi bien et le surnom qu'il s'était choisi lui-même et celui que lui avait donné ses sujets.
La salle de la Justice est carrée et mesure un peu plus de 9 mètres de côté. Son plafond est octogonal, stuqué et agrémenté de guirlandes, d'étoiles et d'une frise coloriée, sous laquelle se répète plusieurs fois le mot (( Félicité » en lettres koufiques. Le haut des quatre murs est occupé par une frise en stuc somptueusement ouvrée et percée de quelques ouvertures rectangulaires, entre lesquelles sont tendus de petits arcs décoratifs dont le tympan reçoit des guirlandes variées. On y lit l'inscription suivante : u la Renommée célèbre la gloire du maître de céans » qui se répète sans cesse et dont les caractères koufiques deviennent ici comme dans tous les édifices maures un délicieux motif ornemental. I-es ouvertures étaient autrefois munies de panneaux en gypse ajourés selon d'élégants modèles, qui barraient la route aux brûlants rayons de soleil tout en laissant passer la clarté du jour. Quelques-uns de ces volets subsis-
si:vii,r.E ï;
tent encore, mais dans un très mauvais étal. Au-dessus de la zone occupée par les fenêtres et leurs parures court encore une frise composée de petits arcs entrecoupés, à laquelle se sujjerpose une bande toute lisse destinée sans douie autrefois à accrocher lic^ tapis. ].a surface murale
inférieure est divisée par trois arcs d'une finesse et d'une j^râcc extrême, enjolivés d'un luxueux décor : celui du centre e.st notablement ]ilu-.liaui que ses deux compaj^nons. Cette salle dont l'ornementation date probablement de Pierre le Cruel fut, par suite de sa situation écartée, délaissée )jendant des années et souffrit beaucoup des injures du temps. .Mais c'est à son isolement qu'elle doit d'avoir été oubliée lors de la « Restauration ••
ii si;\'n.i,i-:
(|ui saccagea les pièces de l'Alcazaroù viiil Uiger le duc de MontpensitT.
Après le Patîo de la .Monteria mius arrivons par la porle du mêini-
nom au Pjtto dfl LfOn où se dresse la taçadc principale de l'Alca/ar.
une (les parties les |)lus curieuses du château royal Sévillan puisque cl'Ui-
U Cour Jvi JtuiiM l-illt. Wcu.
(le ! AUiambra i|ui devait lui être anali>i,'ue fui sacrifiée au palai- i'. ■ ( li.irle-. Ijuint. Cette façade se c<nn]ii>-e d'une ron-truclion centrale iiv--: un h.iut porlail rectan^'ulaîre, llan<]uée de <leu\ alle^ i^arnies de i">r'.>?s plus petites et plus etmites et de li.iutes fenêtres jumelles au ras du -il, l,c Sàtimeni du milieu recuit l'nml ire d'un mit i-n saillie snuienu sur !•■ .'. ■ s.t loiijjueur par des ilu'\ nuis rirliement sculptés, peints ci dorés i-: .l.a
si; VILLE
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deux extrémités par de robustes poutres en forme de stalactites, également dorées et ouvragées. De somptueux stucages, des frises à arabesques entrelacées, des colonnettes, de petits arcs et des inscriptions koufiques occupent toute la surface murale comprise entre les deux solives extrêmes.
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