LES DEUX FIANCEES
On disait que Pamour n'était pas éternel,
Que mon âme oublîrait sa pâle fiancée !
L'abeille, ranimée au regard d'un beau ciel,
Sur d'autres seins de fleurs retrouve un nouveau miel
Mais, dans les champs amers où tourne ma pensée,
Rien ne peut adoucir ma tristesse insensée.
J'ai bien vu dès l'abord qu'elle était insensée Cette dévotion qui, d'un hymne éternel Etourdissant mon âme et glaçant ma pensée,
50 SEXTINE
N'exaitait qu'une idole, indigne fiancée
Dont la bouche m'était meilleure que le miel,
Et les yeux plus divins, plus puissants que le ciel
Cette bouche pourtant était froide, et du ciel
Ces beaux yeux n'avaient rien que l'azur. Insensée,
Mon âme en amertume a changé tout son miel.
Et peut-être vivra dans un trouble éternel
Pour avoir abdiqué, pour s'être fiancée
A ce marbre infécond sans souffle ni pensée.
Tout le jour cependant présente à ma pensée, Quand la nuit, se taisant, règne au faîte du ciel. Si je m'endors enfin, la morne fiancée, Lentement se baissant vers ma couche insensée. Tient mon sein éveillé de son poids éternel. Loin sont les doux sommeils et les songes de miel !
Oh ! sous des cheveux blonds, chaste ruisseau de miel,
Ce front charmant aux yeux, charmant à la pensée,
Et ces lèvres que dore un sourire éternel,
Ces yeux purs où toujours on voit s'ouvrir le ciel !
Hélas! vous avez fui de ma route insensée,
De mon premier désir ô vierge fiancée !