HISTOIRE
à peine si Crescimbeni, dans son Istoria délia, volgar poesia (1700), trouve a en citer une d'un auteur contemporain. Nous ne voyons pas que plus récemment et de nos jours la Sextine ait repris en Italie aucune faveur.
Les sextines de Dante, de Pétrarque et des anciens poètes que nous avons cités sont presque exclusivement des plaintes amoureuses. Dans le grand nombre de celles que nous avons compulsées, nous n'en avons trouvé qu'une de Marmitta et celle de La Casa qui fassent exception sous ce rapport. Les expressions, comme il était inévitable, s'y ressentent de la monotonie du fond, et le choix des mots terminaux n'y est pas non plus d'une grande variété. Dans vingt-quatre sextines où nous avons pris la peine de les relever, nous avons trouvé cinq fois le mot sole (soleil), quatre fois les mots alba (aube, aurore) et coin (collines), trois fois les mots neve (neige), loco (lieu), /ronii (feuillages) et anni (années), et enfin chacun deux fois les mots ghiaccio (glace), ombra (ombre), herba. (herbe), fiume (plumes), aura (brise), vita (vie), occhi (yeux), valle (vallée), fiumi (fleuves), cielo (ciel), fiori (fleurs), aima (âme), lume (lumière), nebbia (nuage), giorno (jour), r^rra (terre), onde (ondes), pioggia (pluie), nido (nid), note (notes) et pianto
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(pleur). Parmi les autres mots employés en fins de vers, la plupart sont analogues a ceux-là, ou même presque synonymes entre eux. Ainsi : fiamma (flamme), fuoco (feu) et caldo (chaleur), piaggia (plaine) et campi (champs), monte (montagne) et poggi (hauteurs), selva (forêt) et bosco (bois), ver si (vers) et rime (rimes), etc.
Le vocabulaire, comme on le voit, n'est pas trés-êtendu. Cette pauvreté provient en partie de l'uniformité des sujets traites, mais elle tient aussi à Fobligation imposée aux faiseurs de sextines de n'employer pour mots terminaux que des substantifs de deux syllabes. Cette obligation, ils s'en sont pourtant quelquefois affranchis. Dante s'est permis en fin de vers de sextine l'adjectif verde (vert), et Pétrarque, dont on connaît la scrupuleuse régularité, en a employé deux autres : sciolta (libre, détachée) dans sa sixième sextine, et lieto (joyeux) dans la neuvième. Boccace est aile plus loin : une sextine de lui, citée par Crescimbeni d'après Trissin, offre comme terminaisons de vers désire (désir) et seguire (suivre), lesquels mots, outre que le second est un verbe, sont tous les deux de trois syllabes et de plus riment ensemble. D'autres poètes, et Chiabrera du nombre, ont introduit dans la stance un vers de huit syllabes. Enfin,
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dans la reprise, on s'est souvent dispensé de placer les mots terminaux dans l'ordre voulu ou même de les employer tous, Dante, un des premiers, a donné l'exemple de cette licence.
Puis il y a eu aussi les exagérations, comme celle-ci de Cieco d'Adria, Ne trouvant pas encore assez étroites sans doute les entraves réglementaires des sextines, il s'est imposé dans une des siennes, après la reprise habituelle, d'en ajouter une seconde de deux vers, contenant chacun trois des mots terminaux, puis une troisième de même mesure, mais où le second vers est formé par la réunion des six mots. Mais laissons là ces jeux puérils, plus voisins de la prestidigitation que de la poésie, et revenons à la seule et vraie Sextine, à celle dont Pétrarque nous a donné les modèles les plus remarquables.
Ce n'est pas cependant que le mérite des pièces de ce genre qu'a laissées cet illustre poète n'ait jamais été contesté. Parmi ses commentateurs, Tassoni, qui pourtant ne se fait pas faute de le critiquer assez vivement dans l'occasion, semble les avoir tout à fait en gré ; Muratori au contraire, bien que beaucoup plus disposé à l'admiration, ne fait quelque grâce qu'à deux d'entre elles et traite les autres avec le plus grand dédain. Il est vrai qu'il étend ce dédain a toutes