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façon inappréciable, car enfin s il est vrai que sans lui il n'eût pas existé il est tout aussi exact de dire que sans cette s le point n eût pas produit l'effet qu'on attendait de lui : ce point est donc le générateur de la formule en général, de l's en particulier : en effet Ali est le père d'Haçan et Haçan est l’s de Bismillah, et les 12 imams sont les descendants d'Ali.
Que sil'on m objecte que ces 12 imams représentent
seulement 12 lettres d'une formule qui en contient 19,
je serai obligé de reconnaître que je ne suis pas assez bon théologien musulman pour avoir bien compris les explications embrouillées qui m'ont été fournies pour dévoiler ce mystère. Cependant, il me suffira de re. marquer que le reste est le fameux chiffre 7 qui joue un si grand rôle dans l'histoire des religions, et d'autre part j'espère, dans le second volume de cet ouvrage donner à ce sujet toutes les explications désirables, mais au point de vue babi. Nous verrons en effet le Bab dévoiler ce secret tant en ce qui concerne l'islam — suivant lui — qu'en ce qui concerne la religion même qu'il a fondée. Qu'il nous suffise d'’insister ici sur ce point essentiel que c’est de la formule Bism Allah er-Rahmaäan er Rahim, que Seyyed Ali Mohammed à tiré le chiffre 19.
Enfin, la formule confessionnelle de l'Islam persan est la suivante : « Je confesse qu'il n’y a pas d'autre dieu que Dieu, que Mohammed est son prophète et qu'Ali est son véli.» [ln’y a pas ici d’accommodement avec le ciel: est musulman quiconque prononce les trois termes de la formule, ne l’est pas quiconque en néglige un quelcorique. Aussi les sunnites ne sont-ils pas musulmans, et tout Persan doit les exécrer plus encore qu'il n'exècre les Européens.
Mais de ce fait que le nom d’Ali a été introduit dans la formule confessionnelle, il ressort nettement que Ja lutte entre les deux sectes rivales n’est pas uniquement circonscrite dans une contestation sans but sur la légi-
timité des successeurs au pouvoir temporel de Mohammed. On conçoit qu'Ali est désormais plus qu'un homme, plus que le cousin, plus que le gendre du prophète, il est associé à la manifestation divine, et il l'est en qualité de véli.
Qu'est exactement un & vék », que signifie ce rang le « célayet »? II ne faut pas ici espérer une réponse définitive et précise; nous sommes au milieu des Persans, et leur intelligence est trop déliée pour n'avoir pas creusé le problème sous toutes ses faces. Aussi en fin de compte arrivons-nous à ces solutions, faciles à concevoir pour qui connaît le caractère de ce peuple : Mohammed est nébi et véli en même temps, disent les Mollas, Ali n'est que véli; etle « noubouwet» est au-dessus du « vélayet » ; point, répondent les soufis, Mohammed n'est que nébi, et par suite bien au-dessous d’Ali qui, lui.est le Véli; cen'est pas encore cela, interrompent certains autres soufis, tous deux sont nébis, tous deux sont vélis. La qualité de véli est au-dessus de celle de nébi, or, Mohammed est « nébi » avant d'être « véli », et Ali est « véli » avant d être { nébi ». D'autres interviendront encore, changeront les termes du problème, mais la solution restera presque toujours la même, je veux dire: la supériorité du « vélayet » sur le « noubouwet ».
J'ai donné ci-dessus l'avis officiel du clergé orthodoxe, ce qui ne veut pas dire que ce soit l'avis de la majorité des Persans. On sait le nombre infini de sectes qui divisent les Esna ’Achéri, et l'on peut cal- Culer qu'un cinquième de la population est hostile à Cette thèse : si nous ajoutons que les babi, eux aussi, ont opté pour la supériorité du vélayet, nous serons obligés de reconnaître que les défenseurs de Moham- Med sont en bien petit nombre.
Nous savons désormais ce qu'est officiellemen un véli, un imam. C'est, au point de vue orthodoxe, Un personnage qui accompagne l'individu chargé d une
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mission prophétique : il le commente, l'éclaire, le développe : il est la porte par laquelle on arrive à sa connaissance. Elu par Dieu pour remplir ce rôle, il participe en quelque chose à sa divinité : il en est tout au moins le véli. c'est-à-dire l'ami et bientôt le lieutenant. Le noubouwet est la part du prophète, le vélayet celle de l'imam, mais nous voyons que ces deux entités se peuvent confondre et Mohammed est à
. Ja fois le néb1et le véli.
Dès maintenant, cela prend une autre figure à nos veux: Âli n'est pas seulement l'héritier des biens temporels du prophète, le successeur légitime de son trône, il est avant tout son associé dans la révélation, le dépositaire de ses secrets et de ceux de Dieu. Abou Bekr, Omar, Osman ne sont plus de simples usurpateurs, ce sont des blasphémateurs, des sacrilèges el des parjures; méconnaissant le vélayet d'Al, ïls se sont, par la violence ou la ruse opposés à l'œuvre de Dieu, et c'est surtout pour cela qu'ils sont dignes de l'enfer ; ayant juré obéissance à l'islam, 1ls l'ont renlé et bafoué, et sont ainsi demeurés relapses, apostats ei menteurs. " *
Mais, chose curieuse, l’exécration publique s esi reportée sur Abou Bekr et particulièrement sur Omar; en laissant presque tout à fait dans l'ombre, le khalife Osman, dont le vulgaire s'occupe fort peu. Omar joue dans la doctrine chîite le rôle rempli par Judas dans les consciences des premiers catholiques : la haïne qu'on lui porte est même supérieure à celle que doi nourrir tout chrétien contre celui qui a vendu le Christ. Le vrai chiite, quand quelque chose Île contrarie, quand il fait un faux pas ou gratte une allumette sans pouvoir l’allumer, ne manquera pas de s’écrier : « Malédiction sur Omar! » Ainsi qu'on le fall à Chypre et un peu dans toutle Levant pour Iscariote, les Persans fêtent « la fête d'Omar. » Klle consiste à fabriquer un mannequin destiné à représenter
ce khalife ; on le promène à travers les rues de la ville au milieu des injures, des cris, des malédictions de la populace ; on le couvre d'ordures, on le frappe, on crache dessus et la fête se termine par l'incinération du mannequin au milieu des cris de joie et des coups de fusil.
Quiconque lit l'histoire du premiersiècle de l'Islam, doit, devant les services éminents rendus par Omar au : prophète, rester confondu d'une exécration aussi injustifiée, à notre point de vue, mais légitime en somme devant la nouvelle conception que nous nous faisons d’Ali. |
Je sais bien qu'Omar est le conquérant de la Perse, mais les Persans s'en souviennent-ils ? S'en souviendraient-ils même, nest-ce pas à lui quils doivent l'introduction de leur pays de la «seule vraie religion ? » N'est-ce pas lui qui les a conduits dans la voie du salut? «C'est précisément parce qu 1la fait de nous des Musulmans que nous le détestons », me disait en riant un mirza peu respectueux à l'égard de l'islam.
Cette exécration se manifeste par une série de légendes parmi lesquelles j'en choisirai une comme exemple : Omar jalousait et exécrait Mohammed ; le prophète le savait bien, mais au lieu d'anéantir ce misérable, et considérant sans nul doute que son exis tence était nécessaire aux desseins d Allah, il se contentait de lui donner parfois de sévères leçons. Quand Mohammed eut publié dans le Qoran les circonstances de son ascension au ciel, il rencontra l'incrédulité la plus complète chez Omar et résolut de lui faire Connaître sa puissance.
Un jour que la femme d'Omar lavait le linge de sa maison, elle pria son mari d'aller lui chercher un peu d'eau au ruisseau qui coulait non loin de là. Il y consenüt, prit une cruche et se rendit près du ruisseau. À ce moment, il fut métamorphosé en chienne. Des gamins qui le virent sous sa nouvelle forme lui jetérent des
pierres, et il s'enfuit en hurlant. Il vécut ainsi sept années au milieu des chiens, ses semblables, et y remplit toutes les fonctions matérielles assignées à sa nouvelle condition:
= Un jour il passa de nouveau près de l'endroit ouùil était venu puiser de l'eau ; il était accompagné des six petits chiens qu il avait enfantés, quand soudain il recouvra sa forme naturelle. |
.{] prit la cruche qu'il retrouva à l'endroit ou il l'avait laissée, et fort anxieux de la réception qui l’attendait, se dirigea à pas lents vers sa demeure. Il y retrouva sa femme toujours occupée à laver le linge, et comme il s'excusait d'avoir tant tardé, celle-ci lui fit remarquer qu’il n’avait pas mis plus de temps qu'il n'en fallait pour aller de sa maison au ruisseau et pour en revenir.
Stupéfait, ne sachant que croire, Omar réfléchit longuement et finit par se convaincre qu'il avait été le jouet d'une hallucination.
Débarrassé de son inquiétude, il se rendit à la mosquée, où comme d'ordinaire il retrouva le prophète assis au milieu de ses compagnons : il les salua fort civilement et prit rang dans le cercle.
On causait quand tout d’un coupon vit entrer par la porte de la Mosquée six tout petits chiens qui marchaïent encore difficilement. Omar pâlit.
Les compagnons du prophète, indignés de cette intrusion, se levèrent pour chasser les animaux immondes: « Laissez-les, dit Mohammed, et voyons ce qu'ils vont faire. »
Lentement, à pas incertains les petits chiens se dirigèrent vers Omar atterré ; quand ils furent près de lui, ils poussèrent des petits cris de joie et se jetèrent sur Sa poitrine pour y trouver le lait dont ils avaient l'habitude de se nourrir. Le malheureux se précipita aux pieds du prophète et reconnut ses torts.
On pourrait écrire de nombreux volumes si l'on
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