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saient d'être un voleur. Ali lui demanda : « As-tu volé? » — « Oui, dit le nègre ». — « Ce que tu as volé valait-il un doung 1/2? » — « Oui ». — « Prends garde, dit Ali: je vais t'interroger une seconde fois, et si tu persistes dans ta réponse, je me verrai dans l'obligation d'exécuter les lois. Ce que tu as volé vajait-il un doung 1/2? » — « Oui, répéta le nègre ». — « Comment te nommes-tu ? de quelle fâmille es-tu ? » — « Mon nom est Amr ibn Keri, ma tribu celle des Beni Saalebëéh. »
Alors Ali donna l’ordre qu'on lui coupât ia main droite. L’exécution eut lieu et le nègre, ramassant la main coupée, s’en alla, semant son sang sur les dalles du temple.
Abdoullah ibn Guéva le rencontra et lui demanda qui l'avait si cruellement mutilé. « C’est, répondit le » supplicié, l’émir des croyants, le seigneur des héri- » tiers, le cousin de Mohammed. la meilleure des » créatures de Dieu après le prophète, celui que » Gabriel venait voir, à qui Michel accordait son aide, » mon maître et celui de tous les Musulmans, Ali, fils » d'Abou Taleb ».
Abdoullah lui dit : « Comment en peux-tu faire de tels éloges, alors qu'il t'a coupé la main ? »
«Il ma coupé la main, c R vrai, mais il à agi conformément à l’ordre de Dieu.
Abdoullah courut raconter ce rai à Ali.
« Oui, dit ce dernier, parmi nos ennemis il y a des gens tels que même si nous leur mettions des suCreries dans la bouche, ils ne penseraient encore qu'à leur inimitié contre nous. Parmi nos amis, il est des personnes que nous pourrions couper en morceaux, sans parvenir à arracher de leur cœur l'amour qu'elles ont pour nous })).
Puis il fit venir le nègre, remit la main coupée à sa place, la lia avec son manteau et se mit à prier. Du haut des cieux une voix répondit « ainsi
soit-il. » Alors il détacha son manteau et la main était recollée.
Des historiens absolument dignes de foi(113) écrivent qu Ammar Yacer a raconté le fait suivant : Ali, pour une affaire importante, sortit un jour de Coufa et se rendit à Babel. I! y fut tellement occupé quil n'eut pas le temps de faire sa prière. Le soleil allait se coucher quand survint un jeune homme qui cria : O Ali, écoute ma prière, aie pitié de moi, hélas! ma femme et mes enfants meurent de faim. J'avais un champ dont les produits nous faisaient vivre, mais depuis trois ans un lion monstrueux est venu s établir dans ma propriété et personne n ose plus y pénétrer pour la cultiver.
Alors Âli se tourna vers moi et me dit : « Ammar, va avec ce jeune homme: quand il taura montré le lion, tu présenteras à ce dernier cette bague et tu lui diras : Ô lion, Ali t ordonne d'abandonner ces lieux.»
Je demeurai fort perplexe, car si le lion me faisait peur, je craignais tout autant la colère de l'émir des croyants. Mais en fin de compte, il fallait obéir, je me recommandai à Dieu et partis. Arrivés à la propriété, le jeune homme grimpa sur un arbre et, tout tremblant, me désigna une élévation de terrain et me dit : « Le lion est derrière. » J'avançai, et je vis un lion gros comme un buffle ; je sentis la peur m envahir, surtout quand le lion, m ayant aperçu, s élança vers moi en rugissant effroyablement.
Je lui montrai la bague et lui criai les ordres d'Ali.
J'avais à peine fini de parler que le lion se prosterna, la tête dans la poussière, puis, s étant relevé, s'en alla. |
Je fus fort surpris de tout cela, et pensai à quelque
magie à quelque tour de passe-passe, mais je me
(113). Extrait du Zinnèt-el-Medjalis.
repentis vivement d'une pensée aussi inconvenante et la cachai au plus profond de moi-même.
Quand je retournai vers Ali, le soleil venait juste de disparaitre derrière l'horizon. Ali leva sa main vers le ciel, fit un signe et, docile, l'astre du jour revintsur ses pas et se remit à l'endroit de sa course qu'il doit occuper au moment de la prière. Ali fit alors cette prière qu'il n'avait pu faire jusqu'alors, et celle-ci finie, il se tourna vers moi et me dit : « O Ammar, si ce que tu as vu pour le lion était un tour de charlatan, que diras-tu de l’obéissance du soleil à mes ordres? »
Ces trois anecdotes montrent Ali en pleine possession d'un pouvoir surnaturel que seuls jusqu'alors les prophètes avaient possédé. Et en effet, Ali est plus granû que les prophètes mais non pas que Mohammed. Celui-ci est un Reçoul, les autres n'étaient que des nébis, le premier est un envoyé spécial de la Divinité, les autres étaient des inspirés: Ali participe des deux degrés : inférieur de fort peu de chose à Mohammed, il est de beaucoup supérieur à Jésus, à Moïse, à Abraham.
Il nous le ditlui-même : « Je suis le gardien des trésors des secrets et des desseins de Dieu », il participe donc à la science divine, il connaît l'avenir. Il en sera de même pour ses fils, qui seront ses héritiers. On conçoit dès lors l'intérêt qui s'attache à leurs moindres paroles puisqu'elles émanent de la science même du Créateur de l'univers, et l'on comprendra l'empressement que l'on a mis à les recueillir. Malheureusement si respecté, si adoré même qu'ait été Ali de son vivant, ce n est pas du premier coup que l'islam arriva à cette Conception ; nous avons pu voir combien sont vagues les données que l’histoire nous offre de la vie des Imams, nous ignorons presque tout d'eux et la critique persane n'a recueilli qu une infinité de égendes plus extravagantes les unes que les autres.
Dès lors bien du temps s'écoula sans qu’on ait
songé à réunir ces actes des imams: Je sais bien que des règles ont été établies pour leur classification et pour leur acceptation. Le narrateur qui les racontait devait donner des références, expliquer de quelle source ils provenaient, en établir la généalogie. Un tel à raconté à son fils qu’il à entendu Ali prononcer telles paroles : ce fils l’a raconté à un tel, qui le dit à tel autre et ainsi pendant tant de générations. Avec un système pareil, ce qui devait arriver arriva fatalement: les hadis. les plus contradictoires ont été recueillis, acceptés, classés, augmentant ainsi la confusion déjà créée par les diverses interprétations du Qoran.
Que nous élevions des doutes sur l'authenticité des hadis qu'on nous présente aujourd hui, nous en avons
assurément le droit. Déjà, du temps de Mohammed, des « Akhbars » — si j'osais, je traduirais ce mot par celui de « cancans » — nombreux circulaient au point que quelque temps avant sa mort le prophète soucieux d'y mettre bon ordre fit réunir les fidèles et leur dit: ( [l y à beaucoup de gens qui mentent à mon sujet: tout ce que vous entendrez de conforme au Qoran, acceptez-le, cela vient de moi : mais ce qui est contraire au Livre de Dieu, rejetez-le. »
Par la suite la Perse entière devint « Akhbariyine » Cest-a-dire qu'elle basait presque exclusivement sa doctrine sur les traditions : celles-ci s'accumulèrent en un fatras formidable. Ce fut à l'époque de Chah Khodabendèh que l’on voulut mettre un peu d'ordre et de clarté dans cette rudis indigestaque moles : ce lut alors que parurent les &« Moujtéhédines ». Ceux-ci déclarèrent qu'un « hadis » ne pouvait constituer une preuve définitive, un argument sans réplique par da raison qu'on ne pouvait jamais établir d'une façon pé: remptoire son authenticité. La Perse suivit ce mouvement, les Akhbariyines diminuèrent en nombre et en Puissance sans cependant disparaître. complètement :
ils sont cantonnés dans le sud et principalement à Bahreïn.
La différence qui sépare ces deux sectes est celle-ci:
Les « Akhbariyines » disent qu il existe deux « houdjets » (preuves, arguments) : 1° le Qoran, 2° les hadis dela famille(114).Les « Moujtéhédines » au contraire en reconnaissent quatre, soit : 1° le Qoran, 2°les hadis du prophète, 3" le raisonnement, 4° le consentement universel. Ce à quoi les Akhbariyines répondent que le raisonnement étant œuvre humaine peut être défectueux, ce qui disqualifie aussitôt le consentement universel. Nous pourrions, si nous étions chargés de plaider leur cause, ajouter qu un raisonnement qui se base sur une parfaite ignorance de toutes les sciences physiques, chimiques, économiques, sociales et politiques ne peut être qu un raisonnement faux, et quil ne serait pas difficile de trouver dans l'islam lui-même, un consentement universel qui rejette de la façon la plus nette et la plus catégorique les conclusions des Moujteheds.
Quoi qu'il en soit, ce sont surtout ces hadis qui prédisent l'arrivée du Medhi attendu par tous les Musulmans et qui « doit faire régner sur la terre la justice et la liberté après que le globe terrestre aura été rempli d oppression et d'injustice ». C’est cette question que nous allons examiner dans le chapitre suivant.
. (Id). C'est-à-dire Mohammed, Ali et ses descendants.