‹ Seyyèd Ali Mohammed, dit le BâbChapitre 28 sur 56 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'ImMAM MEHDI — LE CHIISME ACTUEL

Nous avons établi que la « Manifestation divine » d où est sorti l'islam est composée de treize personnalités: un prophète, et douze imams ou vélis ou portes, tous ces titres s’accordant parfaitement avec le rôle qu'ils sont censés avoir joué.

Nous l'avons dit, ces personnages ne se sont pas bornés à donner des explications purement théoriques aux questions qui leur étaient posées sur tel point obscur du Qoran, sur telle question de dogme ou de droit, sur telle difficulté qui se présentait, sur tel différend qui s'élevait entre Musulmans. D'euxmêmes ou sollicités par l'indiscrète curiosité de leurs contemporains, ils ont prédit l'avenir: et c’est presque uniquement en se basant sur les hadis que l'islam tout entier attend le Mehdi, comme les Juifs attendent le Messie et les Chrétiens le retour de Jésus. Mohammed s’est montré plutôtsobre de détails: il ne précise rien, du moins dans les hadis que j'ai examinés (115). Ses successeurs au contraire ne manquent

(115). « Si rien ne restait du monde qu'un seul jour, Dieu allongera la durée de ce jour jusqu'à ce qu'il suscite un homme d'entre mes descendants dont le nom sera le mien, » ditun jour le prophète. Selman lui demanda alors; « O prophète de Dieu ! duquel de tes enfants sortira cette altesse ?» Plaçant sa main sur l'épaule de l'imam Houssein,.l'apôtre répondit : « De cet enfant. »

pas de localiser dans le temps et l'espace et même dans la matière le Maître du temps. Le nom de sa mère, l'âge qu il aura, la ville d'où il sortira, ses premiers actes, la forme de son corps et de sa figure, rien ne manque, et dès qu'il paraitra on pourra facilement le reconnaître. Son apparition sera d ailleurs précédée de celle du Dedjal — Ante-Christ pour em: ployer une expression qui est familière à la pensée européenne. — Ce Dedjal dont on s efforce de nous faire une description effroyable sera monté sur un âne long de je ne sais combien de kilomètres, orné d'oreilles auprès desquelles la tour Eïffel n'est qu'un jeu d'enfant, qui rejettera continuellement des ex- .créments semblables pour la forme et l'aspect à des dattes fraiches. Les mécréants se précipiteront sur cette appétissanie nourriture, mais à peine l’auront-ils portée à leur bouche qu'ils s'apercevront qu'elle n’est que cendre... ou pis encore. Chose bizarre, cette désillusion, cette expérience personnelle ne les convaincra pas: il faut vraiment que les Musulmans nous croient limpiété et l'incrédulité chevillées à l'êème pour admettre que nous résisterons ainsi aux témoignages de tous nos sens et de notre raison.

Je laisse à penser si les beaux esprits de Téhéran s en donnent à cœur joie au sujet du dedjal. La plus innocente de leurs plaisanteries consiste à faire remarquer que puisque celui-ci doit parcourir tous les lieux de la terre il serait à tout le moins convenable de se préparer dès maintenant à sa visite, d'élargir les avenues et les rues pour qu'il puisse facilement passer, de surélever jusqu’à des hauteurs vertigineuses les portes des villes pour qu'en entrant il ne s'écorche pas les oreilles.

Je sais bien que les esprits sains, mais doués de foi ont donné les explications les plus rationnelles de cet Ante-Christ, ont voulu y voir une allégorie, et ont pu blié de nombreux travaux à ce sujet. Mais je sais un

certain médecin de Qachan, — et il est très loin d’être le seul, — qui déplore l’impiété de son fils et la maudit parce que celui-ci a émis quelques doutes sur la réalité de ces dattes et y a cherché un symbole.

Quelque temps après le Dedjal, l’Imam Mehdi doit paraître. Il existe d’ailleurs vivant comme Elie, retiré dans la ville de Djab oul Qa ou Djab oul Ca. C'est Mohammed, fils de l’imam Haçan Askéri.

I] naquit, suivant la plupart des historiens, au milieu du mois de chaaban 255 : sa mère se nommait suivant les uns Soucen (iris), suivant d’autres Nerghez (narcisse). Son nom et son qonièéh sont ceux de l'apôtre de Dieu, ces titres sont : Mehdi, Mountazzer, Sahab ez-zéman, Houdjet, Qaem. Il avait deux ou cinq ans lorsqu'il perdit son père. Et l'on saisit ici d'une facon bien curieuse le singulier manque de logique de l'esprit oriental. Les Persans connaissent davance, avec une précision mathématique, toutes les circonstances de l'apparition future de ce personnage alors qu'ils ne sont d'accord sur aucun des détails de sa vie passée au milieu ce ses contemporains. Îls ignorent presque absolument les faits et gestes de ces temps reculés ce qui ne les empêche pas d'affirmer l'authenticité des paroles de personnes dont ils ne connaissent presque que les noms.

Dieu, dit letexte (116) auquel j'emprunte ces données, Dieu, le dispensateur suprême des bienfaits, fit dès son enfance un imam de ce bourgeon de la prairie du Velayet comme il orna autrefois dela maîtrise en philosophie Yahya, fils de Zacharie.

En l’année 265, à l’époque du khalife Moh'tazed, Dieu le cacha dans une cave, à Samourah, suivant les chiites, il y restera invisible à tous les yeux jusqu’au moment marqué, et quand Dieu voudra le manifester

(116). Zinnet el Medjalis.

« il retirera de devant sa face resplendissante comme le soleil le masque qui la dérobe aux regards ».

Toutes les sectes musulmanes attendent l'arrivée du Mehdi: mais elles différent d'opinions quant à l'in. dividualité même de ce personnage: toutes n admettent pas le Mohammed fils d'Ifaçan, dont nous venons de parler : elles désignent quelque autre Fatimite. Les Sunnis par exemple, croient que le Mehdi naïtra, vers la fin des temps, de la descendance de Fatimèh Zohra.

Ainsi donc des hadis nombreux, de nombreuses prédictions annoncent la bonne nouvelle de la mani: festation du Mehdi promis: ils la commentent, la dédétaillent, la précisent, en décrivent les signes avant: coureurs. Cependantles contradictions deces documents sont telles, ils se détruisent mutuellement d'une façon si continue que Cheikh Ahmed Ahçahi dans son livre Chehr’ ouz-ziaré et Allamé Medjlici dans le Qeibèt du Bahar el-Envar ont nettement affirmé qu il est excessivement difficile de mettre d'accord tous les hadis et de les faire concorder ; aussi, soucieux d'en faire un recueil aussi complet que possible, Medilici les enregistre tous malgré ces contradictions et ces oppositions. Au fond, il serait plus prudent de s en tenir à la règle décrétée par Mohammed et de n accepter que ceux dont le sens est conforme aux versets du Qoran: les autres devraient être purement et simplement rejetés.

Il y en a de toutes sortes et pour tous les goûts, et nous en donnerons ici quelques-uns à titre de curiosité.

L'un des plus célèbres est celui d’Abi Lobeïd Makh zoumi — rapporté par Medjlici.

Donc Abi Lobeïd raconte: Imam Abou Djaafer m'a dit: « O Abi Lobeïd, certainement douze des enfanis d'Abbas exerceront la souveraineté, mais après le huitième, quatre d'entre eux seront tués, dont l’un par un mal de gorge (?}. Ce sont là gens à la vie courte et de mauvais naturel. L’un d’entre eux est le rebelle, Fégareur des hommes qui se nomme Hadi.

ar FEU C

ET AS TE Et me CE me C' Tue - me 11. - __—— In I 11- 477 = Li mre 17 :

» O Abi Lobeïd, j'ai une grande science en ce qui concerne les lettres isolées du Qoran. Dieu a fait des-

cendre | Ji et Mohammed se dressa jusqu'à ce que

la lumière de Dieu devint évidente. Et cette Altesse naquit, et le jour de sa naissance avait dépassé de 103 ans le 7° millier(117). )

« L'explication de ce point se trouve dans les lettres isolées du Qoran. Si tu les comptes sans les redoubler, il n'y a pas une lettre des lettres isolées du Qoran dont les jours ne passent sans que se dresse, au moment de la fin des lettres isolées. le Qaem de la famille des Beni Hachem.

l'est un » J— 30 et , —40 et > —90.le tout — 161 etse dressa Housseïn, fils d’Ali, il arriva donc au moment de la fin de, j! de Allahou la éla lié: quand ce temps fut rempli alors se dressa le Qaem, fils d'Abbas, au moment de » : j1\: quant au nôtre, il le fera au moment de passer le nombre des lettres isolées des premières sourates, « j'. Donc, trouve ce point, calcule et garde le secret (118).

(117). C'est-à-dire qu'il naquit en l'an 7103 de la création du monde.

(118). Voici l'explication : Après que 71 ans furent passés de Mohammed, arriva l'imamat du Seyyed des confesseurs (Housseïn). Après 142 parut Abdoullah Saffah qui rétablit le khalifat hachémite. Si l'on compte les lettres isolées placées

au début des sourates depuis . d | de Zahkel el-Ketab

jusqu'à ; : d , on obtient le chiffre 1267. Ceci nous donne la

date de l'apparition de Seyyed Ali Mohammed le Bab. Ilne faut en effet pas compter à dater de l'Hégire, mais à partir de Ja proclamation de sa mission par Mohammed : or, celle-ci eut lieu 4 années avant la fuite. L'année 1267 de la mission devient ainsi l'année 1260 du comput musulman.

Ce hadis est confirmé par celui connu sous le titre de hadis Moufazzal fils d'Omar, qui aurait entendu l’imam Sadeq dire: « C'est dans l’année 60 que l'ordre de cette Altesse se manifestera... »

Comme nous pouvons le constater, ces deux prédictions concernent la date de l'apparition du Mehdi: voyons ce qui est prophétisé quant à son àge.

Medilici dans le chapitre intitulé Keïfiyêt Zouhour Qaem rapporte qu'Abi Bécer a entendu les paroles suivantes sortir de la bouche d'’imam Sadeq :

« Quand le Mehdi surgira, les hommes le renieront Car il reviendra vers eux sous les traits d'un jeune homme : alors ne croiront en lui et ne seront confirmés dans leur foi que ceux dont Dieu a pris | engagement dans le monde des atomes ».

Dans le livre Qañ, Mohammed ibn ŸYaqoub Koleïni dit qu Hakem fils d'Abi Naïm a raconté qu'à son retour de pélerinage il alla trouver l’imam Sadeq qui se trouvait alors à Médine. « Je lui expliquais, auraïtil dit, qu'à la Mekke, entre Roukn et Maqgaïn, j'avais fait le vœu de ne plus le quitter, à partir du moment où je l'aurais vu avant de savoir si c'était lui le « Maître du temps ».

» L'imam ne me répondit pas. »

Je restai à Médine et 30 jours plus tard je le rencontrai sur la route: « © Hakem, me dit-il, tu es encore 1Ci ? })

« Jet'aidit, répondis-je, quel vœu j'avais fait à Dieu, tu n as rien dit. »

« Eh bien, viens me voir demain matin ».

J'y allaï,-et il me dit : « Que demandes-tu ? »

(« Je lui répétai ce que je lui avais dit et lui demandai : Es-tu celui qui tient la main à l’exécution de ordres de Dieu ?

» O Hakem, nous autres imams nous sommes tous cou qui tiennent la main à l'exécution des ordres de

ieu.

» Soit, mais es-tu le Medhi, celui qui montre la route. |

» O Hakem, nous tous nous sommes ceux qui montrent la route ?

» Alors es-tu le Maître du sabre ? »

» Chacun de nous est le Maître et l'Héritier du sabre. )

» Hnfn est-ce toi celui qui doit tuer les ennemis de Dieu ? Celui qui remplira de gloire les élus de Dieu ? Celui qui imposera la Religion ? »

» O Hakem, comment serais-je celui-là, puisque j'ai déjà 45 ans ? [1 est en vérité, lui, plus proche de sa nourrice, 1l est plus léger que moi sur le dos dun cheval. »

Hañz Abou Naïm Ahmed ibn Abd Oullah rapporte quarante hadis relatifs à la manitestation du Mehdi et d'après lesquels ce personnage doit apparaitre dans un village nommé Qer'’hé. Imam Djaafer annonce que quand il proclamera sa mission 1l sera à la Mekke, le dos appuyé contre la Qaaba, le sabre haut, environné de 313 personnages. À ce moment, ses premières paroles seront les suivantes :

La plus petite quantité qui vous restera par la grâce de Dieu vous sera plus avantageuse si vous êtes croyant (119).

Dans le Kechfoul-Qoummèh il est écrit : Rachiq Adjéb raconte : « Moh'tazed me fit venir avec deux autres personnes et nous dit: « Haçan (120) ibn Ali est mort à Samourah. Allez vite cerner sa maison : qui- ) TUE vous y trouverez, tuez-le et apportez-moi sa » tête. ""

— (( Obéissant : à son ordre, nous nous hâtàämes vers » Samourah et pénétrâmes secrètement dans la maison

(119). Quoran XI. 87.

(120). Askéri.

» d'Haçan Askéri. La maison était fort belle, et » semblait nouvellément construite. Un rideau cachait ») une porte; nous levâämes le rideau et nous vimes » que la porte donnait accès dans une cave. Nous y » pénétrâmes et, y vimes une mer à lextrémité » de laquelle flottait une natte. Un homme d'une » grande beauté priait sur cette natte sans que le bruit .» de nos pas lui fit lever les yeux sur nous. L'un de » nous voulant être le premier à lesaisir se jeta à l'eau » mais faillit se noyer : je l'aidai à sortir de ce mau- » vais pas. Mon autre compagnon fit la tentative à » son tour, mais lui aussi faillit se noyer. Stupéfait, je » criais : O maitre de cette maison, je demande par- » don à Dieu et à toi : quand j'ai voulu obéir à l'ordre » du khalife, je ne savais de quoi il s'agissait. |

» Il ne fit aucune attention à tout ce que je pus lui » dire : confus, je retournai auprés de Mohtazed à qui » je fis un rapport de ce qui s'était passé. Il m or- » donna, sous peine de mort, de ne dévoiler à âme » qui vive ce secret. }»

La tradition chiite distingue deux disparitions de Mohammed ibn Haçan Askéri, l’une, le « qéibet soughra», l'autre le (qéibet koubra ». Durant l'époque de la «& petite disparition » l'imam se fit représenter par quatre ambassadeurs (121) qui parcouraient le monde musulman chiite. C'est par leur intermédiaire qu on écrivait à l'imam et quon en recevait réponse, cest eux, — et ceci serait plus grave, si l'on pouvait prêter une attention quelconque à de pareiïllés légendes, —c est eux, dis-je, qui touchaïent les sommes quelles qu elles fussent qui lui étaient dues et qu'ils étaient censés lui faire parvenir. Quand le dernier de ces ambassadeurs mourut, il n y eut plus d'intermédiaire entre l’imam, c'est-à-dire entre Dieu et les hommes. et c’est alors

Le

(121). Leur titre est « Nawab » ou «Ridjal-oul-qéïb ».

que fut définitivement fermée la porte de la science, c’est alors qu eut lieu le « queibet koubra ».

Vraiment, J'ai peur de paraître fastidieux, à retomber toujours dans la même orniére: mais enfin j'expose des idées qui ne sont pas les miennes, et je ne cherche qu'à édifier le lecteur, sur le tissu de superstitions qu'est devenu l'Islam entre les mains des Persans. [l semblerait que le Sahab ez-Zéman. retiré dans Djab oul-Qa, ou Djab oul-Sa, une île, ai-je entendu dire au Moujtéhèd Mirza Mohammed Ali Chirazi, du côté de l'Espagne, et que les Européens n'ont pu encore apercevoir à cause de leur cécité morale, dût y rester tranquille en attendant son heure ; il semblerait que ses ambassadeurs, une fois morts et enerrés, eussent mérité la miséricorde de Dieu, et qu ils dormissent paisiblement de leur dernier sommeil à l'endroit où ils ont été enterrés. Il n’en est point ainsi, et nous revenons encore aux miracles sans nombre qui illustrent l'histoire chiite. |

Car le Sahab èz-Zéman sort de son île, car les Na- Wabs sortent de leurs tombeaux, car ces gens voyagent et se promènent, car ils se montrent aux yeux de leurs fidèles Je veux bien que les Persans que l’on interrogera à ce sujet, nient, comme de beaux diables, tout ce que je dis ici. Je veux bien qu'eux-mêmes, honteux des superstitions qui assaillent leurs compatriotes, m'attaquent, pour se défendre, avec la dernière énergie. Soit, mais que pourront-ils prétendre quand on leur aflirmera d'abord l'existence de leur almanach national, ensuite du Kechf oul-Qoummèh et du Chévahéd oun-noubouvvé?

Voici ce que je lis dans le

CALENDRIER PERSAN Année 1280 de l'Egire comput solaire correspondante au 29 Zilqaadèh 1318 du comput lunaire rédigé par S. E. Mirza Mahmoud Khan Nedjm el-Moulk Neveu de Son Excellence Nedjym ed-Dowlè Téhéran

Cet opuscule porte le cachet de Nedjm ed-Dowle et le sceau de garantie de S. E. E'thèmad ès-Saltanèh, Ministre de la Presse. Il nous offre donc toutes les garanties désirables: il est d'ailleurs l'almanach officiel.

À la page 2, nous y lisons.

© Ceux des esclaves élus que l'on appelle Abdal ou Ridjal oul-Queïb, ou encore les compagnons de Son Altesse le Maître de l'ordre (imam Mehdi) setrouvent . chaque jour, ou quatre jours par mois sur un point des points du monde et répandent des bienfaits sur les : créatures.) |

(«Le matin, quand on sort de chez soi,ou bien quand on commence son travail il faut faire attention et examiner de quel côté ils se tiennent: alors il faut dire cette prière(suit le formulaire). » Puis vient ce tableau indiquant les jours et les directions. Les 1°", 9e, 17° et 20° de chaque mois ces êtres bénis sont à l'Orient:

Les 2 — 10 — 18 — 26 entre le Nord et l'Orient. Les 3 — 11 —— 19 — 27 au Nord.

Les 4 — 12 — 20 — 28 entre le Nord et l'Ouest. Les 9 — 13 — 21 — 29 à l'Ouest.

Les 6 — 14 — 22 — 30 entre l'Ouest et le Sud. Les 7 — 15 — 23 au Sud.

Les 8 — 16 — 24 entre le Sud et l'Orient.

Ces personnages sont donc continuellement en mouvement et se transportent avec rapidité vertigineuse d'un point en un autre, et cela en vertu d un acte miraculeux, le Teï oul-Arz. Et cependant ils voyagent à cheval, quelquefois avec leur maître : ils entrent en relation avec les hommes qu'ils rencontrent, comme nous le prouve cette anecdote prise au hasard entire cent. |

Dans le Kechf oul-Quoumméh de Rachiq Adjeb, et dans le Chévahed oun-noubouvwé il est écrit:

« [Ismaïl fils d'Hassan Arqali raconte: Mon fils fut » atteint à la jambe d une plaie telle qu'aucun méde- » cin ne la pouvait guérir. Chaque printemps, elle » s'ouvrait, et une grande quantité de sang et de pus » s'en écoulait. Cette blessure le faisait tant souffrir ») quobligé de lui donner continuellement mes soins ) je dus négliger mes affaires.

» Un jour, j'allai à Hilla, à la conférence de Sëyyéd: » Rézi oud-dine Taous, auprès duquel je me plaignis ». fort de mes tourments. Le Sèyyéd fit venir tous les y médecins d'Hilla, et l’on examina la plaie. Les » hommes de l’art décidèrent que la blessure intéres- » sant la veine médiane de la jambe devait amener ) une issue fatale, mais que d'autre part la section » du membre malade devait entrainer la mort.

» Le Sèyyéd nous amena à Baghdad, maïs les mé- » decins de la ville se dèclarèrent impuissants à me(122) » guérir. Désespéré, j'allai à Samourah, et après avoir ) fait le tour des tombeaux des imams, j entrai dans » une cave et je suppliai, en pleurant, Dieu de me » venir en aide, et j implorai aussi les imams. Je res-

(122). Comme onle voit,c'estle fils qui continue la narration.

tai là plusieurs jours. Un jour, j allais au Tigre pour y faire mes ablutions (123), je me revêtis de vêtements

» propres et je retournai aux tombeaux. En cours

deroute, je vis dansla plaine venir 4(124) cavaliers qui portaient des sabres à leurs ceintures : l'un tenait une lance, l'autre était revêtu d'un feredijè.

» Je pensais que ces personnages étaient des chérifs de Samourah. Quand ils arrivèrent près de moi, je les saluai : 1ls répondirent à mon salut. Celui qui portait la lance était à la droite, les deux autres, à la gauche de l’homme au Feredji. Ce dernier m'interpella : Demain retourneras-tu dans ta famille ?

« Oui, répondis-je. »

tt Approche-toi, me dit-il, que je voie ta plaie.»

. & J'obéis et alors il pressa dans sa main l'endroit

malade avec tant de force qu'il me fit horriblement mal. » |

(« Alors le porteur de lance me dit: Tues guéri, Ô Ismaïl. »

« Je m étonnai quil sût mon nom, et je dis : Jesuis en paix, qu elle soit sur vous. »

« Alors il me fit comprendre que le personnage revêtu du feredjè était limam Ez-Zéman. Je m approchai de lui, je baïsai son étrier et me mis à le suivre. »

« Retourne sur tes pas, me dit-il. — Jamais je ne me sépareral de vous, m écrliai-je. — Retourne, me répéta-t-il, car c'est là qu'est ton salut! Maïs je m obstinai dans ma première réponse. )

« Alors l'homme à la lance s'écria : N'as-tu pas de

(185). Par une étrange tournure d'esprit pas un Persan, en

lisant ce récit, ne se demandera comment un homme aussi gravement atteint à la jambe pouvait se livrer à de pareilles promenades.

(124). Le nombre 4 m'étonne : ces cavaliers eussent dû être

au nombre de 5 : l'imam Mehdi et les 4 Nawabs.

honte; ne comprends-tu pas que tu refuses d’obéir à l’imam ? »

« Je m'arrêtai. Alors l’imam se retourna vers moi et me dit: Quand tu arriveras à Baghdad, Abou Djaafer Mostanser te fera venir; n'accepte aucun présent de lui. »

« Alors ils disparurent. »

« J'arrivai à Samourah et je demandai qui étaient ces Cavaliers. — Des chérifs d'ici, me répondit-on. — Pas du tout, répliquai-je, c'était l’imam HEz- Zéman. )

« Lequel était l'imam ? l’homme à la lance ou celui qui portait un feredjè. » |

(« Ceiui qui portait uu feredjè. »

« Lui as-tu montré ta plaie”? »

({« Oui, dis-je, et je montrai ma cuisse sur laquelle il n'y avait plus trace de plaie. Stupélait, je crus m être trompé de jambe, et je découvris l’autre, mais elle était saine aussi. On se précipita sur moi et lon me déchira mes vêtements pour en faire des reliques. Les sèyyéds me délivrérent de la foule et me conduisirent au Trésor, où je leur racontai par le menu mes aventures. »

« Le lendemain matin. je fis ma prière et retournai à Baghdad. Le récit du miracle m'y avait précédé, et je fus entouré. à mon arrivée. par une foulé énorme de gens : je faillis étre étouffé. :

») Le ministre de Mostanser, qui sait de Qoum, avait entendu parler de tout cela ; il fit venir Sèyyéd Rezi ed-dine et l'interrogea à ce sujet. Celui-ci vint me retrouver dans la foule et, s'étant assuré de ma Guérison, il me conduisit chez le vézir, à qui je racontai ce qui m'était arrivé. Il fit venir les méde- Cins qui m'avaient examiné, les interrogea sur le remède à mes maux, et ils répondirent comme au- Paravant: Si on ne J'opère pas, il mourra, il mourra si on l’opère ».

« Soit, dit le ministre, mais si on l'opère et quil n'en meure pas, en combien de temps se cicatrisera la coupure ? )

« En deux mois, mais il restera une tache blanche où les poils ne repousseront pas. »

« Combien y a-t-il de temps que vous avez examiné ce malade ? »

« Dix jours. »

« Alors je découvris ma cuisse sur laquelle 11 ne restait pas la moindre trace de la maladie. On me mena ensuite chez Mostanser qui, lorsqu il eut entendu le récit de cette merveille, me fit cadeau de 1.000 dinars, que je refusai pour obéir à l'ordre de limam. )

Quoique l'authenticité de cette histoire ne laisse

rien à désirer à la critique persane, celui qui la rap: porte éprouve cependant le besoin d'y apporter le poids de son témoisnage, et il ajoute :

« Je racontai moi-même cette anecdote à ceux qui venaient me voir. Un jour que je la rappelai à la mémoire de nombreux auditeurs, l’un d'eux me dit: Je suis Chems ed-dine Mohammed, fils de l'Ismail, à qui tout ceci est arrivé. J'étais trop petit pour avoir souvenance d’avoir vu la plaie, mais jai constaté souvent qu'à la placé même qu'elle occupait jadis, il n'en restait plus de traces. Mon pere ne pouvait, par la suite, se consoler de ‘n'avoir pas, malgré tout, suivi l'’imam. [] retournait à chaque instant àSamourah, dans l'espérance de le revoir, et 11 fit ainsi plus de quarante fois le voyage. »

Ainsi donc l’imam Mehdi est vivant, il voyage à

travers le monde et nous savons exactement et chaque jour dans quelle direction se trouvent ses ambassadeurs. Il peut arriver que nous les rencontrions et nous pouvons obtenir d'eux des faveurs indicibles. À part les détails, différents suivant les pays, ces rencontres ressemblent étrangement aux apparitions plus

ou moins célèbres qui se sont succédé en Europe. L’analogie ne s'arrète pas là,et nous pouvons hardimentaffirmer que chaque miracle postérieur au Christ, recueilli chez nous par la légende, a son pendant, souvent identique, chez les Chiites. Jusqu au miracle de saint Janvier, qu'on a pu constater à Casvine vers. le milieu du règne de Nassr ed-dine Chah, et qui consistait en ceci : Un arbre, un de ces arbres qui, on ne sait pourquoi, est l'objet d'une vénération superstitieuse au point que chaque personne qui passe dans son voisinage se détourne de son chemin pour y accrocher un morceau de ses vêtements, se mit, dès lepremier jour de moharrem, à transpirer du sang. Le: 108 jour, jour de l’Achoura, ce furent des torrents de: liqueur rouge qui s en échappérent. |

La Perse entière se précipita au pèlerinage. Au bout de deux ou trois ans, la cour émue voulut en avoir le cœur net. On envoya un molilah que Je: connais, avec ordre de surveiller étroitement les choses et de faire un rapport détaillé, tant des mesures quil aurait prises que des résultats qu il aurait constatés. Peu croyant ou peu crédule, le mollah joua son rôle en conscience, et, par un malheur étrange, l'arbre, cette année-là, se contenta de pousser des feuilles parfaitement vertes et des fleurs tout à fait normales.

Il n'en est pas moins vrai que les tours de passepasse de cette nature se multiplient à l'infini et que la Perse est pleine de grottes divines, de sources miraculeuses : immense Lourdes, elle est presque tout entière un lieu de pèlerinage.

L'ignorance du peuple n'a d'égale que sa crédulité, et cest une étrange chose qu'une discussion religieuse avec un personnage persan. Ceux-ci, en effet, dès qu'ils sont instruits, dès que leur intelligence s'élève: un peu, tout en restant musulmans, rejettent le cortège de superstitions qui accompagnent tout sujet du chah, depuis sa naissance jusqu'au-delà du tombeau; ils en.

rougissent eux-mêmes et les renient avec une véhémence digne d'une meilleure cause.

S il y a ün dogme invétéré dans l'âme d'un chiite, cest bien celui de l'impureté légale des chrétiens : ceci nest pas discutable et je n'en veux pour preuve que l'examen du droit musulman, auquel j ai assisté il y a deux ans, à l'Ecole des sciences politiques de Téhéran. C’est un fait aussi certain pour eux que pour les vrais catholiques, le dogme de l'Immaculée- Conception. Eh bien, certains personnages avec lesquels j en parlais voulaient me démontrer, ce qui était facile, Qoran en main, que le prophète arabe avait excepté de la malédiction les « Gens du Livre », et devant mon obstination à constater ce dogme dans le chiisme, les uns détournaient brusquement la conversation, les autres la terminaient par une plaisanterie, d'autres enfin, plus audacieux, concluaient : que seuls étaient impurs ceux qui déclaraient impure urle Créature de Dieu.

C'est donc au peuple qu'il faut s'adresser, c'est chez lui qu il faut faire une enquête, seul, il nous répondra avec une brusque franchise. Car, qu'on n aille pas s y tromper. S 1l est vrai que certaines personnalités êlevées soient délivrées des anciens préjugés, s'il est vrai que la classe bruyante des ( mirzas » soit en général assez lrrévérencieuse à l'égard de Îa religion, n oublions pas que le peuple n'est musulman que de nom, mais sincérement attaché à une infinité de superstitions baroques, dont l'ensemble constitue la vraie foi du vrai peuple de Dieu.

Loin de l'éloigner de ce chaos de stupidités, le bas clergé ly enfonce au contraire davantage. Aussi ignorant que le peuple, mais plus intelligent, plus àpre au gain et plus avide, il n'use de son intelligence, du respect qui s'attache au turban blanc ou à la ceinture verte que pour aveugler plus encore ce peuple vii, agile, pénétrant, et qu'il serait si facile d'éclairer. Un

de ces farceurs, À. Sèyyéd Abou Taleb Khoraçani, mort aujourd hui, malheureusement pour la gaieté persane, ne s avisa-t-1l pas de proclamer du haut de la chaire que les Européens n'avaient pas le moins du monde accompli de progrès dans les sciences: sil semblait que leur médecine, par exemple, fût en avance sur la médecine persane, c'est uniquement parce qu'ils avaient retrouvé dans les vieux bouquins d’antiques formules, d'anciennes invocations à des personnages doués d'un pouvoir surhumain. « Ne croyez pas, disait-il, que « acide phénique » et « acide borique » soient des médicaments, le pharmacien vous vend n importe quel produit qu'il place sous l’invocation de A Seïd Borique et d'A Seïd Phénique, deux descendants de notre illustre prophète, morts tous deux pour la sainte cause d'Ali Mourteza ! (125) » J'ai choisi là un exemple, — peu vraisemblable, — mais absolument authentique et qui, je pense, me dispensera d'en donner d’autres. On pourrait cependant douter de la bonne foi du prédicateur, et j'espère pour lui que ce serait à juste titre: mais que dut penser le bas peuple? | Un autre, Mirza Aced Oullah, médecin, — je ne Sais pourquoi je cite son nom, car ils sont des milliers dans le même cas, — se refuse énergiquement à employer la pharmacopée européenne essentiellement constituée de filtres ou de talismans plus généralement composés sous l'invocation de Satan. Seul, le sulfate de quininé a trouvé grâce devant ses yeux, et encore ne Suis-je pas bien sûr qu'il ne demande pas pardon à Allah chaque fois qu'il s’en sert pour lui-même ou : qu il l’ordonne à ses malades.

(125). On sait que ce mot se prononce généralement Sèy yéd, quand il n'est pas suivi d'un nom, et Seïd quand il en est Suivi. La particule A est une abréviation courante du mot Agha. On dira donc A Séid Abd Oullah.

Ce serait une erreur que d’accuser de cet état de choses le peuple seul et son manque d'instruction : livré à lui-même. à ses réflexions, 1l sortirait assez facilement de l’abime dans lequel il est plongé car, je le répète, 1l a l'esprit très vif et très curieux : mais les mollahs veillent jalousement etl'empêchent de réfléchir. Et là la responsabilité retombe tout entière etd un poids écrasant sur le haut clergé. Effectivement, si peu hiérarchisé qu il soit, ce clergé unit cependant tous ses membres dans une étroite intimité que créent l'intérêt commun, les relations de professeurs à élèves, le besoin de s'unir pour combattre les pernicieuses influences du dehors. De plus, il y a des degrés dans ce clergé et le simple akhound est bien obligé des'incliner devant le Moujtehèd qui à son tour obéira, — ils l'ont bien montré lors des événements de la régie, — à l'un d’entre eux dont la résidence est en général à Nedjei, et qui, sans être officiellement le chef de la religion, n'en est pas moins le personnage les plus considérable et dont l'opinion fait loi. Que pensera-t-on de l'autorité qu'il peut avoir parmi ses égaux, — primus inter pares, — quand on saura que Mohammed a dit:

« Les oulémas de ma nation seront plus grands que les prophètes des Hébreux » (Iadis) ?

Ainsi donc Jésus, le plus grand prophète après Mohammed est dépassé en grandeur, en puissance par n importe quel Moujtehed de la Perse.

EtJésus n'est pas un inconnu ; son nom est là-bas presque aussi souvent prononcé que chez nous : homme incomparable, il possédait le grand nom de Dieu, ressuscitait les morts, accomplissait les miracles les plus beaux ; la littérature est pleine de lui, les légendes succèdent aux légendes qui le dressent sur un piédestal inouï pour un simple mortel. [1 était le « Rouh Oullah », l'esprit de Dieu, plus grand que Moïse, plus grand qu'Abraham, plus grand que les 72.000 prophètes réunis. Et voilà qu'il est détrôné par tel prélat,

dont le nom obscur ne dépasse pas les frontièrés de la Perse |

Qu'est-ce à dire ? et ce prélat est-il donc capable: d'éblouir les yeux humains de prodiges et de miracles? Sa puissance dépasse-t-elle celle des simples mortels ? Est-il dépositaire d'une science plus haute que la science humaine ? posséde-t-il les secrets restés fermés aux autres hommes ? Parfaitement, et c'est bien là le trait le plus étrange du caractère persan. Ne: connaissant rien des lois pliysiques qui régissent le. monde, son esprit ne peut être troublé de les voir renverser. [l contemplera simplement quelque chose qu'il n'a pas encore vu: il y croira trouver une preuve de: l'intervention divine, sans se douter le moins du monde cependant de la portée de ce qu'il aura vu. Vivant au milieu de superstitions multipliées, habitué dès sa plus tendre enfance aux récits merveilleux des miracles les plus étranges et les plus fréquents, il s'attend à chaque instant à en voir produire sous ses: yeux. N'est-ce pas cheikh Hassan, le dellal, qui avait recuellli chez lui une bande de derviches éhontés, dans l'espoir de leur voir accomplir un prodige: ne les a-t-1l pas hébergés, durant six mois, ne les a-t-il pas nourris, n'a-t-il pas satisfait à toutes leurs fantaisies ; et lorsque ruiné par ces dépenses il se résigna à se séparer d'eux, n'est-il pas demeuré convaincu que sises hôtes n'avaient pas accédé à ses désirs, c'est ou qu'il ne les avait pas assez bien soignés ou quil aurait dû les garder plus longtemps ? A-t-il seulement laissé un instant pénétrer en son cerveau Cette idée blasphématoire quesi les derviches n avaient rien fait c'est qu'ils étaient incapables de rien faire? Au lieu d’être surpris de voir un miracle, cetexcellent homme fut stupéfait de n'en point constater.

On concevra dès lors avec quelle facilité le persan aCCeptera le récit d'un prodige produit par tel Mou]téhèd : mais le premier qui le raconte, quelle est sa

mentalité? pourquoi le raconte-t-il ? est-ce autosuggestion ? c'est fort possible, mais dans ce Cas que penser du Moujtéhèd qui laisse dire? Est-ce simple mensonge destiné à éblouir les masses, c'est plus probable et le rôle de Moujtéhèd est ic1 encore peu brillant. Quelque explication qu'on en veuille donner, les faits sont là et le Qessas el Ouléma édifiera facilement le lecteur. |

La seule différence entre le prophète et le Moujtéhèd est que le prophète produit des Moudjézè (miracles) etle Moujtéhèd des Kéramats (prodiges). Et la Perse désireuse, semble-t-il, de bien faire connaitre sa mentalité, dit de ses oulémas quils produisent des actes Kharèdj oul Adat (hors des habitudes), ce qui revient exactement à ce que j'ai dit plus haut.

Eh bien, pourquoi ce haut clergé, qui jouit de si énormes prérogatives, qui pourraitétablir les bases de sa puissance sur la moralisation des masses, qui pourralit relever le niveau intellectuel de ses ouailles, permet-il aux mollahs des mensonges aussi flagrants, des afüirmations aussi insanes que celles que nous avons relevées plus haut dans la bouche d'A Séyyèd Abou Taleb Khoraçani? N'avons-nous pas le droit nous qui, habitués à d’autres façons de penser, cherchons à établir les responsabilités, n'avons-nous pas le droit de dire que le haut clergé est responsable, quece qu'il ne dément pas il l'accepte, que cet amas inouï de fables et de superstitions élevé à l'ombre de sa tolérance est son œuvre propre et quil en doit supporter le poids à la barre de la philosophie et de l'histoire ?

À ce sujet qu'on me permette de rappeler les fêtes sanglantes du Moharrem : les Moujtéhèds que l'on interroge à ce sujet sont unanimes à déclarer, en principe, que ces massacres sont interdits par les lois de la religion et de la raison: qu'ils constituent un acte ‘ impur dont tout bon croyant doit s'écarter. Dès lors, pourquoi ces . processions répugnantes se multiplienti-

elles d'année en année? Pourquoi celles de 1901 sont-elles les plus nombreuses, les plus fréquentes, les plus sanglantes que j aie jamais vues ? Pourquoi laisser monter cette formidable marée du fanatisme sous laquelle crouleront un beau jour les institutions de l Empire et peut-être bien, à la longue, la sécurité des Européens ?’ Dans quel but, puisque l'œuvre est impure ? Pourquoi, puisqu'elle est dangereuse ? Et cependant prêtres et civils se disputent l'honneur d'exciter à ces scènes monstrueuses, les uns par leur argent, les autres par leurs prédications. L'année dernière Cinq hommes ont succombé à leurs blessures, l'année prochaine ils seront plus nombreux, plus encore les années suivantes et le bon ordre dans la rue est à la merci du moindre incident. :

D'autant que les Européens ont pris la mauvaise habitude de monter sur les toits du bazar qui entoure le Sebz Meïdan pour contempler ce hideux spectacle qui est là à son apogée. Déjà l’un d'eux, qui avait lé tort de rire en causant avec un de ses amis, fut vive: ment apostrophé par un homme du peuple convaincu qu'il raillait leur piété. Qu'un beau jour un fou, un chrétien fanatique se livre à une manifestation déplacée, qu’un poltron ou un imbécile s'imaginant parce qu'on l'insulte qu'on en veut à sa vie, fasse le Seste de se défendre, qu un hasard quelconque amène une rencontre malheureuse entre l'élément fanatique et l'élément étranger souvent mal représenté à Téhéran, les conséquences de ce hasard, de cette ren. contre peuvent être incalculables.

Je ne veux pour preuve des dangers que peut pro- Yoquer l’exaspération religieuse savamment excitée pendant ces quelques jours que les précautions offciellement prescrites aux négociants européens dès avant le Moharrem. Ils sont priés de supprimer de leurs devantures les bouteilles quelconques renfermant une boisson fermentée, un alcool, une liqueur.

Em = = =

Si la simple vue d'un article défendu peut provoger des désordres, des pillages et des troubles, que devonsnous penser des hypothèses que nous exposions tout à l'heure?

Leremède à cette situation est-il si difficile à trouver? Ne peut-on opposer une digue à cette marée montante et furieuse ? La solution du problème nous semble des plus faciles : Mettre en demeure les plus grands oulémas de la Perse de rendre leur fetva sur la légitimité ou l'illégalité de ces manifestations : nous avons vu qu'elles sont illégales et impures. La sentence obtenue, lui donner la plus grande publicité possible et interdire aux fonctionnaires, aux princes, aux. grands personnages de donner une somme quelconque, sl minime soit-elle, aux chefs de ces processions.

Car elles sont nombreuses et forment ce qu'on nomme des destés qui parcourent les rues de la ville, criant, chantant, se frappant de coups de sabres. Elles ne vaguent pas au hasard, mais ont des buts bien déterminés, se rendant chez les grands personnages, les uns après les autres, qui ont préparé d immenses salles, ou des tentes, où le peuple a pris place à. l'avance. La représentation terminée, le maître de la maison donne au chef un châle ou une somme d'argent. supprimez ce cadeau, vous verrez le chef de la procession disparaître, l'exploitation devenant on reuse, et le chef n'existant plus, la procession ne se constituera pas.

J'aurais fort à faire s’il me fallait énumérer toutes les superstitions, toutes les idées bizarres du peuple le plus crédule de la terre; vingt volumes n'y suffiraient pas, et ce n est d'ailleurs pas là mon but. Je ne fais pas 1C1, je le repète, le procès du chiisme : je ne le compare en aucune façon au sunnisme ou à quelque religion que ce soit: je ne sais s il est la vérité absolue, ous’iln’estqu'unehérésie détestable : jeneme permettrai pas de blesser dans leurs croyancesles nombreux amis

que je compte parmi les Musulmans de la Perse: je me suis borné à observer que quant à ses croyances fondamentales le peuple ignorant a déraillé de la route droite, qu il ignore tout desa religion qu 1l a remplacée par une série éparse des idées les plus diverses, flottantes depuis les temps les plus reculés dans l'atmosphère de l'humanité. Je serais désolé qu on püt «y méprendre, car j'ai voulu être impartial et je me suis efforcé del être. Mais j ai bien dû reconnaître, comme le font des Persans éclairés, les abus multiples du sentiment religieux en ce pays, que je ne puis mieux comparer qu à notre France du moyen âge : comme les mollahs, nos prêtres ont abusé de la crédulité de leurs ouailles, comme eux, ils ont âprement défendu leurs prébendes et leurs bénéfices contre l'envahissement des idées de progrès : comme eux, ils ont emprisonné, torturé, mis à mort les gens qui avaient le tort d'avoir d'autres opinions que les leurs. Ce n est pas en le cachant qu on peut guérir un mal aussi profond et aussi grave : ne vaut-il pas mieux regarder autour de soi, faire son "ea culpa et profiter des souffrances, des douleurs, des amertumes et des vagues de sang à travers lesquelles les autres peuples ont passé, pour arriver enfin à une idée plus juste des choses, à un sentiment plus net de la justice, de la liberté ; des droits et des devoirs de l’homme?

Au surplus et pour éviter tout reproche, je cède ici la plume à un auteur babi : lui aussi recherche les Causes intimes de la réforme du Bab, lui aussi croit les trouver où je les ai cherchées moi-même. Nous le Sulvrons donc dans son enquête, enregistrant ses Opinions, respectant les termes qu'il emploie, lui lais- Sant le mérite, s'il en a, de ses découvertes, mais lui laissant aussi l'entière responsabilité de ses affirmations. Je traduis sans apprécier:

( En matière religieuse, l’imitation servile, l'obéissance passive sont indignes et inadmissibles. C'est là

un fait que comprennent par l'ampleur de leur intelligence ceux dont l'esprit saisit les questions délicates: c'est un fait que les savants perspicaces voient avec l'œil de la certitude et que ceux qui sont intelligents savent, éclairés qu ils sont par les lumières de la science et de la réflexion. C'est là œuvre que ne peuvent parfaire ni la passion, ni l'imagination, ni les conjectures et l'aile des analogies ou de l'obéissance à ceux qui recherchent la prééminence en ce monde ne peut soutenir l'envolée en ces espaces immenses. C'est en imitant ce qu'elles tenaient de leurs pères ou de leurs aïeux, c’est en obéissant à leurs docteurs que les nations précédentes ont repoussé les prophètes et ont êté précipitées dans le polythéisme. C'est ainsi qua l'époque de l'apparition de Mohammed 1l a été dit (Q., XLHII, 22): « Nous avons trouvé nos pères prati- » quant ce culte, et nous nous guidons sur leurs pas.»

L'imitation à jeté au vent la créature.

Que cette imitation soit deux cents fois maudite. (MESNÉVI)

« On ne peut poser en aveugle ou par simple imitation le pied sur cette route pleine de dangers, sur ce chemin dans lequel ceux-là mêmes qui sont près du trône de Dieu, ceux-là qui marchent en connaissant les périls du voyage, s'écrient en gémissant de peur de glisser où de faire un faux pas: (| Viens à mon aide} Ô Toi qu montres leur route à ceux qui errent! » sur ce sentier dans lequel les prophètes, les envoyés, les inspirés crientavec la pire angoisse (Q., VIT, 149): «O mon Dieu: ne nous fais pas aller grossir le nombre des méchants!” Que je sois un païen si, tant que tu ne te décideras pas à abandonner l'imitation de tes pères, tu sens seulement le parfum de la religion! » |

« Dans ce désert hérissé de dangers, dans cet océan sans limites où le voyage épouvante et dont les routes sont inconnues, il ne faut pas écouter les avis de ceux

qui, liés encore par leurs passions et enveloppés dans le filet des plaisirs et de la joie, prétendent diriger les. hommes à l'aide des déductions de la dialectique ou des arguments de la philosophie. 1l ne faut pas croire: aux paroles de ceux qui n'ont acquis la science que dans un but de prééminence (126) en ce bas monde, il ne faut pas les imiter non plus que ceux qui ont fait de l'abstinence et d'un extérieur misérable des rets pour prendre le vulgaire (127), »

« Or, Dieu a placé en chacun de nous le signe de sa connaissance, le miroir de l'intelligence qui réfléchit les rayons du soleil de sa science, de façon à ce que celui qui lutte avec lui-même puisse à l’aide de cette lumière éblouissante, de cet éclat limpide, devenir à son tour l'Orient où se lève l’astre de la connaissance €tde l'union, le pointoù apparaît le soleil de l'Huma- . nité et de l'Unité. »

(« Aussi faut-1l que chacun de nous se sépare de son ‘moi, desa sensualité, et se détourne définitivement des.

Joies, des désirs et des passions. Alors, plein du constant désir de s'unir à l'essence de Dieu, l’implorant à tout instant, qu il fasse la querre sainte avec lui-même, , qu'il saisisse avec vigueur la corde solide de la re- Cherche et de la lutte avec soi-même, et alors qu'il se: lance avec courage vers les diverses stations de la route: quil pose avec sincérité et loyauté son pied dans le sentier de l’enquête et de la poursuite du but, jusqu'à ce qu’il arrive enfin à un endroit où la Divinité. l'aidant et l'assistant le fera parvenir jusqu à Celui qui ‘ est Celui en qui l’on peut voir Dieu, le siège des 1 Inspirations du Tout-Puissant.)

(( Il n’y a personne d’exclus de cette arrivée au bien Suprême, à la station auguste. Tous sont appelés à purifier la créature et à briller de l'éclat de l'humanité.

qq 0090900000 ©

(186). Les mollahs.

(187). Les derviches.

I suffit, pour cela, de reconnaitre, à l'époque où il se manifeste, le Représentant de Dieu sur la terre. [I faut donc que l'homme qui entreprend la Jutte avec luimême détourne ses regards de tout ce qui nest pas Dieu : il doit lier son cœur à l'espoir de la miséricorde Céleste et se délivrer des instincts animaux et des passions humaines. Qu'il fasse abandon de son moi et plein de courage, quil entre dans le terrain de la

recherche, afin d'arriver à ce bien élevé ; alors 1 -comprendra la vérité de ce verset (Q., XXIX, 69):

Nous dirigerons dans nos sentlers ceux qui auront lutté dans notre cause.

« Quand l’hommeest parvenu à cette élévation, quand

‘il connaît Dieu en vérité, il doit, soit en remerciement

-de la miséricorde qui l'a conduit si haut, soit à cause de la perfection de son humanité, aviser, autant quil lui est possible, ceux qui sont sur la route de la recherche, des divers degrés qu’il à parcourus, et les retirer ainsi de l'erreur et de l'égarement. »

« C’est en vertu de ce principe que j'ai cru devoir résumer sous forme d histoires les connaissances que j'ai acquises au cours de mon voyage en Perse à travers les diverses branches de l'islam. Peut-être la lecture

-de mon livre fera-t-elle évanouir les différences et lés “erreurs absurdes et reconnues qui règnent parmi les

Musulmans. Peut-être abandonneront-ils quelques unes des calomnies et des accusations sans fondement

qu'ils se lancent à l’envi les uns des autres, comme

par exemple de déclarer impures telles personnes dont le meurtre devient, à leurs yeux, obligatoire; comme

“encore de considérer, en vertu du même principe, l£

vol des biens et l’assassinat des personnes comme licites ou bien enfin l'horreur qu'ils s'inspirent les uns les autres quand ils sont mouillés. Peut-être dispa: raitront ces hypocrisies et ces discordes causes de leurs inimitiés et de leurs meurtres communs. Puissent-Ills

comprendre enfin et se réunir dans une discussion où régneront des deux côtés la loyauté et la sincérité: alors. ils feront disparaître d'au milieu d'eux les différences qui les séparent ; alors ils verront renaïtre la paix et la concorde ; alors ils ne se lanceront plus l’anathéme, ne se considéreront plus comme impies, athées et 1mpurs, ainsi qu ils le font aujourd hui, sans rien comprendre et sans rien savoir! »

{« Après avoir voyagé en Europe et aux Indes, après avoir visité tous les peuples, examiné toutes les religlons, je Commençai mon voyage en Perse. Je n avais pas l'intention de rester bien longtemps dans ce pays, mais les événements en décidèrent autrement. J'y resai donc de longues années, entretenant un commerce: damitié avec des personnes de tous les genres, des docteurs en théologie, des chefs militaires, des savants... ou des ignorants. D'aucuns, me croyant chrétien, m'invitaient à abandonner la religion du Christ pour embrasser celle de Mohammed, mais d'autres me considéraient comme leur coreligionnaire étne trouvaient aucune différence entre leurs opinions et les miennes. Je constatai bien des sectes diverses et des branches différentes dans l'Islam, tels. que les Chéikhis, les Moutécherréhis, les soufs. les sunnis, les chiès, les contemplatifs, les philosophes. les derviches, les Nossaïris, les Babi. J’eusse penché: à embrasser l’une de ces doctrines, mais mon intelligence ne s y pouvait résoudre. En effet, si le Qoran Est un, et s’il contient les ordres mêmes de Dieu, d'où viennent ces diversités d'avis, ces règles différentes, Ces sentences contradictoires ? J'eus beau chercher, Je ne pus trouver deux oulémas d'accord, deux Moujtéhèds du même avis. J'entendais sans cesse répéter :. ©mon humble opinion est que... » ou bien : « tel 11lustre savant a décidé que... » sans qu'il fût jamais Question de l’ordre même de Dieu! »

(L'onde pure de la loi religieuse islamique a été tel-

lement souillée par leurs disputes et leurs contradictions que le nom seul en est resté. Il ne discutent plus que sur les menstrues ou les suites de l'accouchement au point de vue rituel. Pureté ? Impureté ? Onne peut leur tirer un mot intelligent, une pensée scientifique. Ah! j'en jure par Dieu, il semblerait que ces lois pures. que cette religion rafraichissante Dieu les ait, dans sa miséricorde, ‘fait couler comme une pluie bénie afin que l'humanité püt venir se désaltérer à cette onde de sa connaissance et se délivrer à jamais du feu de l'ignorance. Cette pluiese serait réunie dans un endroit formant une étendue d'eau fraiche et pure. Mais voilà que des grenouilles y sontvenues demeurer et y procréer des enfants. Chacune s’est considérée comme propriétaire d'une petite partie de ce lac, comme prince d'une partie plus grande. Puis ce fut la lutte, à qui serait le chef, le souverain ! Petit à petit, cette onde fraiche et cristalline, elles l'ont rendue tellement corrompue el puante que la nature elle-même a un sursaut de dégoût en l'apercevant. Cependant les grenouilles de <ette voix charmante qu'on leur connaît invitent de près et de loin les hommes à venir se désaltérer à ce cloaque et leur indiquent la route pour pénétrer dans cette loi dont ils prétendent même donner des preuves. [Ils crient, ils envoient des missionnaires partout qui disent : (« Là est l’eau de la vie ! là est le capital de la béatitude éternelle ! » Et voilà que de chaque pays, de chaque nation, ceux qui sont à la recherche de la vraie route, les assoiffés du désert de la lutte avec soi-même accourent, pleins d'une espérance frémissante ! Et lorsque arrivés, ils contemplent un spectacle qui est le contrepied de leurs espérances, il s’en retournent, gen criant :

Ah ! si en ce bas monde le rértable islam est ceci,

Que l'infidèle a paison de rire mille fois du musulman ! (SÉNAHI).

«Et cependant,s'ils voulaient être sincères et loyaux, oublier leurs discordes, il se pourrait que ce ruisseau coulât de nouveau limpide, désormais purifié. »

« [ls(les Persans) doivent se débarrasser de vices qui sont Cachés dans les fibres les plus profondes de leur être, s'ils veulent être agréables à Dieu et à tous les prophètes, s ils désirent le progrès de leur religion, la splendeur de là loi qoranique, la prospérité, la liberté de leur pays, de leur nation, l'augmentation de la puissance et de la majesté de leur gouvernement. Mais ils sont tellement habitués à ces vices qu'ils sont devenus pour eux une seconde nature, au point qu'ils ne les considèrent plus comme le moindre mal dans leurs consciences, alors qu'ils les bläment dans es autres sans se rendre compte qu'ils sont en eux. Ils ressemblent en cela à ce mollah qui disait à l’un de ses amis : & S’il se trouve en moi un défaut dont Je ne me rende pas compte moi-même, mais que toi tu peux ConSiater, dis-le-moi, afin que je men débarrasse. » L'autre lui répondit : « Je ne vois en vous qu'un seul défaut : c'est que vous vous serviez trop souvent d expressions injurieuses. » — « Quel est l'infâme personnage qui prostitue sa femme qui puisse m accuser &insi ? Quel mari de catin peut prétendre que je l’aie jamais injurié ? » répliqua aussitôt le mollah. »

« Quelle chose extraordinaire qu’en parlant ainsi ce Mmollah, sans s’en rendre compte, démontre trois vices ancrés chez lui! D'abord l’injure et l'habitude invétérée d'injurier, ensuite le peu de connaissance qu'il a de lui-même; enfin il nie ce qu'il fait, et il accuse de mensonge ceux qui le constatent. »

« Bref, le vice qu'on doit flétrir avant tout, et qui est la tête de tous les vices, c’estle mensonge. Or, le men- Songe est le souverain maître en Perse. Il est tellement répandu, il est tellement en usage que la loyauté et la sincérité ont totalement disparu. Cest là la cause de l'abandon de la loi religieuse; c'est par lui que les

affaires du gouvernement et de Ja nation sont dans le plus profond désordre. Le mensonge des hommes de confiance, des chefs et des fonctionnaires du Gouvernement désorganise l'Empire, sape les bases de la. erandeur du souverain et ruine le crédit de | État. Le mensonge des docteurs de l’islam et des oulémas fait disparaître le respect pour la loi religieuse et détruit les assises de la religion et des lois. Le mensonge des . sujets, du vulgaire, s'oppose au progrès et avilit la nation. )

« C'est parce qu'ils sont débarrassés du mensonge que les autres peuples et les autres religions, ceux qui vivent en Europe ou aux Indes voient croître chaque jour la prospérité et la liberté dans leur patrie, la tranquillité du peuple, le progrès du commerce, de la richesse et de l'honneur de la nation. Et ces quelques misérables (les Persans), à cause de leur déloyauté, de leurs mensonges, voient de minute en minute précipiter leur décadence. Et ils sont tellement souillés, tellement tourmentés, si misérables et si préoccupés qu'ils ne peuvent même pas le comprendre... »

Enfin, quoiqu'ils aient compris les produits du mensonge, qu'ils les aient constatés, vus et entendus, ils n en abandonnent en rien | habitude et n arrachent pas ce vice de leurs entrailles :

Ceux qui ont agréé les actions mauvaises, Je ne sais ce qu'ils ont trouvé de mal dans le bien.

(Saadi, Boustan).

«11 est cependant écrit de façon nette et précise dans leurs livres de hadis qu'on demanda un jour à imam Djaafer ous-Sadeq (6° imam) : « Vos sectateurs se. Hvreront-ils par la suite aux actes défendus ? »

(Qui, » répondit l’Altesse.

(«Se livreront-ils à la luxure et à la pédérastie ? »

« C'est probable. »

: Len nn mnt 5, Hoi

4 Boiront-ils du vin et se livreront-ils au meurtre ? »

« C'est possible. » |

« Se livreront-ils au mensonge ? »

« Ceci est impossible, » affirmal imam.

«Et voilà que les Persans se prétendent les sectateurs de cet imam et ne consentent pas à abandonner le mensonge. Ils savent que dans tous les livres divins et dans le Qoran Dieu a maudit les menteurs : et les petits mensonges de la vie courante ne leur suffisant plus, ils ne craignent pas d'inventer, ainsi que nous le verrons par la suite, les mensonges les plus odieux dans la religion même :

Cette parole sera largement commentée Dans un autre passage de ce livre.

(MESNÉ VI).

« Le grand mal du mensonge est qu il devient une

seconde nature chez celui qu'il à pénétré et conquis.

Là où il s’est installé ainsi il se multiplie à l'infini et donne naissance à une nombreuse progéniture. L'un dé ses produits est l’hypocrisie, qui est en quelque

sorte un blasphème et un polythéisme. L'hypocrisie

renverse les colonnes d'appui de Îa religion ainsi que le dit le Sceau des prophètes : « Je n'ai à craindre pour ma nation ni l’impiété ni la foi, mais je crains les hypocrites, dévots en apparence, impies au fond du cœur. Le vrai sens du mot «koufr» (impiété) cest cacher le droit, la vérité. Cela s'entend cacher même une parcelle, un atome de la vérité de Dieu ou dela vérité de la créature, car cacher Dieu lui-même dont le nom estsiélevé et qui resplendit plus splendidement que

le globe solaire, il est évident que cela est impossible.

L'impie est donc celui qui ne reconnaît pas et ne loue pas la vérité de Dieu, la vérité de l’homme. Or, le germe de l'impiété est disposé en chacun de nous car le musulman sincère est celui qui croit à la Vérité.de Dieu, aux maîtres de la Vérité, et rend, ainsi qu'il le

AN Copper MA

faut, à chacun ce qui lui est dû. C'est-à-dire que ni par paroles ni par actions, il ne doit léser autrui. Mais vraiment ceux-là qui dépouillent grands et petits, qui déchirent le léger tissu de l'honneur de leurs semblables, qui s'emparent des biens d'autrui, qui rendent des sentences iniques et déclarent impies et dignes de mort des esclaves de Dieu, je ne com-

prends pas comment ils puissent un instant se consi-

dérer comment musulmans.

Si l’islamisme est ce que pense Hafez, C'est le fils du mage, c'est le prêtre du feu qui ont ralsOn.

(«Vraiment si quelques-uns d'entreleshommes s examinaient d'un œil loyal et perspicace ets apercevaient de leur impiété interne, de leur polythéisme intime, ils n'oseraient plus qualifier personne du titre d’impie. C'est la faiblesse et la lâcheté envers soi-même qui engendrent ces vices cachés ou apparents, cette amertume et cette perfidie dans ce monde et dans l’autre. Et c'est l'ignorance parfaite, l’imitation servile qui empêchent de constater cet état et d'en saisir les causes.

O mon Dieu montre-nous la voie du salut éternel,

Afin que nous reconnaissions le bien d'avec le ma.

O Dieu, donne-nous la force de nous purifier.

Aïin que nous distinguions le but de droite d'avec celui de gauche.

« Maintenant que nous avons montré et prouvé que l’impiété consiste essentiellement à ne pas reconnaitre les droits et la vérité. il ressort de cette constatation que l'hypocrisie est un polythéisme caché. Les hypocrites sont ceux dont le cœur et la langue, les actes et paroles ne concordent pas. Leur apparence est pieuse, et dans leur cœur règne l'impiété. Ils se vêtissent du

EPS QT Er A PATES ET PU LT 'PNTLTONIPTS LDrnurmr ratimr

* L : g Fr =" Fi TT É J ut Ca Fr FE FRS PO RU RE LE

harnais de la dévotion pour tromper Dieu et les hommes par leurs ruses et leur astuce.

Extérieurement c'est un sépulere d'impie tout orné.

Mais à l'intérieur règne le châtiment de Dieu.: En apparence 1l se raille de Bayazid.

Mais en lui-même il approuve Yézid.

(MESNÉ V1).

(€ Si quelqu un fait remarquer : « Tromper l homme est facile, mais comment tromper Dieu ? » Je répondrai oui, tromper Dieu est impossible, mais admire ces imbéciles qui par des ruses légales veulent tromper Dieu, Le plus habile des trompeurs (Q. TIT,47; VIII ,50). Etcomme ils cherchent à modifier les règles et les limites tracées par le sceau des prophètes! N'as-tu pas entendu dire, n’as-tu pas vu de tes yeux comment et combien des gens à l'extérieur dévôt ont su uniquement s'emparer des biens et des richesses de leurs semblables et ne disent-ils pas que ces richesses sont un bien bien acquis en vertu du contrat d'échange ? { Ab uno disce omnes. »

« Dans mille affaires, dans mille transactions, dans mile discussions ne forcent-ils pas celui qui à tous les droits à les céder contre un bien illusoire ? Si je voulais les décrire tous ces moyens qu'ils emploient, cela ferait des volumes si gros que quarante chameaux surchargés n'en pourraient supporter le faix.

« Avec cette seule formule : « J'ai échangé, — j'ai accepté, » qui à cours aujourd'hui, ils veulent tromper Dieu et les hommes. Ils ruinent, ils tuent le droit des gens ; ils détournent leurs yeux de l'humanité, de Dieu, de la Vérité. C’est là le vrai polythéisme, cest là donner des compagnons à Dieu.

(Sois franc et examine. Une femme a à réclamer une dot de mille tomans à son époux, ou bien une sœur à son frère, en vertu de droits successoraux. Après Mille discussions, de nombreuses séances du tribunal,

elle ne peut arriver à obtenir justice. Elle est alors forcée de faire une cote mal taillée et d'accepter cent tomans pour solde de compte. Est-ce que par hasard les neuf cent tomans restants seraient un bien bien acquis pour le débiteur ? Est-ce que, réellement, il ne doit plus rien ? Kh bien, des jugements de ce genre les oulémas les acceptent, que dis-je ? ils les sanctionnent. Crois-tu que Dieu les agrée ? Crois-tu qu ils sont conformes à la justice et à l'équité ? »

« Voici un sainthommequi doit donner un cinquiëme de son superflu aux descendants du Prophète: mettons qu il s agisse de cent tomans. Le voilà qui met cette somme dans un pot quil remplit ensuite de beurre, de lait caillé ou de miel: puis il en fait don à .un pauvre Seyyéd. Mais à peine l'a-t-il donné quil le rachète aussitôt à vil prix à ce pauvre qui ignore ce qu'il contient! Ils en agissent autrement encore: ils donnent à un pauvre descendant du Prophète un toman, à la condition qu'il l'accepte pour cent. Cest avec ces ruses hypocritement légales qu'ilsse moquent de Dieu et se croient quittes envers lui! »

(«{ls semparent uniquement du bien d’autrui à l’aide de la formuled'échange et ont l'esprit bien tranquille: ils ne croient pas le moins du monde qu il leur sera demandé compte de ces actes au jour du jugement dernier. Ils se croient sauvés ! Et cependant ils reconnaissent et acceptent cette parole bénie :

« Les contrats doivent être au gré de ceux qui les font. » |

(« {ls ne peuvent donc dire qu'ils ne comprennent pas l'esprit de cette manière de procéder. Cela ne les empêche nullement qu'ils s’imaginent par leurs ruses légales se rendre licite ce qui appartient à autrui. Ils sont comme ce voleur qui apporta à sa mère un linceul bien acquis. »

« Ce voleur avait sa mère malade: sur le point de mourir, la pauvre femme pria son fils de lui apporter

un linceul qui fût bien acquis. Le fils promit de le faire et à minuit sortit de la maison pour aller àla recherche de l'objet en question. Il se mit en embuscad: au coin d'une route. Un pauvre diable attardé vint à passer. Le voleur s élança sur lui, arrêta son âne et, par la violence, s empara du bissac. Il l'ouvrit, et au milieu de diverses autres choses, il trouva quelques mètres de toile. Plein de joie, il remercia le Seigneur « Gloire à Dieu qui ne ma pas désespéré! qui m'a permis de de ne pas rentrer les mains vides à la maison et de ne pas avoir honte vis-à-vis de ma mère! » Puis de toutes ses forces 1l frappa sur le malheureux propriétaire de la toile en lui criant : &« Du fond de ton cœur, il faut que tu me reconnaisses propriétaire légitime de cette toile. » Enfin, il rentra chez lui porteur de l’étoffe. Il raconta tout à sa mère en ajoutant: « Je l’ai tellement frappé et si fort qu'il hurlaït et que plus de mille fois il a crié à travers ses larmes et ses gémissements : Que cette toile te soit licite ! que cette toile te soit licite!l »

L'hypocrisie à tellement pénétré la nature intime des Persans qu'il semblerait que la chaïr qui les compose a été mêlée et pétrie avec ce vice. L'envie, la haine, la fourberie, la trahison sont les quatre éléments constitutifs de l'hypocrisie: voilà d'où vient que la nation est perpétuellement en butte à tous les maux et plongée dans l’abjection, voilà pourquoi deux Persans ne peuvent être d accord ni liés d amitié. Leur hypocrisie, eur manque d'union, leur désaccord les jettent en proie aux miséres.et à l’avilissement. S'ils s associent par hasard, c'est pour 6 mois, et durant 6 années, c'est la discorde, la lutte, la haine! L’amitié, la concorde, ils les ont rayées des choses de ce monde ne songent qu'à se martyriser, à se ruiner l'un l'autre. Ah! ils n'oublieront pas un atome de violence et d'injustice. L'in- Justice découle au second degré du mensonge et descend de l'hypocrisie. Elle boït le lait du sein de sa mère, l'hypocrisie, elle profite de l'éducation de son père, le

CT EE Qi PE — —

he LE eg gm TS —phpe mt "LI TEE !

re

Enr tr

LR Pur Li ET Tr: CR RS J" i L== LT. = ——"" qu "1 TE = le mn 1 pre.

Fi

17, ab +

4 —— I ur = KE = mr — ———— Be qe pee

F : 27 os nl mdr ns ——

= EE —— ———<’l pq

Ru + =

L Ts

Eee

mensonge : voilà pourquoi l'enfant est si bien venu! Dès qu il peut marcher, il marche, ruine et anéantit toutes les provinces sur lesquelles il pose le pied. En Perse, l'injustice règne en maîtresse souveraine et absolue, et les autres vices lui prêtent le serment d’obédience. L'obéissance empressée qu on lui prête, l'habitude que l’on en a prise font qu'en vertu de ce hadis,

« Les hommes suivent la religion de leur roi, — tous ceux qui lui obéissent l'’acquièrent à leur tour, la font leur. 11$ y sont aussi intimement liés »

Que le rossignol à la rose, Que le papillon au flambeau.

« Quoique l’intensité de ce feu brûle et anéantisse feurs plumes et leurs ailes, ils ne songent pas à fuir l'incendie : sans peur, sans hésitation, semblables au papillon, ils tournent sans cesse autour de la fournaise: on croirait voir des phénix aimant à alimenter la flamme du bücher. »

« L'injustice ressemble à la fièvre étique qui s'empare des existences. Quoique la vie de ceux qui en sont atteints s affaliblisse d'instant en instant et s'anéantisse, ceux-ci, par insouciance, pensent que leur état s'améliore de jour en jour. Les médecins loyaux, les ;praticiens sincères leur interdisent le mensonge et l’hypocrisie qui sont les causes originelles de leur maladie, mais ils en deviennent d'autant plus avides car, comme le dit le hadis,

L'homme aime ce qui lui est défendu,

« Les prophètes, les saints étaient des médecins sincères et véridiques : 1ls étaient envoyés pour appeler les hommes à Dieu et n'avaient d'autre but que d'instruire les créatures et de leur montrer la voie du salut. Ils voulaient délivrer l'humanité de cette maladie: aussi les nations ignorantes et stupides ne songèreni qu à les opprimer, qu’à les violenter, qu'à les marty-

riser, qu'à les tuer, qu'à les brûler ou qu'à les pendre! La plume se refuse à retracer les abominations dont elles furent coupables à l'égard de ces êtres si purs. »

«Ces vices produisent donc l’ignominie et l’abjection : ils sont causes de l'amertume en cette vie et dans l'autre : c’est pourquoi je dirai ici quelles sont les qualités qui peuvent être les instruments du progrès du gouvernement et de la nation, en même temps que ceux de la tranquillité du peuple. Ce sont: l'amitié, l'affection, les mœurs douces, l'union.»

« Etsi je voulais énumérer ici, ainsi qu'il le faudrait, les profits et les avantages que procurent ces qualités, ma vie n'y suffirait pas. Qu'il suffisé de savoir que la signification vraie du mot « amitié » n'ést pas l’amour que l'on peut avoir pour sa femme, ses enfants, ses proches, ses concitoyens, ce n est pas non plus la mansuétude et la bonne volonté à leur égard. Étre homme,

cest marcher avec les fils d'Adam sur les plus hautes cles de l'amitié et de l'union ; c'est ne pas fouler aux pieds, ne fût-ce que d’un pas, en ce qui concerne ses semblables, le terrain de l'égoïsme, c'est ne contrister ou blesser soit par geste soit par parole aucun être vivant.

l'as même une fourmi traîinant une graine.

Car elle a la vie. et la vie est douce et bonne. (SAADI)

( [1 ne doit mé priser aucun être, n en considérer aucun comme inférieur à lui. Qu'il ne s'arrête pas à considérer les apparences mauvaises des actes de qui que ce soit: qu'il pense simplement que cette créature sort des mains de Dieu. Car sile mal était absolu, si son Æ€xistence n'était pas nécessaire dans ce monde de pos- Sibilités, Dieu ne lui donnerait pas gratuitement l'aliment et la force, l'âme et l'esprit, et ne le revêtirait pas du manteau d'honneur de l'existence, des vêtements de la création. Celui-là qui connaît et la route et

la marche de l'humanité, qui recherche la science et la compréhension des choses, ne repoussera aucune créature, n’en considérera aucune comme mauvaise. Jésus se trouvait un jour sur une route avec quelquesl uns de ses compagnons. [ls rencontrèrent une charogne | puante de chien: ses compagnons furent dégoûtés de : Fodeur épouvantable qui sen dégageait. Jésus leur ; dit : « Pourquoi ne considérez-vous que la mauvaise odeur de ce corps mort: voyez comme il a les dents blanches, et songez combien, de son vivant, il était respectueux des droits de son maître et se contentait ' du peu qu il avait.»

Soyez bienveillants dans vos regards, S1 vous êtes des gens de cœur.

« Cependant certains hommes au lieu de ne croire aucune partie du monde essentiellement mauvaise, au lieu de chercher à s’amender, à perfectionner les lois, à parfaire leur bienveillance vis-à-vis d'autrui, ne songent dans leur imbécillité et leur ignorance qu à calomnicr leurs semblables. Ils sont prompts à dire : les idées religieuses d'un tel sont perverses, tel autre est impie et maudit, celui-ci est réprouvé, celui-là est damné: il faut se garder d'avoir le moindre rapport avec ce dernier, quand pour une cause quelconque ses vêtements ou ses mains sont humides! Pour eux, tuer, torturer, briser les cœurs est obligatoire. Et tout cela ne vient pas d'autre chose que de la violence de leur égoïsme. Ah ! l'injustice est le plus odieux de tous les vices, et chaque nature dans laquelle elle a pénétré perd toutes ses bonnes qualités et ce qui fait l'apanage de l’homme. L'orgueil, la vanité, la fierté, la présomption les remplacent et ce sont là les quatre colonnes qui soutiennent l'injustice : c'est cet égoïsme qui les éloigne des matières intellectuelles et les à rejetés loin,

loin du monde divin. Aussi n'ont-ils pas même senti le parfum de la lutte avec soi-même et de l'effort dans là

vertu, qui 5ont les causes du développement de la grandeur de l'État et de la puissance nationale. Leur immense orgueil les à fait rester inébranlables dans leur dédain et leur mépris des autres esclaves de Dieu, et cet égoïsme féroce leur rend amer le séjour en ce bas monde et dans l’autre. Îl s'ensuit que, contrairement à ce qui se passe pour les autres Etats et les autres peuples, les Persans sont dans une décadence perpétuelle. Mais comment accordent-ils leur orgueil avec ce hadis authentique et que chacun d'eux répète à l’envi? »

« Dieu, un jour dit à Moïse : Choisis dans ce monde quelque chose qui te soit inférieur et apporte-le près de: moi. Moïse chercha longtemps et partout et finit par rencontrer quelque part le cadavre puant d'un chien. Îl pensa avoir trouvé ce qu'il cherchait, prit une corde, l’attacha à la patte dela charogne et la tira l'espace de quelques pas. Mais soudain, éclairé par la pureté intime de son âme, il s arrêta, refléchit et songea : ( Peut-être pour une cause quelconque, pour une raison que j ignore, ce chien n est-il pas inférieur à moi aux yeux de la Divinité ! Quel courage avais-je donc pour me croire supérieur à cette charogne, et quelle preuve en eus-je pu donner ? » {l lâcha aussitôt le corde et entendit une voix irritée qui l’interpellait : ( Ô fils d'Imram, disait cette voix. si tu eusses fait un pas de plus en trainant ce cadavre, tu eusses immédiatement été destitué du rang de prophète ».

Puis Dieu cacha dans l'âme intime de Moïse

Des secrets que l’on ne peut dire.

Jl versa dans son cœur des paroles

Qui confondent et la langue et la vue.

Il devint éperdu puis il revint à lui

Et fit un pas, de l'éternité qui n’a pas

De commencement vers celle qui n a pas de fin. (MESNÉv1).

( Quel mystère qu'un Moïse, l’un des plus gran.ls prophètes, qui est décoré du titre de Kélim Ouliah,

——— Ti

Es SJ +

- rh Tu = —— 7 LE Tr EP PE om me OT pe TT ee ln tn LUZ ur , à D - r EC] — = !

Lu

a, J' el TE,

in

Page 1