‹ Seyyèd Ali Mohammed, dit le BâbChapitre 31 sur 56 · D AN CE TE · texte numérisé non relu

D AN CE TE

que l'Imam Mehdi devait sortir de la ville sainte, levant

le sabre nu et appelant les peuples au vrai Dieu. Cette

comédie ne peut cadrer avec Ce que nous savons de

positif sur l'histoire des diverses personnes qui furent

mêlées à cette tragédie.

Une autre question est encore à examiner ici : celle du manque d'instruction du Bab. Tous les auteurs tant musulmans que babis affirment que Seyyèd Ali Mohammed n'apprit pas l'arabe (144). Seul, l’auteur du Qessas el Ouléma écrit : « Quand j'étais à Kerbélah j'allais au cours de Seyyèd Kazem : Mirza Ali Mohammed y venait avec tout ce qu'il fallait pour écrire et écrivait en effet tout ce que disait le professeur. » Je le veux bien, mais si notre héros était capable de suivre

un pareil cours, de s'y intéresser et d'y prendre des

notes, pourquoi nous le représentez-vous par la suite,

aux fameuses séances d'fsfahan et de Tauris, plus

ignorant qu'un enfant, plus craintif qu'un agneau

enfin, tranchons le mot plus bête... quil n'est permis

de l’être au point qu'il est incapable de conjuguer le verbe arabe le plus simple. Qui veut trop prouver ne

prouve rien ct toutes ces contradictions ne dé-

montrent... que la mauvaise foi des auteurs musulmans (145).

tradition puisque lui aussi prétend que son Maître se fût déclaré à Kouffa, siles populations se fussent prêtées à le reconnaître, et que c'est à cause du peu d'empressement des Musulmans, que l’ordre de Dieu subissant un retard, le Bab ne se déclara qu’à la Meqqe. Mais pour bien des raisons, je considère le Nouqgtet el Kaîf, comme légèrement suspect en Certaines de ses parties.

(144). Au début de sa vie, il s'occupa à acquérir les sciences persanes, mais il n'apprit que les éléments de l’Arabe (Moutanabiyin).

(145}. Je sais bien que M. de Gobineau est, lui aussi, d'avis que l’Arabe de Seyyed Ali Mohammed est du mauvais arabe, mails il m'est permis de suspecter l'appréciation de notre Ancien ministre à Téhéran, qui ne savait pas un mot de cette

Nous sommes donc en présence d’une affirmation presque générale, d'un consentement presque univervel, le Bab n'a même pas étudié les éléments de ja srammaire arabe, il le dit d'ailleurs, lui-même.

«Apprenez de moi mon ordre au sujet de mon Zikr. « En vérité, l'esprit l’a aidé dans toute chose avec la permission de Dieu et en vérité il n'y a pas d'autre dieu que Dieu, le Puissant, le Chéri ».

(« Donc quand l'âge de ce jeune homme arriva au moment où il est d'obligation de s’instruire dans les sciences, en vérité nous l'avons fait parvenir au Dijeziret oul Bahr(146) par la tradition de Mohammed, prophète de Dieu d'auparavant. Et il n'avait rien appris de vos sciences auprès d'aucun d’entre vous. En vérité! il était vis-à-vis de cette science comme s’il venait de naître de sa mère; il était étranger sur cette route. Il était Ahmedi, des atomes du prophète de Dieu qui était dans la science de Dieu.» Comment dès lors expliquer sa prodigieuse production littéraire ? la réponse est des plus simples: Pour les babis, le Bab étant un prophète il s est passé pour lui ce qui a eu lieu pour Mohammed, ce que nous admettons pour

les apôtres : la descente du Saint-Esprit enseigna toutes

langue, pas plus que de persan, ce qui n'empêche que l'habitude à été prise d'accoler à son nom Je titre de «savant », savant à bon marché, car son ouvrage : Religions et philosophies dans l'Asie centrale, — qu'on a Je tort de prendre pour un ouvrage original, — n'est autre chose qu'une tràduction fort brillante, mais quelquefois fautive du Nacikh ei Tevarikh faite. par un juif qui savait un peu le français, qui se nommait Lalézar, et qui était le professeur de M. de Gobineau. Quant à la traduetion du livre arabe des Préceptes (le Biyyau, comme dit M. de Gobineau, ce qui devrait sulfire à dénoncer son ignorance), je préviens le lecteur qu’elle est incompréhensible pour les 2/3 et que le 3: tiers dit exactement le contraire de ce que dit le texte.

(146). Je pense qu'ils’agitici de la Mésopotamie, c'est-à-dire

des lieux saints que tout chiite doit visiter.

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les langues à ceux-ci,: C'était Dieu qui parlait par la bouche du prophète arabe: les trois cas sont identiques, et pour celui qui a la Foi il n'y a pas de diseussion possible.

Les musulmans, eux, disent simplement que le Bab eut des collaborateurs, et j'ai regretté de trouver les Européens exprimant la même opinion. Tout d'abord cette affirmation est contraire à la Vérité historique ce qui est un tort grave: nous voyons en effet. dans le cours de son histoire, le Bab, traqué, poursuivi, enfermé seul et sa plume ne s'arrête pas. En second lieu quel est celui de ses disciples qui aurait

mis ses œuvres SOUS son nom : et pourquoi ? pour fuir

une terrible responsabilité, car il ne peut y avoir d'autre raison; mais quand donc verrons-nous au cours de cette histoire l'un quelconque de nos sectaires hésiter — fût-ce une seconde — devant la conséquence de ses actes. Et quelle conséquence ! la mort dans les supplices. Se dérober au trépas pour s y précipiter par une autre porte serait singulièrement ressembler à celui qui se jetait dans la rivière pour éviter d'être mouillé par la pluie.

I ny a donc que deux hypothèses à mettre en avant: ou Seyyèd Ali Mohammed a appris l'arabe durant son séjour de deux ou trois ans à Kerbélah — mais alors cela se serait su. et les Musulmans n'affirneraient pas qu il ne l'a pas appris(147) — ou bien il faut admettre la réalité d’un phénomène dont les causes profondes nous échappent.

Enfin, et pour en finir avec cette question, étant par moi-même incapable d'apprécier l'arabe de Seyyed

(147). Au début de sa vie, il s'occupa à acquérir les sciences bersanes, mais 11 n apprit pas les éléments de l'arabe {les faux Prophètes). Dans sa jeunesse, il s'occupa à apprendre le persan et les éléments de l'arabe.

(NACIKH ET-TEVARIKH|.

Aii Mohammed, et de le rapprocher — à son avantage ou à son détriment du Qoran, — jai sollicité l'opinion d'un arabisant de la plus baute valeur, S. E&. Chems ed-dine Bey, ambassadeur de Ïa Sublime Porte à Téhéran, en le priant de vouloir bien me dire, en laissant de côté toute question religieuse,

ce qu'il pensait de la langue du Bab. Il m’a déclaré

avec beaucoup de chaleur et de sincérité qu 1l 1a trouvait fort belle, fort élevée, quelquefois fautive, mais d'une grande poésie et d'une parfaite éloquence.

Ceci a été exactement l'avis de M. Houdas, professeur d’arabe vulgaire à l'Ecole des langues orien- tales vivantes.

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