‹ Seyyèd Ali Mohammed, dit le BâbChapitre 33 sur 56 · UE CEE DR RS LUS · texte numérisé non relu

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petits citrons de Chiraz, ce qui permit à notre héros de se soutenir. |

Il garda de son voyage la plus mauvaise impression : « sache que les routes de la mer sont pénibles : nous ne les aimons pas pour nos fidèles : voyage sur les routes terrestres, » s'écrie-t-1l dans le Ketab beïn el- Haremeïn. en s'adressant à son oncle, comme nous allons le voir tout à l'heure. Il reviendra longuement sur Ce sujet dans le Beyan. Qu'on ne croie pas ici à un enfantillage : le sentiment qui guide le Bab dans

<ette horreur de la mer est plus noble et plus élevé.

Frappé de l'égoïsme des pèlerins, égoïsme exaspéré par la gêne et les dangers d un voyage sur mer, frappé également de l’état de saleté dans lequel sont obligés de vivre les voyageurs sur le pont, il veut éviter aux hommes l’occasion de donner cours à leurs mauvais insincts et de se rudoyer mutuellement. On sait que l’'Apôtre recommande expressément la politesse, la courtoisie la plus raffinée dans les rapports sociaux : {Ne contristez qui que ce soit pour quoi que ce soit. » Et il fut, durant ce voyage, à même de constater la méchanceté de l'homme et sa brutalité quand il se irouve en face des circonstances difficiles : « Car la chose la plus triste que je vis dans mon pêlerinage à

Ja Meqqe était les constantes disputes des pèlerins

entre eux, disputes qui leur enlevaient les bénéfices moraux de leur pèlerinage (154). »

[Il arriva donc à Mascate où il se reposa quelques jours durant lesquels il chercha à convertir les gens du pays — sans y réussir. Il s'adressa à l'un d'entre eux, un religieux probablement et de rang élevé, dont la conversion eût pu entrainer celle de ses conci-

toyens; jele suppose du moins, car il ne nous donne à

<e sujet aucun détail; ilest évident qu'il ne dut pas

(154). Beyan, IV, 16.

chercher à convertir le premier venu qui n'aurait eu aucune influence sur les autres habitants de la ville. Qu'il ait tenté une conversion et quil n'y ait pas réussi, la chose est indiscutable, puisqu'il l’affirme lui-même : « La mention de Dieu, en vérité, descendit » sur la terre de Mascate, et fit parvenir l’ordre de » Dieu à l’un des habitants du pays : il se pouvait » qu'il comprit nos versets et devint l’un de ceux qui » sont guidés. } |

& Dis : il obéit cet homme à ses passions après avoir » lu nos versets : et en vérité, cet homme est, selon » l'ordre du Livre,au nombre des Transgresseurs(155).»

» Dis : nous n'avons pas vu à Mascaté de gens du » Livre qui l’aient aidé, car ils sont des ignorants » perdus. Et il en fut de même pour tous (156) ceux qui » se trouvaient sur le bateau, si ce n'est l’un d'entre ) eux qui Crut à nos versets et devint de ceux qui » craignent Dieu. ;

[1 continua donc sa route et arriva à la Meqqe où il se livra aux pratiques prescrites pour la visite de la maison de Dieu. Les traditions musulmanes, comme aussi les babies, mais ces dernières avec quelque hésitation, le montrent s'appuyant un jour le dos contre le-mur de la Qaaba, tirant son sabre et proclamant l’arrivée de l'imam Medhi qui devait conquérir toute la surface du globe.

I ne faudrait pas se hâter d'y croire: les Musulmans, en effet, convaincus que notre héros n'est qu'un faux prophète et un simulateur, l’accusent à tout instant de conformer sa conduite aux prophéties antérieures, réglant presque tous les mouvements du Sahabez-Zéman. En agissant ainsi, le Bab se donnait au moins les apparences extérieures du Prophète de la fin

(155). Qoran, LX VIII, 12.

(156). Voir note E à la fin du volume.

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des temps, et pouvait, par ce fait même, attirer l attention du vulgaire. À ce point de vue la question est très simple : dans la masse des hadis annonçant la conquête du globe à l'islam, Seyyéd Ali Mohammed aurait choisi les plus faciles à réaliser, et se serait ainsi fabriqué un « guide du parfait Medhi » auquel il aurait conformé sa conduite.

Vraiment les Musulmans font trop peu de cas de leur adversaire. En parcourant les livres de M. Browne, on pourra se convaincre, particulièrement en lisant les procès-verbaux des séances d'lsfahan et de Tauris, que le plus grand argument des Mollas contre la mission du Bab, consiste à lui reprocher les noms de son père et de sa mère: etle Bab ne sait que répondre. Ce sont là des enfantillages, indignes de ceux qui les ont inventés et écrits.

De ce que les Babi admettent en général cette attitude du Bab à La Megae, il ne s'en suit pas quelle soit authentique. L'histoire de l'Apôtre est fort peu connue, et j ai étonné bien des Babis,et des plus grands, en leur disant les noms des grand père et aïeul de Seyyèd Ali Mohammed, ou en leur fournissant l’un des détails que j'ai relevés dans le Kétab-Beïn-el-Haremeïn, livre d'une extrême rareté et qu’ils n'avaient pas lu. Les sectaires actuels ne sont compétents que pour ce qui concerne les actes de leur père: et à ce point de vue j'ai été on ne peut mieux servi, principalement par le fils de Moqaddèss Khoraçani.

Donc, en ce qui concerne la question qui nous occupe, il ne faut pas oublier que les babi du début — je parle du vulgaire — ne connaissaientaucun des détails de la nouvelle doctrine(157).Ils étaient purementetsim-

(157). Le Bab, le dit lui-même : au début il parla le langage du Qoran {voir les sept preuves) puis peu à peu il dévoile sa pensée, mais avec quelles précautions. Qu'on en juge par ce

simplement convaincus de l'apparition de l'imam Mehdi(158} qui le sabre d’une main, le Qoran de l’autre allait courber sous la loi de l'Islam tous les peuples de la terre. Par suite, et par une opération mentale identique à celle que faisaient les musulmans, mais cette fois en sens inverse, ils croyaient naïvement que le nouvel apôtre accom plissait, parce qu 1ls étaient prédits, tous les actes incombant à l'imam Mehdi. Ïl en a été exactement de même pour le Christ. Les rabbins lui opposalent les textes pour démontrer quil ne remplissait pas les conditions requises pour être le Messie; Jésus leur répondait: consultez l'esprit, non la lettre ; et ses sectateurs — tenantaussi peu de compte de cette formule que ses adversaires — lui créaient une généalogie, inventaient une infinité d'épisodes pour prouver qu'il était dans l'étroitesse de la Lettre le Messie promis et attendu.

Ni adversaires, n1sectateurs n’ont donc tenu compte de l'enseignement du Maître : seule, au début du Babisme, la belle Qourret-oul-Aïne répondit à Hadji Molla Mirza Mohammed Endermani et à Had] Molla Ali Kéni chargés de la ramener à l'Islam et

passage extrait de la prière à dire le jour de la fête Qadir, du Vendredi et le £* du mois, de Djemadi ei Oula.

« O mon Dieu! Je te prends à témoin loi et celui qui est auprès de Toi parmi les Témoins que, en vérité Mohammed a rempli la mission que tu lui avais donnée... Donne ô mon Dieu sa récompense à Mohammed pour avoir répandu ton ordre, récompense dont tu as le secret...

«O0 mon Dieu! c'est toi-même qui m'as faitconnaître ce degré et si iu ne ie faisais pas connaître, Je ne teusse pas connu. Tu m'as gardé pour faire lever tes saints du milieu de leur ignorance. Aujourd'hui ta religion est parfaite, et celui en qui l'on peut ivoir ton être même s'est manifesté » (Sahifé-Makh- ‘zoumié).

(128). ls l'ont cru jusqu'au moment du concile de Bedecht: là leurs yeux se sont ouverts, pour se refermer d’ailleurs aussitôt. Le peuple babi garde toujours la même opinion, mais non plus les gens instruits.

qui lui opposaient les textes annonçant la venue du Mehdi des villes de Djaboul Qa et Djaboul Ca : { Laissez donc aux enfants ces insanités indignes de vous et de moi: la question est plus haute ».

Et cependant, le Bab passait pour l'interprétateur non pas seulement du sens intime, mais de l'intime du sens intime du Qoran, il commentait non pas la lettre, non pas l'esprit, mais l'âme du Livre de Dieu : et c'est de Lui qu'on attend la réalisation de prophéties qui'ne s appulient sur rien et dont la base n'est que l'ignorance, le fanatisme ou la mauvaise foi de ceux qui les ont recueillies (159).

Qu'on ouvre le Beyan, qu'on le parcoure : qu'y verra-t-on? rien autre chose qu’une nouvelleexplication des termes usités dans toutes les religions: le Feu de l'Enfer, le Paradis, la Balance de Dieu, la Mort, le Jugement dernier, etc. Et l’homme qui interprète d'une façon si magistrale ces superstitions d'un autre âge aurait perdu son temps à des simagrées de ce genre |

Je me refuse, pour ma part à y croire, et d'ailleurs nous n'avons aucune autorité qui nous l’affirme. Nous ne rencontrerons dans toute la dialectique non seulement du Bab mais encore des Babi qu'un profond mépris pour ces hadis menteurs et forgés à plaisir, tandis qu'ils s'efforceront de concilier ceux qui sont authentiques, mais ceux-là seulement, avec les données ou avec l'histoire de la nouvelle religion.

Seyyèd Ali Mohammed nous aurait d’ailleurs parlé de cet incident: il ny en a pas trace dans le Kétab beïn el Haréméïin.

Si nous cherchons dans cet ouvrage une allusion

(159).Je vise surtont ici Medjlici dont le volumineux ouvrage est dénué de tout esprit critique: imnonument d'hypocrisie el de mensonge.

aux actes de Sevyéd Ali Mohammed nous nous arrêterons à ces Passages :

« O mon Dieu! j'implore ton témoignage pour ce que j'ai dit dans la Mesdjèdel Haram, près de la Qaaba, ton sanctuaire sacré, à celui qui m interrogeait au sujet des versets, en répondant par ces versets relatifs à ce que tu as fait descendre pour ton ami Mohammed dans le Qoran d'auparavant.

« Si on discute avec toi à ce sujet, depuis que tu en as reçu la connaissance parfaite, réponds : Venez,

appelons nos enfants et les vôtres, mes femmes et les

vôtres, venons nous et vous et puis adjurons le Seigneur chacun de notre côté et appelons sa malédiction sur les menteurs (160) ?

« J'en jure par ta vérité, ettu es Dieu, et il n y a pas d'autre Dieu que Toi, que les hommes n'ont pas même accueilli cette parole, mais le témoignage de Dieu suffit dans cette question. )

(160). Qoran III. 54. Cette espèce de jugement de Dieu se

nomme moubahélé. Le raisonnement du Bab est des plus simples : Comme Mohammed, je suis un Homme. (Q., XIV, 14. — X VIII, 110. — X LI, 5} et comme lui dénué du pouvoir de faire ce que vous appelez des miracles. Le seul que j'accomplisse est le seul qu il accomplissait Ini-même: les versets. Vous avez Cru aux Siens, qui m ont préparé la voie, car vous avez vu que suivant la promesse du Qoran durant 1270 ans, personne n'a été capable d'en faire descendre du ciel. Et maintenant je vous dirai, comme Mohammed vous l'a dit: Ou vous croyez à ces versets, et alors vous êtes sauvés, ou vous n'y croyez pas €l alors vous êtes des menteurs, car vous reniez la vérité absolue. A moins que je ne sois moi-même un menteur. prétendant faussement recevoir la révélation divine : ce qui est impossible Car mes versets sont ma preuve, Comme ïls l'ont été pour Mohammed. Mais cependant, puisque telle est votre conviction, venez, venez tous, et prions Dieu dle décider entre nous, comme il l'a fait pour les prophètes précédents. {allusion tant aux discussions de Moïse avec les magiciens qu'à celles de tous les prophètes avec les incroyants de leur temps: Abraham, et la fournaise ardente, Loth transporté dans un autre pays, Noé sauvé du déluge, etc.).

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« Donc, à interrogateur instruit, est-ce que je ne t'ai pas dit dans la Mesdjèdel Haram, en face de l4 Qaaba, . et nous étions à la face occidentale, à l'endroit où tu te trouvais, devant le mimber, pendant la nuit du 15° jour du mois de zil hèdjè el Haram, trois heures après le coucher du soleil, est-ce que je ne t'ai pas dit: Accepte ma demande, viens, faisons (« moubahélé » près de la » pierre noire, puisque, au nom de tous les hommes, ) tu te charges du mandat de me renier, afin que Dieu » décide entre nous de la vérité: et Dieu sait ce que je » dis.

« Est-ce que je ne t'ai pas fait une autre fois cette » même proposition dans la Mesdjèd el Haram entre le » Mimber et le Maqam, en face de la Qaaba.

« Est-ce que je ne t’ai pas, dans la maison même de » La Meqae qui est la demeure de la Vérité, renouvelé } trois fois cette offre ».

Les termes ici sont donc bien clairs, et bien nets. les détails sont précis, et il n'y est question ni de sabre, ni d'imam Mehdi, ce que le Bab n’eût pas manqué de mentionner si cela avait eu une utilité quelconque, ou quelqu’importance à ses yeux.

Par le fait même qu'il propose le Moubahélé à l’un de ses contradicteurs, il est acquis pour nous qu'il continua durant son pélerinage une propagande qui semble n avoir pas beaucoup réussi.

Quoi qu'il en soit le Bab, son pèlerinage terminé, se prépara à rentrer en Perse. Ce fut peut-être à ce moment ou peut-être, à son retour à Bouchir, après avoir révélé en pleine mer le Kétab-Rouh (161) qu'il songea à organiser les évènements qui allaient survenir.

oo) (161). Alorslisez le Kétab-Roubh, ce livre que j'ai fait descender

en pleine mer, pendant le retour de la Mention de Dieu, en sept cents versets solides — {(Kétab-beïn-el-Harémein).

En effet, voici en quels termes il invite son oncle, à aller prêcher la nouvelle doctrine.

Au nom de Dieu, le clément, le miséricordieux.

« Lislelivre(162) de la « Mention du Nom de ton Seigneur. [1 n y à pas d'autre dieu que Lui, il est élevé et sage. Et ce livre est un livre descendu de la part du Baqièt Oullah, l'imam de la Vérité Évidente.

« En vérité ce livre est un ordre qui ne renferme aucun doute : il descend de Dieu, le Très-Haut, le savant. Et, en vérité, il est la Vérité dans les cieux et sur la terre.

( Il te récite le Livre de ton Seigneur qui contient un ordre de la Balance inflexible. et en vérité c’est là la voix de ton Seigneur dans les cieux et sur la terre. Il appelle les hommes à la route de Dieu, le glorieux, le loué.

(« Sache que quiconque entend une parole des nouveaux versets, ses œuvres ne seront acceptées que S1l donne sa foi aux versets de son Seigneur et s'il devient de ceux qui se prosternent ».

« Et en vérité un seul verset des versets que nous faisons maintenant descendre sur toi est égal aux versets de (tous les prophètes) d'auparavant et à tous les versets que par la suite tous les hommes demanderont au Bagiet Oullah.

« Ce livre suffit pour prouver la qualité de Houdjèt du Zikr pour tous ceux qui sont sur la terre.

(Si Dieu fait descendre un verset, personne n a le droit de dire quoi que ce soit à son sujet.

«Et, en vérité, je n'établis aucune différence dans

l'ordre du Livre. Tous sont sous ses ordres et adorent Dieu.

(162,;. Je traduis le mot Kétah par le mot Livre, parce que cela a passé dans nos habitudes, mais ce mot Livre doit être pris 10i dans l'acception d’« écrit ».

« Nous avons éprouvé les hommes par la vérité, comme nous avons éprouvé ceux qui étaient avant eux: tous ont donc pris leur part du Livre et tous retourneront à Dieu. |

« En vérité, ceux qui obéissent aux versets de Dieu etsortent dans la direction dela terre bénie(163), ceux-là sont ceux qui ont été guidés.

« En vérité, ceux qui ont traité de mensonges nos versets et obéissent à leur passion, ceux-là sont dignes de la parole de châtiment, et ils ne le savent pas.

« Sachez, Ô vous qui m'avez réellement obéi, et donnez-vous la bonne nouvelle du souffle qui vient de moi, eten vérité, ce souftle est un grand bienfait.

« Dieu, votre Seigneur miséricordieux à écrit vos noms dans la feuille de l'Arch, et, en vérité. cette inscription est un grand bienfait.

« Dis: troupes ! rapprochez-vous de celui qui est assis sur l'Arch dans le harem sublime. Puis sortez suivant l’ordre de Dieu (de vos maisons ?) et rentrez dans la terre du refuge, tous, afin que tous vous soyez inscrits dans les rangs de ceux qui ont reçu le bienfait..

« Sache, à Seyyèd pur et bon, et qui crains Dieu f ”:

Invite les hommes à la justice: fais parvenir l'ordre. de ce Livre à ceux qui sont sur cette terre (là), à ceux qui sont dans les alentours de cette terre, afin que meure celui qui doit mourir (164) à l'houdjet nouveau, afin que soit sauvé celui qui a été sauvé par les versets anciens. Et Dieu, ton Seigneur, est celui qui entend, le savant.

(« À ceux qui accusent Dieu de mensonge en disant que la Mention du Nom de Ton Seigneur pille ce qu'il veut dans le Qoran, dis: « Dieu est pur et libre (de

(163). Chiraz.

(164}. Celui qui meurt au témoignage nouveau, est celui qui De Croit pas au nouveau prophète; celui qui est sauvé par Îles versets anciens est celui qui, ayant compris le vrai sens au : Qoran, a donné sa foi à Seyyèd Ali Mohammed,

ce dont vous l’accusez) et son rang est élevé. Quand Dieu le permet à son esclave, il fait descendre dans chaque mot l'équivalent d'un Qoran ». Et Dieu qui est ton Seigneur, est le puissant et le glorieux.

« En vérité, |ô Séyyèd} obéis à l'ordre de la révélation et fais parvenir comme ce Livre vers ceux qui, en vérité, habitent dans les routes (165) : il se peut qu'ils eomprennent les versets de Dieu et deviennent de ceux qui sont guidés.

« Sache qu'en vérité, les routes de la mer sont pénibles : nous ne les aimons pas pour nos sectateurs. Va par les routes de terre(166) et dis: « Ce que Dieu veut [sera}. Il n'y a de puissance qu'en Dieu, ce Dieu qui tient dans sa main tous les ordres. 11 n y a pas de dieu, si ce n’est Lui, l aimant, celui qui n a besoin de personne.

« Et si tu n’as pas peur de l'ordre de Baghdad, fais des efforts dans les routes de ton Seigneur, avec sagesse et avec des versets solides pour ceux qui habitent Baghdad parmiles oulémas quinient. Il se peut qu'ils comprennent l'ordre de Dieu et deviennent musulmans(167).

(163). Comme ce livre veut dire les versets dont tu es porteur

mes écrits. Ceux qui habitent dans les routes, sont ceux, habitant des villes ou des villages, que le messager rencontrera sur Sa route.

(166). Ce passage doit faire placer la rédaction de cette souraie entre La Meqdge et Médine; le Bab aurait-il envoyé dès ce moment son oncle, en avance, par les routes terrestres qui aboutissent à Baghdad ?

(167). Je pense que cela veut dire: «Si vraiment tu n'as pas peur que les oulémas sunnites se lèvent contre toi, va à Baghdad prècher, en passant, ma doctrine, mais fais-le avec sagesse. »

Il se peut aussi qu'il s'agisse là des oulémas chiites qui dans la pensée du Bab seraient, par suite de leur proximité des lieux saints — Nedjef et Kerbélah — dun fanatisme encore plus intransigeant que celui de leurs collègues de Perse.

Peut-être, encore, s'agit-il d'un incident que je ne connais pas.

« © troupes, faites attention! comment dites-vous au sujet de mon esclave : & tout cela est vain ». En vérité, cet esclave est venu vers vous avec des versets, qui, comme ceux du Qoran, sont clairs et évidents, et ce, après que vous-mêmes vous avez été convaincus de l'ordre de Dieu.

« Patientez ! en vérité, le jour de la séparation [entre les bons et les méchants] est vrai. Et j'ordonne au milieu des hommes avecla permission de ton Seigneur. Et ce jour nest pas un jour de violence, Dieu est le Tout-Puissant, le savant.

« Craignez Dieu, hommes! puis présentez-vous entre les deux mains de Dieu: si vous le pouvez, apportez (des versets) pareils à (ceux) de ce Livre. Alors que votre religion soit pour vous, et, pour moi, la religion de Dieu, le glorieux, le loué.

« Et si vous ne le pouvez pas, et certes, vous ne le pourrez pas, même si vous vous entr aidiez tous mutuellement, alors détournez-vous du mensonge dans lequel vous êtes.

« Entrez par la porte de Dieu, en vous prosternant, peut-être serez-vous sauvés. Et si vous n'entrez pas, alors tenez-vous-en à l'ordre de Dieu dans le Qoran. et réclamez de la justice de Dieu qu il fasse descendre le châtiment sur ceux qui mentent et sont devenus des méchants.

€ Le basant sur cet ordre, fais sur ta route parvenir cet ordre et ne crains personne dans les jours de ton Seigneur. En vérité, ceci est le bienfait de Dieu sur toi.

« Et, en vérité, si tu meurs ou si tu es tué, tu retour- neras à Dieu.

( Fais peur à celui qui, en vérité, a traité de mensonges les versets de son Seigneur, a obéi à ses passions et est ainsi devenu des transgresseurs.

(€ Fais parvenir le salut de la Mention à ceux qui ont cru déjà et dis-leur : «sortez (de vos maisons, vous

Lo

dirigeant) vers la terre bénie (Chiraz}) afin que vous soyez parmi les pieux.

« Et envoie comme ce livre à ceux qui ont obéi à notre religion et sont des convaincus.

« En vérité, pour l'un d'entre vous il est nécessaire qu il enseigne dans la maison du Bab de Dieu ce qui est de nos versets d'auparavant, et, en vérité, ceci est chose importante.

« O mon oncle maternel, lis ce livre et patiente dans cette ville (?) tant que tu le voudras : puis sors vers ta ville (Chiraz). En vérité toi tu es de ceux qui ont apporté leur foi d'après ce Livre. Dis: « Louanges à Dieu, l'ordonnateur des mondes ».

Comme on peut le voir, le Bab prépare dès maintenant son entrée : il ordonne à un messager de répandre ses œuvres, de prêcher les populations en même temps quil fait un devoir strict à tous ceux qui ont cru en lui de se réunir à Chiraz. De plus 1l donne l'ordre de reprendre les prédications dans sa maison et je crois qu il s agit là de la mosquée des fabricants de sabre (Chemchirguéran).

M. de Gobineau, M. Browne., tous les auteurs musulnians, la généralité des babis pensent que dans le cours de sa vie le Bab:se présenta sous divers aspects: d'abord sous celui de porte, puis sous celui de point.

Moi-même, j ai partagé cette opinion non pas d'une façon bien nette et bien précise maïs cependant suffisamment explicite pour avoir à la page IV de la préface du Livre des Sept Preuves écrit la phrase suivante: (« Le Bab se qualifie ici d'imam Mehdi et rejette le titre de Bab dont il s'était revêtu ».

Je dois avouer ici que je me suis trompé et ma seule excuse est de m être trompé en nombreuse compagnie.

Que signifie ce titre de « Porte ». Nous l'avons vu, sans avoir eu besoin de rechercher bien loin, le prophète dire « Je suis la ville de la science, et Ali en est la Porte! »

La doctrine des Chiites Esna Achéris, s'est emparée de cette parole, a brodé dessus des dessins compliqués d'où il est résulté, en fin de compte, que les douze imams ont été successivement des Portes, en vertu d'un héritage d'inspiration directe et divine. Le 126 imam disparu, la Porte de la science divine a été fermée, et les hommes n’ont plus eu pour se conduire que le « raisonnement » de leurs chefs religieux, les Moujtéhèds.

Tout ceci est clair et précis, et les termes mêmes que j emploie sont d un usage quotidien en Perse.

Or le Bab survint qui se déclara la Porte de la connaissance divine: c'était par le fait même renouer la chaîne interrompue, remonter, suivant les croyances chiites. aux premiers temps de l'Islam, en reprendre toutes les traditions, et continuer, à travers les siècles, l'œuvre commencée par Mohammed.

Le Bab, là n invente rien, puisque les prophéties annoncent cette réapparition d'un imam connu sous le nom d’imam. Mehdi, imam Qaëm, Qaem de la famille de Mohammed, Sahab-ouz-zeman, etc.

Or, se prétendre la Porte, c'est revendiquer par cela même le titre de Sahab-ouz-zéman.

Malheureusement, là est encore intervenu le chaos des superstitions de la Perse. Tout d'abord l'idée universellement admise est que l’imam Mehdi doit faire régner l'islam, et par suite le Qoran sur toute la surface de la terre.

Islam et Qoran veulent dire, pour les Persans, purement et simplement la religion qu'il ont entre les mains, le Livre qu'ils possèdent. Dès lors Seyyèd Ali Mohammed qui présente une nouvelle religion et un nouveau livre, ne peut être qu'un imposteur.

Mais s1 l’on prend les mots [slam et Qoran dans leur vrai sens, le spectacle change: « Islam », c'est la résignation à Dieu, la religion de Dieu et c'est en ce sens que les Persans ont raison de dire qu'Abraham,

Moïse, Jésus étaient des musulmans. « Qoran » veut dire « la lecture », « le Livre » — irait-on prétendre que la science immense de Dieu est renfermée tout entière dans les bornes étroites du Livre auquel on a donné ce nom. Non, car alors le recours aux Mouijteheds serait inutile.

Je ne crois pas qu'il me soit indispensable de m'’appesantir sur ce sujet: l'explication que je donne ici doit suffire je pense pour faire comprendre comment peuvents interpréter et se traduire toutes les croyances persanes au sujet de l’'imam Mehdi.

Donc, et par le fait même de sa prétention à être le Bab,Seyyèd Ali Mohammed, réclame letitre de Sahabouz-zéemam. |

Or, que fait-il dès cet instant ? sans hésitation, sans crainte il fait descendre des versets. Or, si nous remontons l’histoire des âges, nous ne rencontrons qu'un seul personnage doué de ce pouvoir et c'est Mohammed !

Bien plus, dans le kétab el Harémeia mêmenotre héros déclare que les divers témoins — lisez prophètes — de Dieu qui se sont succédé l'ont fait d’une façon ascendante c'est-à-dire que le prédécesseur — déjà plus élevé que celui auquel il succéde — est inférieur à son successeur. Or si nous traduisons cette donnée par des noms, nous avons Mohammed comme prédécesseur, Seyyèd Ali Mohammed comme successeur.

Kit il insiste sur ce point car il dit qu'il en est de mème pour les signes de Dieu, et il va jusqu'à déclarer qu un seul des versets qu'il fait descendre, lui, est plus grand que tous les versets du Qoran.

Ayant ainsi — dès le début, et j'insiste sur ce point — proclamé sa mission, il ne reste plus rien à réclamer etil ne réclamera rien par la suite, son histoire est là pour l'affirmer.

Nous le voyons, dans ses ouvrages de début se donner les noms de Bab, de mention, du nom de ton

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