‹ Seyyèd Ali Mohammed, dit le BâbChapitre 35 sur 56 · RR · texte numérisé non relu

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» il mange l'orge et eux ne comprennent rien, et ne ») seront pas guidés !

) J’en jure par Celui qui vous a créés et m a faitson » téMOIN sur vous, un verset de mes versets prouve » l'ordre de Dieu pour tous ceux qui sont sur la surface » de la terre. »

La 3° sourate est une compilation de hadis, qui ne nous intéressent pas pour le moment.

La 4° est celle qui est adressée à Hadji Seyyèd Ali Kermani.

Et enfin, la 5° celle qui fait l'objet de la présente étude, et à laquelle nous avons fait de larges emprunts. contient les mots suivants :

« Alors j'ai accepté ton ordre, Ô mon Dieu! parce que ») tu m'as instruit sur la parole de création, afn que. » les croyants sachent, par l’ordre de tes versets d'ac- » ceptation,la parole qui sépare le vrai du faux(169).»

» Dieu embrasse toutes choses : peut-être ce livre

» est-il un Qoran sublime de la Science de Dieu, »afin que les Unitaires témoignent, dans les versets de » ton esclave, la parole du Livrée. Et nous avons » compté toutes choses dans le livre évident afin que » les fidèles entrent dans la porte de la maison de ton ») harem, à cause de l’ordre que tu as fait descendre » dans le Qoran d’auparavant. 1, 55. ( Entrez par la » porte en vous prosternant et dites : « Indulgence, ©. » mon wSeigneur et il vous pardonnera vos péchés. » Certes, nous comblons les bons de nos faveurs. »

» En vérité ! les gens du Qoran ont dit quand est » descendu le (mon) livre de la Mention du nom de ton ») Seigneur ce qu en vérité avaient dit les associeurs » d’auparavant (au moment de la descente du Qoran).

» Et je ne trouve pas de différence sur la route de

(169). La parole qui sépare le vrai du faux : c'est là le titre donné au Qoran quand on l'appelle le « Forqan ».

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» Dieu. Et tu ne trouveras aucun changement dans » aucune des paroles de Dieu !

» Retourne-toi vers moi, comme l'ont fait ceux qui » se sont tournés vers les Prophètes de Dieu, etne » crains rien, en vérité, Dieu ne détruit pas la récom- » pense de ceux qui font le bien.

« En vérité, la parole de ton Seigneur, (le Bab, » n'appelle pas les hommes d'après lui-même, mais il ) appelle l'humanité vers ce à quoi l'ont invitée les ) envoyés êt les prophètes avant lui.

» Et quand Dieu le voudra, il expliquera par l’inter- » médiaire de son Zikr (le Bab} ce qui a été décreté » pour lui dans le Livre.

« En vérité, si Dieu le veut, il peut manifester de » son esclave tout ce qu'il veut, autant quil veut: et ) moi, je ne veux pas une chose autre que celle que » Dieu, ton Seigneur, a voulu auparavant.

» Auprès de la Mention du nom de ton Seigneur, » il n’y a pas de Témoignage, si ce n’est un Témoi- » gnage qui vient de moi (Dieu) plus grand que le té- ») moignage d'auparavant.

» Enlève, sans aucun signe qui te descende dans le » cœur, de la Porte de Dieu les rideaux des preuves » et des arguments.

Comme on peut le voir, le Bab es bien la porte, maïs il est en plus Prophète, plus grand(170) que Mohammed, et Dieu expliquera par la suite, par l'intermédiaire même du Bab, ce qui à été décrété, pour ce Bab, dans sa science. Il n'y a donc pas de contradiction dans le curriculum vitæ de Seyyèd Ali Mohammed et certes, c'est une grave erreur de la part des Musulmans que de le vouloir accabler de cette accusation.

(170). En apparence. ce Seyyèd était chéïkhi, mais il se croyait plus élevé que Seyyèd Kazem, que Chéïkh Ahmed et même que les Imams et que le prophète. (MOUTANABIYIN|.

Mais revenons au retour de notre héros à Bouchir.

Ce fut Molla Housseïn Bouchrouyéhi qu'il choisit pour l'envoyer à Isfahan à la recherche de Moqaddès Khoraçani. Il confiait à son messager le début du ‘commentaire de la Sourate de Joseph{171), quelques oraisons jaculatoires en lui disant : «dès que Moqaddès Khoraçani les lira, il donnera sa foi à leur auteur, mais je ne veux pas que tu lui dises mon nom, quil devinera lui même. Tu lui diras de se rendre à Chiraz où il recevra mes ordres. »

[1 en fut ainsi que le Bab l'avait dit(172) et le lendemain même du jour de sa conversion, Mogaddés sortit à pied d'Isfahan avec son ami Habib, se dirigeant vers Chiraz.

Trois jours après leur arrivée, Moqgaddès reçut une jettre de l'apôtre dans laquelle était contenu l'ordre suivant: ( Prie dans la Mosquée dans laquelle les versets sont descendus de ton Seigneur et enseigne nos versets dans cette même mosquée(173)...et prononce à haute voix mon nom dans l'azzan, après les trois confessions de la manière suivante :... Et je confesse qu'Ali avant Nébilestle miroir du soufflede Dieu(174).» Il] lui ordonnaïit en même temps de se tourner, au milieu des prières, vers sa maison qui devenait ainsi Ja nouvelle Qibleh.

La Mosquée était petite, mais Moqaddès y fit mettre des nattes, tant dans le temple lui-même que dans la cour extérieure afin de recevoir tout le monde qu'y attirait l'annonce de son arrivée.

[1 y commença donc l'office, devantles fidèles réunis,

(171). Et il donna à son disciple le produit de ces folies, afin de Je répandre au lieu et place du Qoran et du Sahifè Sedjadiyèh (MOUTANABIYIN).

(172). Voir plus loin l’histoire de cette conversion.

(173). Mosquée des fabricants de sabre.

(174). Ibn Asdaq, d'après ses souvenirs, les originaux étant en sûreté à Méchhed.

suivant l'ancien usage, puis soudaia se tourna vers la maison du Bab, cependant que trois muezzins auxquels il avait donné ses ordres, faisaient, du haut des minarets, retentir l'air de ces paroles :

« Je confesse qu'il n’y a pas d’autre dieu que Dieu. que Mohammed est le prophète de Dieu, qu'Ali -est le Véli de Dieu, et qu'Ali avant Nébil est le miroir du souffle de Dieu ! »

Ceci fait, Moqaddès monta vivement sur le mimber, lut quelques versets du commentaire de la Sourate de Joseph et se mit à expliquer les fameuses paroles : « O Rois, à fils de Rois, ne vous em parc? pas, vous tous, de ce qui appartient à Dieu.

La œuerre était déclarée et le clergé officiel ne tarda pas à répondre a ces hostilités. À près trois jours de cris, de tumulte, de menaces et d'injures pendant lesquels le missionnaire Babi continua la tâche quil avait assumée, les étudiants en théologie, les oulémas, des gens du peuple excités en sous main, vinrent crier leurs doléances aux pieds de Mirza Housseïn Khan, adjudant bachi, gouverneur de la ville.

La nuit même de ce jour-là, Housseïn Khan réunit les principaux docteurs de l'islam et fit comparaitre devantcet aréopage(175) Moqaddès et Habib, ce dernier plus connu sous le nom du Quouddous.

— J'ai appris, leur dit-il, que vous avez changé Ia qibleh °?

— Qui.

— Vous avez aussi modifié la formule de l'Azzan ?

— Oui.

— Vousavez récité etcommenté denouveaux versets?

— Oui.

__ — Quel sens donnez-vous à ces paroles: O rois, Ô

fils de rois... (176)

(175). Cette réunion eut lieu le 6 août 1845. (1/6). Citation du commentaire de la Sourate de Joseph.

— Cela veut dire: O Sultan ne possède pas les biens de cette terre sans [a permission du véritable propriétaire qui s'est manifesté aujourd'hui.

— Ce jeune Chirazi ?

— Alors Mohammed Chah ne doit pas régner sans lui en demander la permission ?

— Etquand cela serait, le globe terrestre tomberaitil en cendres ?

— Alors je ne suis plus gouverneur de cette ville, à moins que Je ne sollicite de lui ce gouvernement.

— Tu l'as dit. |

Housseïn Khan entra en fureur, et les oulémas en profitèrent pour rendre un fetva condamnant à mort les deux blasphémateurs. Mais le gouvernement ny voulut pas consentir, il se contenta de faire dépouiller Mogaddés de ses vêtements, puis de le faire conduire dans le jardin où 1l lui fit donner, en sa présence, cinq cents coups de verges. Ceci fait, on lui brüla la barbe et on l’emprisonna avec Quouddous qui, lui, reçut douze soufilets.

Le lendemain on leur perça le nez, on leur y passa une ficelle et on les promena durant trois jours à travers les bazars, au milieu des rires, des quolibets, des insultes et des coups de la populace. Enfin on les expulsa de la ville et ils allèrent se réfugier à Saadiènh où le Bab vint les retrouver(177). | Iles fit rentrer nuitamment avec lui dans la ville

(177).La tradition babie nie énergiquement qu'Housseïn Khan ait envové des cavaliers à Bouchir pour ramener l’apôtre, ou du moins s'il l’a fait, ils affirment que ceux-ci ne rencontrèrent pas le Bab qui rentra volontairement à Chiraz. En tous cas l'envoi de cavaliers aurait eu lieu, d'après les musulmans 14 jours après la réunion que nous venons de décrire et ce serait 3 jours après que le Bab serait rentré à Chiraz.

Voyez note F à la fin du volume.

et les recueillit en grand secret dans sa propre maison. Une fois en sûreté, il se jeta à leurs cous en pleurant, en gémissant et en s'écriant: Hélas! je ne sais de quelle façon vous regarder, à vous qui avez souffert pour moi! Il pleura ainsi quelque temps, et fit descendre des versets en leur honneur.

On retrouve dans les œuvres du Bab un écho de la douleur qu'il ressentit de ces violences.

« O gens du .Qoran, vous avez accompli, dans les jours de Dieu (178), des actes que personne n'avait accomplis avant vous.

« En vérité pour vous sont venus les envoyés de la » Mention de Dieu, venant de notre part, avec des » versets témoins, et porteurs du sens interne du » Qoran: ils avaient des feuilles écrites dans la route » des gens du Beyan et, en vérité, vous vous êtes ou- » vertement détournés des versets de Dieu, et vous » avez, en dépit de tout droit, tourmenté les envoyés » de la Mention de Dieu, cependant que vous vous ) déclariez sincères dans la religion d'Allah! C'est le » mal que vous ont acquis vos actes, c'est le péché » dont se sont remplies vos mains durant les jours de » Dieu (179). »

Moqaddès et Quouddous restèrent cachés trois jours dans la maison du Bab, recevant leurs instructions pour le voyage qu'ils devaient faire à Vezd et au Khoraçan.

Ils se rendirent donc à Yezd où ils séjournèrent pendant quarante jours se bornant à discuter avec les grands personnages tant civils que religieux et miliaires. Sans doute crurent-ils le terrain favorable car ils préparèrent une grande manifestation. Ils firent annoncer par la. ville — soit à haute voix, soit en fai-

(178). Kétab beïn el Haremeïn.

(179). Les jours de Dieu sont les jours pendant lesquels le Témoin de Dieu — en l'espèce le Bab — est vivant.

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sant circuler des avis écrits — que quiconque voulait ‘voir l'envoyé de l’imam Qa’em n'avait quàse rendre le vendredi suivant dans la Mosquée de Mouçalla : « Là serait dit ce qui doit être dit, là serait révélé ce » qui doit être révélé ».

Tout avait été préparé pour la circonstance: une estrade avait été établie, et sur cette estrade une chaise avait été placée pour Moqaddès.

La foule était énorme et ardente: ses passions relicieuses surexcitées la faisaient vibrer comme un seul homme : aussi à peinele missionnaire babi eut-1l commencé à faire connaître l'apparition du nouvel apôtre que tous se précipitèrent sur lui avec un iminense cr « A mort! à mort! ». On le frappa, on le foula aux pieds. Parmi ses assaillants, un Seyyèd. Seyyèd Az qandi, se faisait remarquer par sa violence : il semblait s acharner sur sa victime, se pencher sur elle comme pour la dévorer, maisen réalitélacouvraitde son corps et la mettait à l'abri des énergumènes fanatisés. Il fit si bien qu'il poussa Moqaddès dans sa maison l'y garda quelques jours, et l'en fit partir secrètement.

Des violences de ce genre n'étaient pas faites pour calmer l'enthousiasme de nos deux missionnaires. Ayant échoué à Vezd, ils se rendirent à Kirman où ils recommencèrent leurs discussions.

Ils y rencontrèrent beaucoup d'incrédules, mais sy obtenaient cependant quelques conversions.

Il y eut là une lutte ardente entre Moqaddés et Kérim Khan, qui comme on le sait avait pris le rang de chef de la secte chéïkhie après la mort de Kazem. La discussion eut lieu en présence d'un nombreux auditoire et Kérim somina son adversaire de prouver la vérité de la mission du Bab. « Si tu le fais, lui dit-il je me convertis, et mes élèves avec moi; mais, si tu n'y réussis pas, je ferai crier dans les bazars: voilà celui qui foule aux pieds la sainte loi de l'islam. »

(Je sais quitues, Kérim, lui répliqua Moqaddèss.

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Ne te souviens-tu pas de ton maître Seyyed Kazem et de ce quil ta dit: « Chèen ne veux-tu pas que je meure et qu'après moi paraisse la vérité absolue! » Et voilà qu'aujourd'hui, poussé par ta passion des richesses et de la gloire tu te mens à toi-même. »

Commencée sur ce ton, la discussion devait Ôtre brève. En effet, les élèves de Kérim tirèrent le couteau et se lancèrent sur celui qui insultait leur chef. Fort heureusement le gouverneur de la ville s’interposa, fit arrèter Moqaddès et le fit conduire dans son palais. Il le garda pendant un certain temps. et, quand les passions se furent un peu calmées, 1l le renvoya de nuit, le faisant accompagner durant quelques étapes par 10 cavaliers.

Il partit donc avec Quouddous, et prit la route du -Khoracan. À Bouchrouyèh ils se rencontrèrent avec Mollah Ilousseïn Bouchrouyèhi, avec lequel ils continuèrent leur voyage.

Nous avons eu effet vu que dès l’arrivée du Bab à Bouchir, Mollah Housseïn avait quitté son maitre pour venir à {sfahan où il devait rencontrer Moaqaddès et l'envoyer à Chiraz, puis, de là il devait toucher à Téhéran où il devait tenter de voir le roi, ct se rendre enfin dans le Khorassan pour y prêcher la nouvelle doctrine.

Nous l'abandonnerons un instant ici où nous Île retrouverons après avoir retracé l'histoire de ce qui se passait à Chiraz.

Cette ville était devenue le théâtre de discussions passionnées qui troublèrent profondément la paix générale. Les curieux, les pèlerins, les amateurs de Scandale s’y donnaient rendez-vous, commentant les nouvelles, approuvant ou blâärnant, exaltant le jeune Seyyèd ou le couvrant au contraire de malédictions où d'injures : tout le monde s'excitait, s'énervait, s’affolait. Les Mollas voyaient avec une âpre inquiétude S'augmenter le nombre des sectateurs de la nouvelle

doctrine: leur clientèle, par suite leurs ressources diminuaient d'autant. Il fallait aviser, une plus longue tolérance pouvait vider les mosquées de leurs fidèles convaincus que puisque l'islam ne se défendait pas c'est qu il avouait être vaincu. D'autre part Houssein Khan, Nizam ed Dowléh, gouverneur de Chiraz, craignit qu à laisser aller les choses le scandale devint tel, qu il füt par la suite impossible à réprimer: c était risquer la disgrâce, d'ailleurs le Bab ne se contentait pas de prêcher: il appelait à lui les hommes de bonne volonté « Kt celui qui connaît la parole de Dieu et ne lui vient pas en aide au moment de la violence est exactement comme celui qui s est détourné du témolonage de sa Sainteté Housseïn fils d'Ali à Kerbelah. Ce sont ceux-là les impies (180). » Les intérêts civils ainsi d'accord avec les intérêts du ciel, Nizam ed Dowlèh et Cheikh Abou Tarab, l'imam Djoum èh, furent d'avis quil fallait infliger au novateur un affront qui le discrédität aux yeux de la population. Peut-être ainsi arriverait-on à calmer les choses.

On convoqua done à une grande réunion les oulémas et les principaux négociants de la ville. On y fit comparaitre le Bab. Cheikh Abou Tarab ne put maîtriser la colère que lui inspira la vue du Seyvyed et commença l'entretien par des invectives. Il termina en lui demandant: « Qui donc es-tu et pourquoi excites-tu tant de désordre.—Je suis, répondit l’apôtre, délégué par Dieu pour conduire les hommes à la vérité et au salut. Que me reprochez-vous ? Et qu'ai-je enseigné de mal aux créatures de Dieu ? » Cheikh Abou Tarab furieux de tant de calme et d'audace le frappa avec son bâton. Il s ex- Citalt lui-même et frappait particulièrement sur la tête. Les assistants pleins de dégoût pour cette scène scandaleuse y mirent fin en déclarant: que de pareilles

(180). Kétab beïn el Harémeïn.

violences étaient inconvenantes et que ce serait leur manquer de respect à eux-mêmes que d'y insister. On renvoya le Bab chez lui (181), en lui recommandant de se tenir tranquille et de ne plus prêcher. D'ailleurs on déclara que son oncle serait personnellement responsable deses actes de perturbateur. Aussi Mirza Seyyèd Ali prit-il son neveu dans sa maison où il l'enferma afin que personne ne le vit. Les autorités religieuses (182) peu expérimentées en la matière espéraient arriver ainsi à arrêter le mouvement qui se dessinait d’une façon menaçante.

Le contraire se produisit et ce martyre ne servit qu'à étendre les progrès de la secte: désormais l’attention publique était attirée d'une façon impérative sur les évènements qui se passaient à Chiraz. On voulait savoir de quoi il s'agissait et chacun s’intéressa. à l'affaire dans un sens ou dans l'autre : le désordre fut à son comble.

(181). Je ne sais dans quel ouvrage curopéen j'ai lu que lors de l'arrestation du Bab, sa sœur qui était montée sur la terrasse de sa maison riait si fort qu'on lui demanda la cause de sa Joie : « C’est, dit-elle, que ces insensés veulent le tuer, et ils ne se doutent pas qu'il ressuscitera dans quarante jours. »

Cette anecdote est tirée du Qessas el Ouléma mais ne s'applique pas le moins du monde au Bab dont nous parlons ici. L'auteur en question dit, en propres termes: « Cette reli-. gion du Bab n'est d'ailleurs pas si nouvelle car Seyyèd Ni'mèt Oullah Djézaïri raconte dans son Envar Noumanièh... »

Or, ce Seyyèd vivait deux cents ans avant la manifestation de 1260 ; il écrit en effet lui-même qu'il est né en 1050 et qu'il lut élève de A Djemal khounsari, de Mollah Mohcen Fèiz — le célèbre élève de Mollah sadra, — de Cheikh Hassan fils de Cheikh zeïne-ed-dine, et surtout de Mollah Mohammed Bagher Medjlici le compilateur des hadis, dont il aurait été le favori.

(182). Après toutefois que Hadji Mirza Nacir — que nous reouverons dans les événements de Neiriz — lui eut à plusieurs reprises et violemment ordonné de baiïser la main de Cheikh Abou Tarab — ce que le bab se refusa à faire.

Ce fut alors qu on décida de frapper un grand coup. Les mollas imaginérent de forcer le Bab à une rétractation publique de sa doctrine. On l'envoya donc chercher dans sa maison, puis, après la menace des supplices les plus effroyables on le conduisit à la grande mosquée.

Le Bab monta en chaire et y proclama sa mission dans un discours si plein de conviction, de force, d'énergie et d'éloquence que tous les assistants se turent oppressés (183).

À la suite de cette séance publique provoquée par la sottise des mollas, et qui lui attira de nombreux partisans, le trouble fut profond dans tontes les pro-

153}. «Ce fut alors, dit le Journal d'un vovageur, qu'il déclara qu'il n'était pas l'imain ez zéman, le Mehdi caclhié, comme on avait pu le croire jusqu'alors. Il dit qu'il était l'intermédiaire ou plus exactement le précurseur d'un autre. » C'est ici Jouer sul les mots: l'auteur du dournal. en zélé Béhahi, veut par

Là affirmer la mission de Béha. Certes le Bab. nous le verrons

annonce bien la venue de celui que Dieu doit manifester, sen déclare l'esclave, mais uniquement parce que les pro: phètes qui se succèdent suivent une progression ascendante. Jésus est plus grand que Moïse, Mohanimed que Jésus le Bab que Mohammed, et celui que Dieu doit manifester sera plus grand que le Bab. Si Moïse est le précrrseur de Jésus, celui: ci de Mohammed, le Bab est le précurseur de celui que Dieu doit manifester. Mais ce n'est pas ce sens que nous donnons au mot précurseur, et nous assignons ce rôle à Saint-Jean le Baptiste vis-à-vis du Christ. C'est singulièrement diminuer le rang que le Bab $'est assigné lui-même que de le réduire au rôle cu Baptiste. Ceux qui ont étudié la 2 manifestation divine, celle de Béha, se rentlent facilement compte que les Béhahis ont suivi la route qui leur était ainsi indiquée et ont fini par identifier le Bab avec Elie, et Béha avec le Christ. s semblent oublier cette pensée fondamentale de la Nouvelle Religion magistralement formulée par le Bab dans les 7 preuves: « dans le passé, toutes les fois que la nécessité s'en est fait sentir Dieu à envoyé en ce bas monde un prophete, porteur d'un Livre contenant des révélations célestes; il en agira de même dans l'avenir, toutes les fois qu'il en sera besoin. »

Rd

vinces de la Perse, le débat prit un tel caractère de gravité que Mohammed Chah envoya à Chiraz un homme en qui 1l avait toute confiance pour lui faire un rapport de ce qu'il aurait vu et compris. Cet envoyé était Seyyed Yahya, Darabi.

Ce personnage était, comme son nom l'indique, né à Darab, près de Chiraz. Son père Seyyed Djaafer, surnommé Kechf, était l’un des plus grands et des plus célèbres oulémas de l’époque. Sa haute valeur morale,

son caractère, ses mœurs pures lui avaient attiré l'es-

time et la considération universelles: sa science lui avait valu le glorieux surnom de kechfi qui veut dire celui qui découvre, et dans ce cas, celui qui découvre et explique les secrets divins.

Élevé par lui, son fils ne tarda pas à l’'égaler sur tous les points : il partagea désormais la faveur dont jouissalt son père et se rendit à Téhéran, précédé de son renom et de sa popularité. Il y devint ie commensal du prince Tahmasp Mirza, Mouayyed ed Dowlëh, pett-fils de Feth Ali Chah par son père Mohammed Al Mirza. Le gouvernement lui-méme rendit hommage à sa science et à son mérite et il fut consulté plus d’une fois dans les circonstances difficiles.

Ce fut à lui que pensèrent Mohammed Chah et Hadji Mirza Aghaci quand ils voulurent trouver un émissaire honnète et dont la fidélité ne fût pas douteuse.

Le chah lui fit don d’un cheval et lui avancça les frais du voyage.

Arrivé à Chiraz, le messager royal alla voir le Bab à plusieurs reprises. Désireux de bien étudier son hôte, Seyyed Yahya lui parla, les deux premières fois qu'il le vit, de choses indifférentes. À la troisième visite, il lui posa quelques questions difficiles de dogme où de rituel. Son interlocuteur y répondit de façon saüisfaisante. Il lui demanda alors d'écrire un commenlaire sur la 108e Sourate du Qoran qui porte le titre de (Qooucer ». |

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Sans faire aucune objection, sans une minute de délai, le Bab, en sa présence, prit la plume et, sans hésitation d'aucune sorte, écrivit un commentaire tel que l’envoyé royal sentit le vertige s'emparer de lui.

Certes le fait d'écrire currente calamo un commentaire nouveau sur une sourate dont le sens est si obscur, devait frapper d'étonnement Seyyed Yahya, mais ce qui le surprit plus étrangement encore, ce fut de retrouver, dans ce commentaire, l'explication que luimême avait trouvée dans ses méditations sur ces trois versets. Ainsi il se rencontrait avec le Réformateur dans une interprétation qu'il croyait avoir été le seul à imaginer et qu'il n'avait communiquée à personne.

Ce fait le troubla et il se retira chez lui.

[1 réfléchit longuement à ce qu'il avait vu et entendu, pesa le pour et le contre, et, leur trouvant le mème poids, en bon persan qu'il était, il s’en rapporta à Dieu. Il décida donc que le lendemain il se rendrait chez le Bab, qu'il frapperait doucement à la porte. Si contre l'ordinaire c'était le Bab lui- même qui venait lui ouvrir, et si, contrairement aux usages régnant en Perse, celui-ci le prenait par la main pour le faire entrer et le conduisait ainsi jusqu'au salon de réception, c'est que le Bab était réellement le Prophète de Dieu : si les choses ne se passaient pas ainsi qu'il les avait fixées dans son imagination, c’est que Seyyed Ali Mohammed n'était qu’un charlatan. C'était donc à Dieu à régler les choses de façon à ne pas laisser un personnage aussi considérable que Seyyed ŸYahya dans l’indécision.

Le lendemain donc, ilse rendit à la demeure de l'apôtre, frappa et ne put retenir un tressaillement de surprise quand, la porte ouverte, il se trouva face à face avec le Bab qui s'était rendu lui-même à s0n appel. Ce dernier lui prit la main, le conduisit au salon et ne le lâcha que quand il l’eut fait asseoir.

Seyyed Yahya se prosterna et reconnut le Prophète, dont il se déclara l’esclave.

Son maitre lui donna l'ordre d'aller prêcher à Bouroudjird, puis à Téhéran et à Yezd, après quoi il devait revenir à Chiraz.

Il obéit et se rendit à Bouroudjird où il avisa son père Seyyed Djaafer de ce qui s'était passé : il écrivit le récit de sa conversion à Mohammed Chah auquel il fit parvenir sa missive par l'intermédiaire de Mirza Louft Ali, gentilhomme de la chambre de S. M. Dès lors, libre de toute attache officielle, il remplit le programine qui lui avait été assigné et commença ses prédications. Quelques oulémas le considérèrent comme fou, d’autres -pensèrent qu'il avait été ensorcelé. Nous verrons plus tard qu'il paya de sa viesa conversion(184,.

Cependant les troubles, les discussions passionnées, lescandale continuaient à Chiraz, tantet si bien, qu'importuné de tout ce tapage, anxieux des suites quil pouvait avoir, Hadji Mirça Aghaci donna l’ordre à Housseïn Khan Nizam ed-Dowléh, d'en finir avecle Réformateur et de le faire tuer secrètement.

Nizam ed-Dowlet fit venir le chef de la police pour Sentendre avec lui. On demeura d'accord qu'on ne pouvait songer à un acte public de violence, ce qui serait d'abord désobéir aux ordres de Téhéran et offrait ensuite de grands dangers, vu la qualité de Seyyed du Pérturbateur. Le préfet de police proposa alors de s'adresser aux voleurs et aux assassins avec lesquels sa profession le mettait tous les jours en contact et de leur proposer ce meurtre moyennant finances. Ce pro- Jet fut agréé et l’on décida de réunir un certain nombre: de ces gens qui se précipiteraient tous ensemble, la nuit, dans la maison du Bab pour le tuer. « De cette laçon, dit le gouverneur, nous déplorerons l'accident dont nous ne serons en aucune façon responsables. »

à À tit mr

(184). A l'échautffourée de Neiriz.

Le chef de police réunit sans peine les brigands nécessaircs à l'opération et après leur avoir bien expliqué ce quil attendait d'eux et les mesures de prudence que la situation cxigeait, les laissa libres de prendre les dispositions nécessaires. Ceux-ci fixèrent la date de l'assassinat à une huitaine de jours afin de trouver le moment favorable.

Mais, sur ces entrefaites, le choléra avait éclaté dans la ville ct y fit subitement des progrès si terribles que tous les habitants s’enfuirent et se cispersèrent. Le Gouverneur et le chef de police avaient été les premiers à se mettre à l'abri du fléau en abandonnant leurs administrés.

SeyyedAli Mohammed{185)sortit lui aussi de la ville accompagné de son secrétaire Sevyed Kazem /endjani et prit la route d'Isfahan {Mars 1846). Arrivé à la dernière station avant cette ville, il eut le soin d'écrire au gouverneur, le Géorgien Manoutcheher Khan Meu temed ed Dowlèh pour le prévenir de son arrivée et lui demander de lui fixer une résidence.

Ce gouverneur était un homme intelligent et libéral, peut-être aussi était-1l curieux de voir celui dont toute la Perse s'entretenait; il répondit au Bab en lui accu sant réception de sa lettre et lui recommandant de se rendre dans la maison de Mir Seyyed Mohammed. I] prévinten même temps ce dernier d'accueillir l'hôte qu il lui donnait.

Le prophète obéit et se rendit directement dans la maison qui lui était assignée.

Un jour, sur la demande de son hôte, il écrivit comme jadis en présence de Seyyed Yahya, un commentaire sur la sourate Asr, la 103e du Qoran. Meutemed ed-Dowlëh en fut informé et vint Iui-mème voir

(185). Tous les auteurs musulmans sont d'accord pour affirmer que c'est Ménoutcher Khan, le gouverneur d'Isfahan qui l'envoya chercher.

le Bab avec lequel 1l causa des divers points dela religion et notamment du Noubouwet Khassé. Le gouverneur d fsfahan fut très surpris de la supériorité de son interlocuteur et donna l'ordre d'ouvrir un conseil d'oulémas qui fussent chargés d'examiner le Réformateur : 11 voulait qu on écrivit le procès verbal de cette séance afin d'envoyer cette pièce à S. M. Mais les oulëmas déclinèrent cette invitation en faisant remar quer qu'une discussion sur pareille matière était contraire à la religion. « En effet, disaient-ils, si nous » pouvions penser un instant que Seyyed Ali Moham- » med peut avoir raison dans ses affirmations nous ) pourrions réunir un conseil pour examiner un point » douteux; mais, comme 1l est de toute évidence que » les prétentions de notre adversaire sont en contra- » diction flagrante avec le Qoran et les ordres de Dieu, ) nous n'avons aucunement besoin de nous réunir ) pour faire justice d un imposteur qui ne mérite que ) Ja mort. »

Ils insistèrent sur ce point et déclarèrent au gouverneur que le Bab étant un impie, 1l devait ou le chasser de la ville ou le faire exécuter.

Meu’téméd ed-Dowlèli fit remarquer que c'était là affaire religieuse qui n’était pas de sa compétence. { Vous n'avez qu'à discuter vous-mêmes avec lui: si C'est un imposteur, prouvez-le; si au contraire ce qu'il dit est vrai, croyez en lui. » Mais le clergé refusa de nouveau.

Les historiens musulmans prétendent qu'alors À Mohammed Mehdi{186), théologien, Mirza Mohammed Hassan Nouri(187)}, philosophe, et Mirza Seyyed Mohammed consentirent à tenter l'aventure. On fixa une

séance de nuit sous la présidence de Meu’temed ed- Dowlèn.

(185). Fils de Hadji Mohammed Kelbacy.

(187). Fils de Mollah Ali Nouri.

Un procès-verbal, ou du moins un récit de cette séance nous à été conservé par le Nacikh et Tévarikh, et M. Brown l'a recueilli dans un de ses ouvrages.

Je ferai remarquer que la tradition babie nie absolument l'authenticité de cette séance : elle affirme que le clergé persista à refuser toute entrevue officielle avec le Bab. D'autre part, les questions qui ont été posées au Réformateur frisent l’absurdité. Il est étrange que mis en face d un homme qui se prétend, dit-on, l’imam ez zéman, un théologien comme Mohammed Medhi songe à lui demander : « Les hommes » qui sont ornés de la Foi en Mohammed sont enfer- » més dans les deux voies suivantes : ou ils tirent » leurs croyancee des hadis mêmes auxquels ils con- » forment leurs actes, et ce sont là les Moujteheds, ou » bien ils suivent les préceptes d'un chef religieux el « ce sont les Mougallèds : au nombre desquels faut-il » te compter ? »

Et le Bab aurait répondu : « Je n'ai besoin des avis de personne pour régler mes actions, mais j'estime mauvais qu un homme n agisse queen s appuyant Sur ses seuls raisonnements. » | |

« Soit, aurait expliqué Mohammed Medhi, mais il » sais que la Porte de la science divine est fermée (188) » et que la preuve de Dieu est cachée. Dès lors, sans » avoir vu l’imam Medhi, sans avoir entendu ses » explications, comment peux-tu agir avec certitude? » Dis-moi quelle est la source de cette certitude ? »

Question à coup sûr bizarre et qui mérite largement ce dédain du Bab : «Tu n’es qu’un enfant dont la » science est empruntée à d'autres. Comment peux- » tu m interroger et discuter avec moi de choses que » tu ignores (189), lui répondit-il. »

(188). Mohammed Mehdi n’a pas l'air de se douter un instant queson interlocuteur se prétend précisément cette (Bab) porte. (189). En tout état de cause, la réponse du Bab est bien dans

C'est alors que Mohammed s'étant tu, Mirza Mohammed Hassan, qui suivait la doctrine philosophique de Molla Sadra, interrogea le Bab pour l'inciter à expliquer trois miracles qu'il suffira d'énoncer pour édifier le lecteur.

Le premier est le Teï oul Arz, ou si l’on préfère le transport immédiat d'un personnage quelconque d'un endroit du monde à un autre endroit fort éloigné : les chiites sont convaincus que le troisième imam, Djevad, avait adopté cette façon facile et économique de voyager : par exemple il se transporta en un clin d œil de Médine en Arabie, à Tous dans le Khoracçan.

Le second miracle est la présence multiple et simultanée d'un même personnage à beaucoup d'endroits différents. Ali, entr'autres, était à la même minute, l'hôte de soixante personnes différentes.

Enfin le troisième est un problème de cosmographie que je soumets à nos astronomes qui en apprécieront

la note de sa doctrine. En effet, la porte de la science âivine a été fermée lors de la disparition du 18° imam; cependant Certaines parties du Livre de Dieu sont restées obscures et tous les cas n'ont pas été prévus par l’apôtre et ses douze successeurs. Il faut donc rechercher, soit l'explication des pas- Sages obscurs, soit la règle de conduite à tenir dans les cas non prévus. Les hommes, privés désormais des dumières divines, ne peuvent dès lors, trouver la solution que par le rai- Sonnement. Ce raisonnementse base sur la connaissance complète des hadis, sur leur interprétation exacte, et sur l'analogie qu'on peut trouver entre tel cas nouveau et telle parole du Prophète ou des imamms. La solution — forcément incertaine — ainsi trouvée prend force de loi: c'est là la doctrine des Moujtehedins, c'est-à-dire la doctrine officielle de la Perse. Le Bab s'élève contre cette prétention : 1° parce que celui qui décide ainsi peut le faire, sans connaître tous les hadis ; 2 il peut Se tromper sur leur interprétation; 3° il peut trouver une analogie là où il n’y en a pas trace; 4° il peut accepter comme Vrai un hadis dont l'authenticité est discutable ou illusoire. Enfin, en ces matières le raisonnement de l’homme n’est qu'un raisonnement humain, c'est-à-dire défectueux.

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certainement la saveur. Il est dit dans les hadis que durant le règne d'un tyran, le ciel tourne rapidement, tandis que pendant celui d'un imam il tourne lentement. D'abord, comment le ciel peut-il avoir deux mouvements ; et ensulte que faisait-1l durant le règne des Ommeyades et des Abbassides (190).

Ce serait la solution de ces insanités qu'on aurait proposée au Bab. Je ne my arrêterai pas plus longtemps mais je crois devoir faire remarquer Ici la mentalité des savants musulmans de la Perse. Ki si l'on veut bien réfléchir que depuis environ un millier d'années la science de l'Iran ne repose que sur de pareilles billevesées, que les hommes s'épuisent en recherches continues sur de pareilles matières, on comprendra facilement le vide et l’arrogance de toutes ces cervelles.

Quoi qu'il en soit la réunion aurait été interrompue par l'annonce du diner auquel chacun prit part pour rentrer ensuite chez sol.

Cependant Meu temed ed Dowlèh crut devoir annoncer à ses convives qu'il savait désormais ce quil voulait, qu'on ne l'avait nullement convaincu de l’imposture du Réformateur et qu'au surplus pour éviter toute Contestation et avoir l'âme en paix, il allait immédiatement l'envoyer sous escorte à Léhéran.

La tradition rapporte qu'à peine délivré de ses convives Meu’temed Dowlèh se rapprocha du Bab et lui dit: «Je crois en toi parce que tu es la vérité; ce que J'ai fait, jai été obligé de le faire pour te tirer des griffes des oulémas. Dispose de moi comme tu le desireras. Je suis riche et puissant, j'ai un nombre consi-

(190). En effet, ceux-ci étaient des usurpateurs qui régnaient en apparence, pendant qu'en réalité la souveraineté appartenait aux imams qui vivaient à cette époque.

dérable de clients : si tu le veux, j’armerai mon monde et je tuerai tous ceux qui s’opposeront à toi(191). »

Le Bab déclina ces offres et répondit que son œuvre devait s’accomplir par la force de la persuasion et non par celle des armes.

Le lendemain, c'est-à-dire 40 jours après l'arrivée du Bab dans la maison de l’imam Djoum'èh, Mir Seyyed Mohammed, Meu’temed ed Dowlèh réunit quelques cavaliers, donna une monture au prophète et ordonna à tout ce monde de sortir de la ville en passant par les rues les plus peuplées et les bazars les plus fréquentés, puis de prendre ostensiblement le chémin de Téhéran.

La foule put voir le cortège, le suivre à travers les rues jusqu à la porte qui donne sur la route de la Capitale et l'accompagner de ses vœux ou de ses malédictions. Les oulémas furent informés de ce qui se. passait, et, dans leur triomphe comblérent de louanges le gouverneur qui les débarrassait enfin d'un. hôte sacrilège et dangereux.

Mais Meu temed ed Dowlèh envoya secrètement un de ses confidents à la tête de quelques cavaliers dont il était sûr avec ordre de rejoindre les voyageurs. Il lui remit une lettte pour le chef de l'escorte dans laquelle il faisait connaître à ce dernier qu'il eût à remettre le prisonnier entre les mains du nouvel cnvoyé. Celui-ci eu effet, devait prendre possession de la. personne du Bab, le ramener dans le plus grand mystère à Isfahan où il le ferait rentrer de nuit.

Le confident partit, rejoignit le Bab à Mourtchè- Khar, remit au chef de l’escorte la lettre dont il était. porteur, et prenant le Bab, le conduisit par des Chemins détournés jusqu'à la ville qu'il venait de Quitter. [l attendit la nuit pour y pénétrer et, à travers

(191}. Cette conversion de Meu’temed ed Dowlèh est affirmée. par l’auteur des Moutanabivns, et par Bab lui-même.

les rues désertes, le conduisit dans ur des palais qui appartenalent au Gouvernement. |

Le secret fut admirablement gardé et personne ne soupçonna la ruse. Le Bab vécut ainsi un peu plus de quatre mois dans la plus complète tranquillité recevant fréquemment la visite du gouverneur qu'il instruisit dans la nouvelle religion. Malheureusement Meu’temed ed Dowléh vint à mourir (192).

Mirza Gourguin Khan son neveu et son seul héritier(193) vint à Isfahan recueillir l'héritage. Il apprit avec surprise quel hôte son oncle avait caché dans une de ses demeures et fort embarrassé, ne sachant que faire, 1l en référa à Hadji Mirza Aghaci.

Celui-ci, fantasque et capricieux, oubliant quil avait peu de temps auparavant ordonné le meurtre du réformateur, sentit naître en lui le désir de voir enfin l'homme qui faisait tant parler de lui : il donna donc l'ordre à Gourguin Khan de le lui envoyer à Téhéran.

Celui-ci obéit et envoya le Bab sous escorte, et sans lui laisser le temps de faire ses adieux à sa femme sur la route de Lléhéran. À peine furent-ils arrivés à la dernière station avant cette ville, c'est-à-dire Qénaré Guird, que l'humeur versatile de Hadji Mirza Aghaci changea une fois encore. [Il envoya un cavalier pour faire dire au Bab d'aller attendre de nouveaux ordres

à Qoleïn, village situé un peu en dehors. de la grande

route. Ce fut là que le Prophète vit pour la première fois Mirza Housseïn Ali Nouri qui devait lui succéder quelques années après sous le nom de Béha.

Hadÿi Mirza Aghaci était assez embarrassé de ce

(198). Le 4 mars 1847, M. de Bonnière écrit au Ministre des aflaires étrangères de France : « Meu'temed èd Dowleh, gouverneur d'isfahan, vient de mourir, laissant une fortune que l'on évalue à 40.000.000 de francs. »

(193). Nous verrons par une lettre que le Bab écrit de Makou à S. M. persane, qu'il se porte comme héritier de ces biens.

qu il devait faire. Pendant qu’il réfléchissait aux conséquences de la détermination qu il lui fallait prendre, le Bab écrivit à M ;hammed Chah pour lui demander ce qu on avait décidé à son égard. Le Chah eût voulu le faire venir à Téhéran, mais Hadji Mirza Aghaci fif remarquer que ( 5. M. devant quitter la ville pour effectuer un voyage, l’arrivée de Seyyèd Ali Mohammed ne manquerait pas d'exciter la susceptibilité des Mollahs et la curiosité peut-être bienveillante de la population, ce qui obligerait le clergé à demander la mort du malheureux Seyyèd. Il valait bien mieux que S. M. donnât les ordres nécessaires pour que ce pèrsonnage fût envoyé à Makou jusqu'au retour du Chah, époque à laquelle il serait temps d'examiner l'affaire et d'aviser aux mesures à prendre ».

Mohammed Chah s'inclinant devant la sagesse de cet” avis répondit de sa propre main (194): (Comme le camp impérial est sur le point de se mettre en route, votre visite en ce moment ne pourrait avoir que de mau- Vaises conséquences. Allez à Makou, reposez-vous-y quelque temps. J'ai recommandé qu'on vous traite avec respect. Quand je reviendrai de voyage, je vous manderai auprès de moi(195}). »

Une anecdote montre à quels sentiments obéissait le premier ministre quand il détermina en ce sens la volonté du Chah.

Le prince Ferhad Mirza, jeune encore, était l'élève

(194). Le texte de cettelettre m'a été communiqué parles babis.

(195). L'auteur de Moutanabyin ajoute ces paroles : « En conséquence le Bab fut emprisonné. Après quelque temps, Nassr ed dine Mirza alors Véliahd fut nommégouverneur de l'Azerbaïdjan. »Or ce prince quitta Téhéran pour aller rejoindre son Gouvernement le 23 janvier 1843 pour, son père élant mort le 4 septembre, en revenir le 18 de la même année en qualité de Chah. Les événements qui suivent sont donc con- Toi entre ces deux dates extrêmes, 83 février et 4 septembre

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de f[adji Mirza Aghaci. II à raconté par la suite: « Quand S. M. eut pris l'avis de son premier ministre et eut écrit au Bab de se rendre à Makou. nous allâmes avec Hadji Mirza Aghaci passer quelques jours dans le parc qu'il avait lui-même fait planter à Yaft Abad, aux environs de Téhéran. J'étais fort désireux d'interroger mon maître sur les événements qui se précipifaient, mais je nosais le faire devant le monde. Un jour que je me promenais avec lui dans le jardinet qu’il se montrait de bonne humeur, je m’enhardis jusqu'à lui demander : « Hadji, pourquoi avez-vous envoyé le Bab à Makou ? » Il me répondit: « Tu.es jeune encore et tu ne peux comprendre certaines choses, mais sache que s’il était venu à Téhéran, nous ne serions pas en Ce moment, toi et moi, à nous promener libres de tous soucis sous ces frais ombrages. )

Mohammed Bek, courrier, prit le commandement de l’escorte qui conduisit Seyyéd Ali Mohammed à sa nouvelle résidence.

Les Babis commentent très diversement le voyage. Les uns prétendent que le Bab aurait dit à Mohammed Bek qu'il se faisait fort de guérir la maladie du Chah. Cette offre ne fut pas rapportée au Souverain parce que le premier ministre s y opposa, craignant peutêtre un piège. Mais d'autres Babis nient absolument cefait.

Quoi qu'il en soit, le Bab, en cours de route, écrivit au Hadji Mirza Aghaci : « Vous m avez mandé d'Isfahan à Téhéran pour y discuter avec les Mollas : comment se fait-1l que vous ayez changé d'avis et me fas-

siez diriger sur Tébriz et Makou ? »

Il arriva ainsi à Tauris où il demeura 40 jours au milieu de la vive hostilité des Mollas. Là, comme à Chiraz, comme à Isfahan, on convoqua une assemblée des plus éminents docteurs de l'Islam sous la présidence de Nassr ed dine Mirza. alors Prince héritier et Gouverneur de la province. Nizam-el-Ouléma, Molla

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