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«€ D'où donc avez-vous compris que le Qoran est le témoin de Dieu ? Ce que vous dites au sujet du Livre sacré, vous devez le redire ici. »
Emir Arslan Khan dit alors en riant, ( moi aussi je puis faire des versets » etil se mit à divaguer.
Le Veliahd, entrant à son tour dans l’arène lui dit, en lui jetant une balle qu'il tenait à la main: « Connais-tu l'astronomie, explique-nous les qualités de cette boule. »
— Je ne connais pas l’astronomie.
Quelqu'un demanda : « Que crois-tu au sujet de la prière, quand on doute si l’on en a dit deux ou trois? »
Le Bab répondit. |
Alors quelqu'un lui demanda : ( Qala, quelle forme est-ce du verbe arabe ? »
Le Bab comprenant la dérision de ses adversaires se leva et sortit de l’assemblée (198).
Ces maudits décidèrent qu’il fallaitle bâtonner. Le Veliahd ordonna l'exécution de la sentence à ses ferraches, mais ceux-ci refusèrent alléguant qu'ils craignalent pour leur salut éternel dans le cas où ils se permettraient un pareil oubli du respect dû à un des- Géndant de Mohammed. Cheikh oul Islam intervint alors, et ordonna à un Seyyéd de le bâtonner et ce & bâtard » obéit.
Ceci fait, on l’'euvoya à Makou.
Partout où il avait passé, en dépit ou peut-être à Cause de la colëre et de la haine des Mollas il avait lait de nombreux prosélytes. Le terrain avait d'ailleurs été admirablement préparé par ses missionnaires, et l'on pouvait suivre dans les consciences les traces lumineuses de son passage.
C'est ainsi qu'il convertit Ali Khan, gouverneur de >
(198). Tout ceci est raconté d'après les auteurs musulmans : é n6 Crois pas une seconde que le Bab ait pu avoir une
atitude ridicule dans une quelconque de ces assemblées.
la forteresse de Makou où il était emprisonné : voici comment la tradition rapporte l’histoire de cette conversion.
Al Khan Makouï avait, comme tout le monde entendu parler du Réformateur. Comme tousles Persans curieux de questions religieuses, il chercha à s'informer, reçut quelques renseignements et dut recounaître qu au moins en tonnant contre les abus, le vice régnant et la pourriture du siècle le Bab avait souverainement raison. Ce qu'il apprit de ses doctrines l'embarrassa fort : le Réformateur pouvait dire vrai, mais Sur un terrain aussi mouvant la vérité côtoie de si près le mensonge, il suffit de si peu de chose pour égarer un homme: le moindre sentier de traverse peut vous conduire à | abîme et le Qoran prévient les fidèles que Satan est habile et qu'il sait donner au faux les apparences de la Vérité.
Il en était là de ses réflexions quant on lui remitle pli officiel lui annonçant qu'il allait devenir le geôlier du Bab. Dés lors il ne connut plus de repos: sa conscience S inquiétait de la tâche qu'on lui imposait. Si le Bab était un vrai prophète ! Mais d'autre part s’il désobéissait aux ordres qu il recevait ? et si l’ilustre captif n'était qu'un vulgaire charlatan ? Il ne pouvait sortir de ce dilemme et voyait tantôtla damnation éternelle qui l'attendait, tantôt plus menaçante encore la colère du gouvernement. Enfin convaincu qu'il aurait beau réfléchir et retourner le problème en tous sens, il ne viendrait pas à bout de la solution il fit comme font tous ses concitoyens dans un cas embarrassant, il s en remit à Dieu du soin de l'éclairer. 11 tenterait une épreuve sur le Bab quand celui-ci arriverait et c'était à Dieu à la faire tourner à la gloire ou à la confusion de celui qui se prétendait envoyé par lui-
. La forteresse de Makou est perchée au sommet d'une montagne d'accès très pénible, et le village du mére nom se trouve au pied de la montagne.
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Quand le Bab arriva avec son escorte, la première chose qu'il demanda, après les saluts d'usage, fut la permission de se rendre aux bains. 11] voulait aïnsi se délasser des fatigues du voyage et accomplissait en outre une des obligations de sa doctrine. Il fait en effet de la propreté du corps et des vêtements une des vertus essentielles du vrai croyant.
Ali Khan déféra à son désir et l'envoya dans le vil- {age au bas de la montagne. Cette circonstance lui 1inspira la pensée de tenter l'épreuve décisive qui devait
définitivement le fixer sur la valeur du personnage
qui était confié à sa garde. Il possédait dans ses écuries un jeune cheval, vicieux, rétif, ombrageux à souhait. Jamais personne n'avait pu le monter et il supportait impatiemment la présence même de l'homme chargé de le nourrir.
Ali Khan résolut d'envoyer cette monture au Bab. Aïnsi, se disait-il, si mon prisonnier arrive à se tenir en selle, ce que jamais personne n'a pu faire, c est que Dieu aura voulu me montrer parce signe qu'il est bien ce qu'il dit être. Si au contraire comine cela est certain le cheval désarçonne et tue son cavalier c est que ce dernier n’est qu’un faux prophète, et j aurai ainsi débarrassé la Perse etle Gouvernement d'un charlatan dangereux en même temps que je serai délivré d’un hôte coûteux et génant. »
On eut toutes les peines du monde à seller l'animal. Plusieurs palefreniers furent obligés de s'en mêler, et quelques-uns reçurent force ruades, tant la bête était rétive. Enfin on parvint à l'amener jusqu'à la porte du bain. Ali Khan monta sur le mur de la forteresse pour observer ce qui allait se passer. Les villageois voyant ce cheval, célèbre aux alentours, sellé et tenu à grand peine par plusieurs hommes comprirent le dessein du Gouverneur et se réunirent sur la place pour assister aux événements qui nemanqueraient pas de se produire dans l’un ou dans 1 autre sens.
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Quand le Bab sortit du bain le chef des domestiques lui dit que le Gouverneur pour lui éviter de gravir à pied le pénible sentier lui avait envoyé son propre cheval en même temps qu'ilavait commandé plusieurs palefreniers pour lui faire honneur.
Le Bab s’approcha du cheval qui s arrêta frémissant, le flatta de la main et de la parole et la bête soumise se laissa monter docilement. On dit même que la contrainte qu elle exerça ainsi sur elle-même fut si forte qu'une sueur abondante coula de tous ses membres. Le Prophète pria ceux qui tenaient le cheval de lâcher les brides, - et tout doucement sans accident se mit à gravir la pente.
Les villageois témoins du prodige se précipitèrent dans le bain et recueillirent l'eau du bassin : ceux qui vinrent trop tard prirent des serviettes avec lesquélles ils essuyèrent ce qui restait encore d humidité , ce soni autant de reliques.
Ali Khan(199) se rendit au devant du Bab se prosterna devant lui et fit profession de foi entre ses mains.
Le Bab consentit donc à rester à Makou où il vécu pendant neuf mois dans une liberté relative, recevani ceux quile venaient voir, recevant et expédiant une nombreuse correspondance, écrivant beaucoup.
(199). Mirza Djani ne parle pas de cette conversion dont je dois l'historique à la tradition orale,