‹ Seyyèd Ali Mohammed, dit le BâbChapitre 38 sur 56 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

MoLLA HOUSSEIN BOUCHROUYÉHI LE BAB-EL-BAB

Nous avons vu que le premier croyant à Seyyèd Ali Mohammed fut un personnage nommé Molla Housseïn Bouchrouyéhi.

Il était, ainsi que son nom l'indique né à Bouchrouyéh, village entre Serd] et Rabat Chour, d'une famille qui s'était illustrée dans la cléricature. Son père lui fit faire de bonnes et fortes études, et bientôt le jeune homme, en sachant autant que ses professeurs se rendit à Nedijef et Kerbéla, où il suivit les cours de Seyyèd Kazem Rechti, l'homme peut-être le plus célèbre de cette époque.

I] partagea avec passion ses doctrines et devenait en même temps que Cheïkhi convaincu, le meilleur et le plus aimé des disciples de son maître. [l se montrait plein d'ardeur, de zèle et d'attention et devait bientôt prouver que son courage était à la hauteur de son dévouement.

En effet, les prédications de Seyyèd Kazem Recht: avalent profondément remué les consciences musulmanes. Sa science incontestée, son éloquence, la clarté de son jugement et de ses explications avaient propagé d'une façon inattendue les opinions de Cheikh Ahmed Ahçahi. Le clergé officiel s'épouvantait de voir se développer des nouveautés aussi dangereuses que celles de la non résurrection des corps et de la non existence matérielle du corps de Mohammed dans son ascension

miraculeuse au ciel. La pureté légale et rituelle des chrétiens, possesseurs des évangiles, proclamée par Cheikh Ahmed, mettait le comble à leur fureur. Ils se sentaient menacés dans leurs doctrines, ce qui est peu, mais aussi dans leur influence et dans leurs intérêts, ce qui était autrement grave. Ils voulurent donc employer le seul moyen dont ils pouvaient disposer et qui, jusqu'alors s était montré efficace: déclarer Seyyëd Kazem Rechti et tous les cheikhis convaincus d'impiété et d'apostasie et les condamner à mort.

Le danger était pressant: déjà la sentence d'excommunion et de mort se couvrait de signatures: tous les oulémas, tous les imans-Djoum èh, tous les Moujtéheds l'avaient raäfiée de leurs sceaux et de leurs malédictions. I] ne restait qu'à obtenir l'approbation, d’ailleurs certaine, du plus grand d’entre eux, je veux dire Seyyèd Mohammed Bagher Ghilani, surnommé Houdjèt oul Islam.

Ce triste sire exerçait son métier à Isfahan. Il étaii d’un orgueil, d’une vanité, d'une prétention, d'une insolence et d'une cruauté extrêmes. Sa seule excuse — en admettant que la folie ait besoin d'excuse — était sa conviction qu'il était suscité par Dieu pour châtier les crimes de la terre. La camisole de force lui eüi peut-être rendu la raison, mais par malheur la Perse était depuis longtemps ,façonnée à de pareilles tyrannies : aussi, non content d y vivre, y prit-il la place prépondérante. Fier de ce qu'il appelait sa science, hélas ! fier surtout du respect qu'on lui témoignait, du fanatisme qui l'environnait, il s'était fait le justicier de Dieu! Les pauvres diables que l’on surprenait l'ha- Jeine fleurant le vin, les pauvres filles accusées de faire métier de leurs corps étaient amenés tremblants en Sa présence, et la Bête les tuait de sa propre main: Ces exécutions rapides et hasardeuses avaient semé la terreur dans les âmes, et par un phénomène fréquent, plus on tremblait autour de lui, plus on lui prodiguait

les marques du respect. Quand ce monstre mourut, sorgé de sang humain, on attacha son sabre dans la mosquée. Aujourd hui il opère des miracles ! et le meilleur moyen de se guérir de toutes les maladies est de faire couler de l'eau le long de la laine, de la recueillir à sa sortie par la pointe de l’arme et de la boire. Cet individu auquel il semble impossible de donner le nom d'homme eut un jour l'outrecuidance de reprocher à Mohammed Chah les dépenses que ce roi et son ministre faisaient pour l'achat de fusils et de canons : ({ Qu'avez-vous besoin de tout cela, lui dit-il, quand vous serez en lutte avec un de vos voisins, prévenez-moi. Je donnerai l’ordre à un gouvernement quelconque de vous expédier les armes dont vous aurez besoin et il obéira. »

C'était là le personnage qui tenait entre ses mains le sort de tous les chéiklnis. |

Mollah Housseïn Bouchrouyéhi, dès qu'il apprit que le décret fatal allait étre soumis à la signature de

ce Houdjétoul Islam, n'hésita pas un instant. [1 se mit

en route pour Isfahan, où il arriva juste à temps. I] réclama la constitution d'une sorte de tribunal des docteurs de l'Islam, arguant qu'on ne peut condamner une doctrine sans la connaître, ni un homme sans qu'on eût entendu sa défense. [Il se jetait ainsi tête baissée dans la mêlée, ne se ménageant aucun moyen de retraite décidé à vaincre ou à mourir pour son vieux maitre.

Le tribunal se réunit: Bouchrouyéhi pria sesadversaires de lui présenter un à un leurs arguments; ce qu ils consentirent à faire. [l les réfuta les uns après les autres et, cette joute terminée, il entama un long

discours pour démontrer que l'enseignement chéïkhii

n'était qu'une interprétation nouvelle du texte sacré et que cette interprétation n était en aucune façon destructive du Qoran ni dela religion musulmane. Certes, Ou pouvait ne pas l'admettre. mais, Comme elle était

conforme au sens apparent ou intime de tels hadis ou de tel verset, on ne pouvait la condamner comme impie. [l fut si fougueux et si éloquent, si emporté et si sincère, 1l sut si habilement démontrer qu'en acceptant les idées nouvelles il était resté un bon et fidèle musulman, qu'il finit par convaincre une partie de l'auditoire et particulièrement l'homme redoutable de qui tout dépendait. |

Il obtint donc les suffrages de ses pairs : on le félicita, on le complimenta de la science et du réel talent qu'il avait montrés et Seyyed Mohammed Bagher Ghilani déchira de sa propre maïn la sentence qu'on avait voulu lui faire signer.

Cette aventure ft la réputation de Molla Housseïn, mais lui, dédaigneux des honneurs et de la richesse retourna à Kerbéla où 1l vécut paisible et tranquille jusqu'au moment où, Seyyèd Kazem étant mort, il se mit à parcourir le monde à la recherche du successeur de son maitre.

Il le trouva en la personne de Seyyèd Ali Mohammed, notre héros. L'histoire de sa conversion est assez obscure, mais toujours est-il qu'il crut, — par la veriu du A’hçan el Qessas, semble-t-il, — et que cette cou quête parut des plus précieuses au Bab. Il accompagna son nouveau maître pendant son pèlerinage et fut chargé par lui, dès le retour à Bouchir, d'aller évanœéliser fsfahan et Téhéran, « Va dans ces deux villes, lui fut-il dit, annonce aux hommes que Dieu m'a manifesté et convertis-les. Où que tu ailles tu recevras de moi des ordres qui t’éclaireront sur ce que tu auras à faire. Pars, et que Dieu soit avec toi. »

Le nouvel apôtre se mit en route et se rencontra à Isfahan avec Akhound Mollah Sadèq Mouqgaddés Khoraçani, plus tard connu sous le nom de Asdaq,.

Mollah Sadeq Mouqaddés avait quitté son pays poussé par le désir d'aller à Chiraz se rendre compte de ce qui se passait dans cette ville. Arrivé à Isfahan,

les oulémas et la population considérant sa présence parmi eux Comme une bénédiction de Dieu, l'avaient retenu plus longtemps qu'il ne le désirait. Entouré d'estime et d affection, il ne savait comment se dégager des liens multiples qui le retenaient, quand il reçut la visite du Bouchrouyéhi.Celui-ci s’'empressa de lui dire: « Celui dont nous attendions la manifestation est apparu et 1l est actuellement à Chiraz. Je l’ai vu, j'a fait profession de foi entre ses mains etil a fait de moi un missionnaire. Je vais prêcher sa doctrine et convertir à lui les populations. » Puis il lui expliqua longuement ce quil avait vu et compris et termina en disant : («D'ailleurs va là-bas toi-même, vois par tes yeux, écoute et tu seras CONnvaincu. }

Mouqaddès n'hésita plus et partit.

Le séjour de Bouchrouyéhi à ITsfahan fut un romphe pour le Bab. Les conversions qu'il opéra lurent nombreuses et brillantes, mais lui attirèrent, — juste retour des choses d’ici-bas, — la haine féroce du clergé officiel, — devant laquelle il dut s'incliner et quitter la ville.

Eu effet, la conversion de Molla Mohammed Taghi Herati, jurisconsulte de premier ordre, mit le Comble à leur fureur, d'autant que ce dernier plein de zèle montait chaque jour au mimber d'où il parlait aux hommes sans détours de la grandeur du Bab auquel il attribuait le rang de Naiïiëéb Kkhass du lee imam (200).

Je crois devoir faire remarquer ici que les prédi- Caleurs babis de la première heure ne révélaient à leurs auditeurs qu'une infinie partie de la nouvelle doctrine. [ls se trouvaient en effet au milieu d'une Population attendant la venue du Mehdi. Les textes

ep

(400). J'extrais ceci d’un ouvrage béhahi, c'est-à-dire d'un auteur déterminé à assigner au Bab le simple rang de Précurseur de Béha,.

sacrés étaient clairs et promettaient le Sauveur, pour le moment où la terre serait pleine d'iniquitès ct d'injustices. Or, le spectacle de chaque jour, les abus criants, l'oppression, la violence, la tyrannie dont iks étaient les témoins en même temps que les victimes pouvaient leur faire croire que la mesure était comble et que le terme fatidique était proche. Le Mendi devait venir et rétablir le Qoran dans sa pureté primitive, puis le sabre à la main conquérir et convertir à la Foi de Mohammed tous les peuples vivant sur la surface du globe. Dès lors, en sa qualite d Isman il expliquerait ce qui était obscur et caché, et la terre deviendrait ainsi pleine de justice et d'équité. Naturellement ceux qui l’aideraient dans sa tache recevraient une récompense proportionnée à leurs efforts et à leurs sacrifices.

C’est ce rôle que les Prédicateurs babi assignaient au Bab, c'est lui qu'ils représentaient comme le Mehdi, comme l'Imam Qaëm, comme le Sahab-ez- Zéman. De là, l'empressement de la foule à saluer et a acclamer le nouveau Messie.

Si d'une part on ne pouvait détromper d'un seul coup la foule au sujet du rôle que depuis des centaines d'années elle attribuait à celui qui devait être le Medhi,il va sans dire que de l’autre on présentait la chose sous son vrai jour aux esprits cultivés.

‘Dans sa route, Moilah Housseïn, toujours porteur du ziaret naméh que le Babavait écrit pour Ali, et du commentaire de la sourate de Joseph, passa pal Cachan où, il convertit Mirza Djani, négociant et futur historien de la Révélation.

Il échoua cependant dans cette même ville de Cachan auprès d'un Moujtehèd, Hadji Molla Monammed, fils de Hadji Molla Ahmed Nèé’raqi. Et effet ce personnage lui aurait montré les fautes @e grammaire qui auraient émaillé le texte du Ziarei Name et du commentaire de Joseph.

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