Archives diplomatiques, 20 juillet
+08. Archives diplomatiques, 10 août 47.
Riza. Je ne m'appesantirai pas sur les centaines de miracles que le saint Tombeau a opérés jadis et continue à opérer chaque jour ; qu'il suffise de savoir que chaque année des milliers de pélerins se rendent à cette tombe et qu'ils ne s’en retournent chez eux qu'après avoir été soulagés de leurs derniers centimes parles habiles exploiteurs de cette productive industrie. Le fleuve d’or coule sans interruption entre les mains des heureux fonctionnaires. Mais ceux-ci ont naturellement besoin d'une infinité de comparses pour enserrer dans leurs filets leurs innombrables dupes. C'est certes là, l'administration la inieux organisée de la Perse entière. Il s'ensuit que si une moitié de la ville vit de la mosquée, l’autre moitié, elle aussi, est intéressée à l'affluence des visiteurs: je veux parler des négociants, des restaurateurs, des hôteliers et même des filles qui y trouvent autant de maris, à l'heure ou à la journée, qu'elles en peuvent désirer. |
Tous ces gens devaient naturellements'unir contre le missionnaire dontilsignoraientla doctrine mais quileur semblait néanmoins menacer leur industrie. Tonner contre les abus était fort bien dans toute autre ville, mais n'était guère de mise là où tout le monde, petits et grands, ne viyait que de ces abus mêmes. Que l'imam Medhi parût, c'était évidemment son droit, mais c'était bien ennuyeux. Certes, c'était très beau de courir le monde avec lui et d'en opérer la conquête, mais c'était bien fatigant et bien hasardeux, puis, on y pouvait recevoir de mauvais coups. Tandis qu'actuellement on était bien tranquille, dans une bonne ville où lon Sagnait de l'argent sans risques et sans péril.
C'était à ces difficultés qu'allait se heurter le mis- Sionnaire babi.
Néanmoins celui-ci se mit en route et les débuts de son Voyage semblèrent heureux. A Nichapour, en effet, il convertit deux des principaux oulémas : Molla Ali Asker et Molla Abd el-Khaled Yezdi.
Arrivé à Meched il s'installa daus une maison de l'avenue connue sous le nom de Bala Khiaban et recommença ses prédications. Molla Abd el Khaled Yezdi monta sur le mimber de la mosquée cathédrale de Méchhed et proclama la mission du Bab pendant que Molla Ali Asker en faisait autant à Nichapour. Le clergé supporta mal la nouvelle de ce sacrilège et s’en plaignit très vivement au prince ilamzé Mirza, Jui demandant la punition des coupables. Or Iamzé Mirza qui avait quitté Téhéran au mois de Ramazan de l’an 1262 {mai 1847) était à ce moment là à Tchéman Radegan (28 juin 1848. C'est là que lui par vinrent et la plainte des mollas et le rapport que lui écrivait Sam Khan, sujet russe au service de la Perse, sur les événements qui s'étaient succédé à Mechhed durant son absence.
Le prince fit venir auprès de lui Molla Housseïn Bouchrouyéhi-etle fit emprisonner dès son arrivée au camp: en même temps il manda à ses hommes de poursuivre et de punir ceux qui continueraient à 5€ dire babi et qui ne consentiraient pas à maudire le nouveau prophète. Molla Ali Asker, en vertu de ces ordres, fut amené de Nichapour à Mechhed et, conduit au mimber de la principale mosquée, il se häfa de lancer les malédictions célestes sur le réformateur; Molla Abd el Khaleq, au contraire ne voulut:pas 5e soumettre, et prétendit continuer ses prédications Jusqu à ce que les autres Moujtéheds consentissent à établir une sorte de tribunal où il aurait le droit d'exprimer ses idées. On lui interdit donc l'entrée de la mosquée, et on l'emprisonna chez lui.
… Ceci dut se passer après l’assassinat de Mohamineü Ali Khan Makouhi par Salar et l'Ilkhani révoltés. comme nous l'avons dit, contre l'autorité royale. En effet, le prince Hamzé Mirza était sorti de Mechhed dans la direction de Bouzendjard pour poursuivre les assassins qui, sans l'attendre, s'enfuirent aussitôt au
milieu des TurkomansAkhal. L'hiver survint et Hamzé Mirza, après avoir mis en fuite l IIkhani qui alla se réfugier à llérat, et poursuivi à plusieurs reprises Salar, qu il faillit atteindre, tomba gravement malade.
Ce fut ce moment que choisit Salar, qui était alors à sarakhs, pour exciter, par l'intermédiaire de son frère, Mirza Mohammed Khan, resté prisonnier à Mechhed, une révolte qui coùta la vie à 70 soldats de l'empire. Et ceci se passait le 23 Ramazan 1263. {Mai 1848).
J'out malade qu'il fût, Hamzé Mirza vint camper devant la ville qui se déclarait contre lui et commença une campagne difficile, car tout Ie Khorassan se levait en faveur de son ennemi. Les vivres commencérent à se faire rares au Camp impérial et nul doute que ce futà ce moment que Mollah Ilousseïn recouvra sa. liberté.
Il rentra dans la ville, probablement au moment où la population faisait, inais en vain, le siège de l’ark resté au pouvoir du gouvernement et défendu par des artilleurs.
En effet, l’auteur du Mirhat oul Bouldan ajoute que la guerre se prolongca plusieurs mois, puis annonce, apres l'accession au trône de Nassr ed dine Chah, le jeudi soir 20 novembre 1848, la nomination comme gouverneur du Khorassan de Soultan Mourad Mirza, Yçan ous Saltanéh, pour le dernier mercrcdi du mois de Sefer 1264, c’est-i-dire environ deux mois et demi apres la cerémonie du sacre.
Toujours est-il que Mollah Housseïn reparut à Mechhed, je pense vers le milieu de juillet 1848, dans le quartier de Baba Qoudret, faubourg de la ville. 11 {ut vite reconnu, et, comme on ne lui accordait pas l'entrée dans Mechhed même, il s'en fut vers Nichapour où il convertit plusieurs personnes. De là il se rendit à Sebzevar où il convertit cntr'autres gens Mirza Taghi Djoveini, ct Avaré Nigar,
De là il se mit en route pour Meïaméi, et croisa en route le village de Yardjemende. À Seyyëd Mohammed qui était le premier de ce village l'invita, lui et ses compagnons, à venir se reposer chez lui. Les domestiques apportèrent tout d’abord le qalian et le café et Mollah Housseïn déclara que le tabac était interdit suivant la nouvelle religion. Ceci fut l’origine d'une discussion qui ne se termina que par le départ des babi, qui, sur leur route rencontrèrent le village de Khankhodi(209). Ils y séjournèrent et plusieurs musulmans se convertirent à eux, entr autres Molla Hassan et Mollah Ali.
Enfin Molla Housseïn sé rendit à à Meiaméï où il amena à sa foi, environ 36 personnes. Cela occasionna dans la ville une révolution à la suite de laquelle le missionnaire babi se rendit à Chaliroud où il descendit dans la maison d'un Moujtéhèd nommé Molla Mohammed Kazem. Comme il cherchait à convertir son hôte, celui-ci furieux des blasphèmes qu'il entendait, Chassa tous les compagnons de la ville. Ils allérent alors à Bestäm où ils apprirent la mort de Mohammed Chah (le 4 septembre 1848). Mais les oulémas de la ville lui interdirent l'entrée, et lui et ses compaenons furent obligés d'aller camper à deux farsakhs de là, dans un village nommé Housseïn Abad, où la <onversion de Molla Ali Housseïn Abadi vint les consoler de ce dernier déboire.
Ce fut alors que Molla Housseïn, avec tout son monde, se dirigea vers Bedecht.
(209). L'auteur du Moutanabiyin appelle ce village Qalèh Khan Khérédi,