‹ Seyyèd Ali Mohammed, dit le BâbChapitre 44 sur 56 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

INSURRECTION DE ZENDIAN

Les événements du Mazanderan excitaient au plus haut point l'attention des Persans et la fureur des Mollas. Ces derniers, poussés par le besoin de se défendre, multipliaient les fetvas, condamnant Îles renésats à mort. À Tauris, dans l'année 1264, Mirza Ahmed Moujténed, pour couper le mal dans sa racine, déclara les chéïkhis infidéles et impurs : 1l considérait, avec beaucoup de raison, selon nous, le babisme comme l'épanouissement de la doctrine de Chéikh Ahmed Ahcçahi et de Seyyèd Kazem Rechti ; mais c'était là, en réalité, augmenter le nombre des ennemis de l'Islam à un moment où il était déjà trop vigoureusement attaqué. Une insurrection faillit sen suivre, voici dans quelles circonstances.

Comme de juste,un objet impur,{lorsqu il est mouillé, communique immédiatement son impureté à ceux qui le touchent, c'est pourquoi il est interdit aux juifs de circuler dans les rues lorsqu'il pleut, et aux chrétiens, en pareil cas, de faire visite, même pour Îles besoins du service, aux musulmans. Or, un chéikhi voulut, un jour, après le prononcé du fetva, prendre un bain. Le propriétaire de l'établissement, peu soucieux de voir ainsi souillér ses bains, interdit à ce client l'entrée de son étuve. Une querelle s’en suivit à laquelle la foule se méla bientôt. La querelle dégénéra en bataille. l'alarme se répandit en ville, et l'on ierma, en prévi-

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sion d'événements plus graves, les bazars et les boutiques. Heureusement le Prince Malek Cassem Mirza était en ce moment gouverneur de la ville. Grâce à son énergie, aux mesures qu 1l sut prendre à temps la sédition fut étouffée, mais on l'avait échappé belle.

Un peu dans toutes les villes des querelles éclataient ainsi, troublant l'ordre, inquiétant les consciences, exaspérant de peur les uns, de colère les autres, tant qu'enfin pour une cause des plus futiles, éciata la grave insurrection de Zendjan. (223)

Parmi les oulémas de la ville se trouvait un personnage nommé Akhound Molla Abd our Réhim, célèbre par sa dévotion. [l avait un fils, qui se trouvait a Nedjef et à Kerbélah,ou il suivait les cours du célèbre Cherifoul Ouléma Mazanderani. Ce jeune homme était d'esprit inquiet et se sentait un peu à l'étroit dans les bornes du chiisme. Quand il revint des lieux saints il passa par Hamadan où les habitants l'accueillirent admirablement et le supplièrent de rester dans leur ville. Il déféra à leurs désirs et y séjourna durant sept années. Mais son père étant venu à mourir, des notabilités de Zendjan vinrent le chercher jusqu à Tama dan et le reconduisirent dans sa ville natale.

l'ous les oulémas de la ville vinrentlui rendre visite et se retirérent soucieux des quelques paroles qu'il avait prononcées et qui dénotaient une tournure d'esprit peu habituelle. En effet, l'attitude du nouvel arrivé ne tarda pas à démontrer à ces pieux personnages qu'ils ne s'étaient pas trompés dans leurs appré- Clations.

Îl existait un caravansérail, du temps de Chan Abbas, qui s'était peu à peu transiormé en sighé

(&e3), J'ai pristous les renseignements du début de deux manuscrits : 1° Souvenirs de Agha Naad Ali Zendjani, fils de Al: Riza Zendijani; 2° Histoire des événements de Zendjan rédigée sur l'ordre de Béha en 1297 par « la fourmi du néant qui a nom Housseïn Zendjani».

Khané : pour ne pas permettre le viol de la loi chite un certain Molla Doust Mohammed s'était établi là à demeure et bénissait les unions passagères entre les hommes venus du dehors, et les pensionnaires de l'établissement. Houdjet oul Islam — car c'était le ütre qu'avait pris notre héros — fit fermer la maison, maria la plupart de ces femmes et envoya les autres en service dans des familles honorables.

Il ft également fouetter un nommé Mourad, marchand de vins, dont il fit détruire la maison.

Mais là ne se bornaït pas son action. Toujours préoccupé des problèmes que soulève une religion basée sur des hadis presque toujours contradictoires il troubla la conscienee des fidèles par des fetvas singuliers qui renversaient toutes les idées reçues. Ainsi il releva le hadis d'après lequel Mohammed aurait dit: (Le mois de Ramazan est toujours plein ». Sans rechercher les origines de cette tradition, sans 8e préoccuper.de savoir si ceux qui l’avaient rapportée étaient dignes .de foi, il ordonna de la suivre à la lettre, incitant ainsi ceux qui l’écoutaient à jeûner le jour du ['itr, ce qui est un grave péché.

Il permit aussi de faire les prosternations de la prière en appuyant la tête sur un caillou de cristal.

Toutes ces nouveautés Iui attirèrent un grand nonibre de partisans qui admirèrent sa science et son activité ; mais elles déplurent au clergé officiel dont la haïne, avivée par l'inquiétude, ne connut bientôt plus de bornes.

Ils écrivirent au Chah une adresse calomnieuse Contre leur concurrent que le Souverain manda aussitôt à Téhéran.

Celui-ci y vint et, par la politesse de ses manières, par le charme qui s cxhalait de sa personne, ne tarda pas à séduire toutes les personnes qui se trouvaient en contact avec lui, et même sa Majesté.

On raconte qu'un jour qu'il se trouvait chez le Chah:

avec quelques-uns de ses collègues, l’un d'entre eux, ouléma de Cachan, sortit un papier de son sein et le remit au Roi pour le faire signer. Îl s'agissait d'un firman accordant des appointements. Houdjet ayant compris se leva et, avec véhémence flétrit un clergé qui se faisait pensionner par le Gouvernement. Il démontra hadis et Qoran en main tout ce qu'avait de honteux un pareil compromis dont les origines remontaient aux Béni Omméyéhs. Ces collègues furent transportés de fureur, mais le Chah auquel plut cette franchise, se tourna vers notre héros, lui remit une canne et une bague et l’autorisa à rentrer à Zendjan.

Les gens de Zendian, en foule vinrent au devant de lui, sacrifiant des bœufs, des moutons et des poules. Douze enfants de douze ans, ayant au cou un mouchoir rouge pour indiquer qu'ils étaient prêts à se sacrilier dans sa route, se tenaient au milieu du cortège. Ce fut une entrée triomphale.

Il fit de ses disciples des modèles de vertu et de tempérance : désormais les hommes se.désaltérèrent à la coupe des significations religieuses. [ls jeunèrent pendant trois mois, prolongeaient les prières en y ajoutant chaque jour celle de Diaafer l'ayyar, faisaient une fois par jour leurs ablutions avec l'eau du Qor (mesure légale de pureté), et enfin le vendredi le peuple assiégeait les Mosquées,.

Ce fut à ce moment que le bruit de la manifestation du Bab vient rendre toutes les oreilles attentives. Houdjet ne devait pas être le dernier à se préoccuper des nouvelles qui circulaient. Il envoya en effet un de ses confidents, Molla Ahmed, à Chiraz, pour vérifier ce qu on disait et le tenir au courant des détails d'un événement qui stupéfait le monde. Quelque temps se passa quand un jour au moment où Houdjet oul Islam donnait son cours à ses nombreux élèves, Molla Ahmed,ouson messager, parut dans l’assemblée. À près avoir salué, et s'être assis, 1l tira une lettre de son sein

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et la tendit à son maître. Celui-ci l’ouvrit aussitôt, la lut rapidement, puis se levant, il cria Allah ou Ekber. I] se rassit et recommenca sa lecture. Il se leva derechef, prononça les mêmes paroles et, se tournant vers ses disciples il leur dit : « Rechercher une preuveaprès que l'on est arrivé au but, est chose honteuse. Rechercher la science alors qu'on est en possession de son objet, est chose surérogatoire. Fermez vos lèvres car le Maître s'est levé : apprenez-en la nouvelle. Le soleil qui nous montre la direction est apparu, la nuit de l'erreur et de l'ignorance est anéantie ».

[1 demanda alors un Koulah, et, quand on le lui eut apporté, il s'en Coiïffa en rejetant loin de lui le turban et prononça ces paroles :

Tête nue vaut mieux que tête revêtue du turban des guébres.

Quelle honte peut-il y avoir pour les amoureux éhontés à n'avoir pas de chapeaux.

Enfin, il se mit à prononcer à haute voix la prière du Vendredi, qui doit remplacer celle de tous les jours quand apparaît l'imam.

Alors il commenta quelques-unes des paroles au Bab et termina ainsi : ( Le but que le monde poursuivait est entre nos mains aujourd hui, sans rideau, sans obstacles. Le soleil de la Vérité s’est levé et les lumières de l'imagination et de l’imitation se sont éteintes. Que vos yeux se fixent sur le Bab, non sur moi qui suis le plus humble de ses esclaves. Ma science auprès de la sienne est comme une chandelle éteinte auprès de l'astre du jour. Connaissez Dieu par Dieu et le soleil par ses rayons. Donc, aujourd’hui est apparu le Sahabz-zéman, le Sultan des Possibilités est vivant. »

Je laisse à penser si ce discours fit une profonde impression sur son auditoire. Presque tous se laissérent convaincre et ne disputérent plus entre eux que de la véritable qualité du Bab.

Désireux de faire connaître son adhésion à son nouveau maitre, il envoya Mechedi Iskender à Isfahan avec ordre de remettre diverses lettres à son Altesse le Bab, et de lui rapporter les réponses. Le messager s acquitta de sa commission, mais au voyage de retour il s arrêta quelques jours à Casvine. Mal lui en prit, car la populace ayant compris qui il était, le massacra sans pitié.

Ce fut à peu près à ce moment que le Bab futenvoyé à Makou par la route de Casvine, Zendjan, Tébriz.

Arrivé à Soultaniéh, à une station de Zendjan, le Bab reçut des lettres de fHoudjet dans lesquelles ce dernier demandait la permission de Île voir, d'abord, puis de l'enlever à ses gardiens. Le Maître ne permit ni l'une, ni l'autre de ces deux choses, se bornant à répondre : « Bientôt nous nous verrons dans l’autre monde. »

Le lendemain de ce jour l’apôtre arriva à Zendjan avec Sèeyyèd Kazem Zendijani, son serviteur; on Îles conduisit dans le caravansérail de Hadji Seyyèd Mahçoum, qui existe encore. Cette nuit même, sur l'ordre du Chah, Qelitch Khan, le Kurde, chef de la tribu des Vends, avec 17 cavaliers, enleva secrètement Houdjet et se mit en route pour Téhéran pendant qu’on expédiait le Bab sur Tauris.

C'est qu en eftetla conversion de Molla Mohammed Ali et de ses nombreux partisans, avait encore une fois fait perdre patience à l’imam Djoum'èh et au Cheikh oul Islam. Ils écrivirent des lettres furibondes à S. M. qui leur répondit en faisant arrêter le coupable.

À peine arrivé à Téhéran, il fut conduit chez Sa Majesté qui lui dit: « O Houdjet oul Islam ! tu m'as beaucoup plu la première fois que je t'ai vu, je me sentais attiré vers toi et je t’eusse accordé sans hésitaton tout ce que tu m’aurais demandé. Mais voilà que tu t'es abîimé toi-même et que tu t'es laissé séduire par Un Jeune et ignorant Seyyèd de Chiraz. Il ne t'est plus permis de retourner à Zendjan, tu dois rester ici.?

Houdjet se défendit longuement, sans parvenir à persuader son impérial adversaire à qui il promit qu'il ne tenterait pas de s'échapper.

L historien musulman passe — et pour cause — ces détails sous silence. [1 se borne à dire que Molla Mohammed Ali fut retenu à Téhéran où il habita la maison de Mahmoud K han, le Kalenter.

Quoi qu'il en soit, les deux historiens sont d'accord pour dire qu'il était à Téhéran jusqu au moment où Mohammed Chah étant mort, Nassr ed dine Mirza, devenu Nassr ed dine Chah, nomma Gouverneur de Zendjan, un de ses oncles, Emir Aslan Khan Med] ed Dowlèh qui était Ichiq Aghassi du Palais.

Pendant que ce personnage allait prendre son poste, Houdijet s'enfuit — déguisé, dit-on, en soldat — avec deux compagnons et se dirigea hätivement sur Zendjan. Mohammed Bek l'ebapar annonça son arrivée et Kerbélahi Véli, parfumeur, parcourut la ville en criant la bonne nouvelle.

Medj ed Dowlèh, gouverneur de la ville, homme cruel et sévère, furieux de voir revenir un personnage aussi importun que Houdijet, fit fouetter Mohammed Bek et couper la langue à Kerbélahi Véli.

L'auteur du Nassikh-et-tévarikh reconnaitlui-même qu un bon nombre d'habitants de Zendjan, et parmi eux de hauts fonctionnaires de la ville, vinrent jusqu à deux stations au-devant du fugitif. Il fut reçu comme un vainqueur, et l'on immola un grand nombre de moutons en son honneur. Personne, dans le camp adverse, n'osa lui demander compte de sa fuite de Téhéran et de son retour à Zendjan. Mais l'Islam en vit de dures, car le Zendjani ne se gêna nullement pour prêcher à tous les échos du bazar la nouvelle doctrine. L'auteur musulman remarque que tous les LZendjani étant des imbéciles donnèrent immédiatement dans le panneau ; mais, s iniligeant aussitôt un démenti à lui-méme, il déclare que seuls les gueux,

envieux des richesses de ce monde et les hommes sans religion se groupèrent autour du nouveau chef. Îls étaient en grand nombre, s'il faut l'en croire, car il les estime à 15.000 personnes, ce qui me semble un peu exagéré.

La situation n'était pas très gaie pour Emir Arslan Khan : il crut bien faire en avisant le pouvoir central et en demandant des instructions ; on les lui donna et fort nettes : il fallait simplement enrayer le mouvement afin qu'il ne prit pas les proportions de l'insurrection du Mazanderan et arrêter le Molla.

C'était bien facile à dire, mais autre chose était de commander et autre chose d'exécuter l'ordre donné ; d'autant que Molla Mohammed Ali, évidemment prévenu, ne sortait plus qu'accompagné de plusieurs milliers de personnes toutes armées. Un jour même, 1l poussa l’audace(224) jusqu'à aller faire visite à l'Emir lui-même ; comme il était fortement accompagné, l'Emir eu passa par où 1l voulut.

Houdjet, bien entendu, continuait ses prédications. etavait interdit aux babi de Zendjan d'aller rejoindre au Mazanderan l'armée de Molla Housseïn Bouchrouyéhi. 11 préparait évidement son monde et prenait souvent pour texte de ses sermons ces deux versets du Qoran :

LXIII-9. — O croyants ! que vos richesses et vos enfants ne vous éloignent pas du souvenir de Dieu !

LXII-9. — © croyants ! lorsqu'on vous appelle à la prière du jour du Vendredi, empressez-vous de vous occuper de Dieu.

Ce fut à ce moment qu'un incident s'éleva, qui mit le feu aux poudres. Agha Naqd Ali Zendjani raconte ainsi cet événement dont il fut le héros :

(« J'avais à peu près 15 ans à ce moment-là et je

(224), Nassikh-et-Tévarikh.

prenais des leçons de Molla Abd oul Ali, dans la

mosquée même, au premierétage. Une nuit, nous sortions tous deux de la mosquée, nous dirigeant vers nos demeures, quand, au milieu du chemin, un musulman de nos voisins, ivre, nous insulta, et, sortant son couteau, nous barra le chemin. Nous fimes ce que nous püimes pour le calmer, mais, comme il nous menaçait toujours, je sortis mon couteau et le lui plongeai dans le ventre. Il s'enfuit en hurlant, mais les témoins de cette scène ameutèrent les gens contre moi. Fort heureusement mon père, attiré par le bruit, vint me délivrer, mais on avait arrêté mon professeur. J'étais depuis un instant chez moi, quand j'entendis des cris retentir dans la maison de Naièb-ous-Sadr, notre voisin. Je montai sur la terrasse pour voir ce qui se passait et, de là haut, je vis l'individu que javais blessé étendu comme un mort au milieu de la cour. Saisi de peur, je descendis, j'annonçai à mon rère la mort de ce pauvre diable et lui dis que j'allais menfuir jusqu'à ce que se calmät le bruit soulevé autour de cet événement. »

« Je sortis.de la maison, me dirigeant vers le Nord de la ville dont je sortis et arrivai à l'imam Zadé Ebrahim. Je m'y reposai quelque temps et vis venir un homme que je ne reconnaissais pas, mais qui me reconnut et me dit: « Agha Naqd Ali, les gens de la ville assaillent ta maison et te cherchent. »

(« Cela augmenta ma terreur et je m'enfuis jusqu au Village Guirdkendi qui est à environ un farsakh et demi hors de la ville. J'envoyai prendre des nouvelles à Zendjan, et l'on me répondit que le blessé aliait mieux. » |

( Je restai six jours dans ce village pendant que les lerraches du Gouverneur me recherchaient dans toutes les maisons. On avait pris cents tomans d'amende de Mon père et deux cent tomans comine garantie de ma personne. »

«On avait visité le & birouni » de Molla Mohammed Ali qui avait envoyé trente tomans de cadeau au blessé, par l'intermédiaire de Seyyèd Djélil, père de Seyyèd Achref.»

« Ceci lait, 1l s'était occupé de Molla Abd oul Ali, mon professeur, injustement arrêté. [Il avait écrit au Gouverneur, à ce sujet, une lettre que celui-ci avait refusée. {1 envoya alors Mir Djelil, porteur d'une certaine somme. Quand celui-ci se présenta à la porte du palais, les ferraches et les soldats (lui en interdirent l'entrée ».

« Fort surpris, Mir Dijélil leur demanda de quel » droit ils s'opposaient au passage de l’envoyé de » Houdijet, et ces gens-là lui répondirent par des » injures. Djélil tira son poignard et, appelant à l’aide, » se préciplta sur les soldats. Les Bab accoururent » aussitôt, on jeta bas La porte de la prison et l’on dé- » livra Molla Abd oul Ali, qu'on ramena en triomphe.»

[1 semblait dès lors difficile que les choses pussenti s'arranger. Les oulémas accoururent dès le lendemain au conseil du Gouverneur et cherchèrent à le pousser dans la voie de la violence. Péhlevan Aced Oullah et Péhlevan Cheikh Ali, deux athlètes de Zendjan, vinrent demander la permission d'aller arrêter Houdjet au

milieu de ses partisans. Certes la proposition fut vive-

ment accueillie mais les oulémas, toujours prudents, firent remarquer que les Babi étaient toujours dépourvus d'armes à la prière de midi. Il faudrait donc proïüter de cette occasion, envoyer les deux athlètes suivis de 50 ou 40 hommes bien armés et bien dôterminés : on pensait que, devant une attaque soudaine, les Babi, désarmés, lächeraient immédiatement pied et que Houdjet, resté seul, serait alors facile à prendre.

Péhlevan Aced Oullah et Péhlevan Cheikh Ali se revêtirent de cottes de mailles et de cuirasses, et, le moment venu, se dirigèrent vers la mosquée suivis d'une troupe plus ou moins décidée.

Mais les Babi se tenaient sur leurs gardes, se doutant bien que les musulmans chercheraient à se venger. Ils avaient disséminé des sentinelles armées autour de la mosquée.

Celles-ci aperçurent donc les musulmans qui s’approchaient et, Mir Sélah les interpellant d’une voix de stentor, leur cria : « Où allez-vous, péhlevans ? »

Les musulmans, le voyant seul, se raillèrent de lui et lui répondirent: «Nous allons prendre votre houdjet et le conduire chez les Oulémas. »

Mir Sélah, furieux de l'outrage, poussa son cri de guerre : « Ya sahab èz zeman », qui attira instantanément des Babi autour de lui, et, le sabre haut, il se précipita sur Aced Oullah. I] le frappa de son sabre à la tête, fort heureusement le bouclier amortit son coup, mais le malheureux n’en tomba pas moins par terre la faceensanglantée. Les musulmans s'enfuirent à ce spec- tacle, et ie blessé fut soigné par la propre tante de Mir Sélah, dans sa maison.

Les Persans, en cours de route, rencontrèrent un Babi — Cheikh Ali Bek — dont ils se saisirent. À près lui avoir fait subir maintes tortures.ils le conduisirent en présence du Gouverneur. Là se trouvait | iman Djoum'’eh qui, saisi de fureur à la vue de la misérable victime, sortit le canif qu'il avait dans son écritoire et l'enfonça à plusieurs reprises dans le ventre de Cheikh Ali.

Ce fut la première victime de cette lutte fratricide.

Le Gouverneur et les Oulémas écrivirent à Sa Majesté des rapports où ils laissaient percer leur peur et leur embarras. Le Chah, à peine délivré de la guerre du Mazandéran, furieux de voir une autre sédion sur un nouveau point de son empire, poussé d'ailleurs par son Sadr Aazam et par les ouléimas qui aValent déclaré la guerre sainte, donna l'ordre de tuer les Babi et de piller leurs biens.

Ce fut le vendredi 3 de Redjeb, que l'ordre arriva à

Zendjan. Aussitôt les crieurs publics se répandirent dans les bazars où ils criérent au peuple :

« O musulmans, ceci est l’ordre des oulémas et de Sa Majesté. Quiconque veut conserver ses biens, ses femmes et sa vie doit se séparer immédiatement des Bab: et aller résider à l'occident de la ville. Sous deux ou trois Jours, les troupes vont arriver qui massacreront tous les infidèles. »

Ce fut un beau tumulte. Les musulmans affolés couraient de tous côtés, cherchant leurs femmes, leurs enfants, telle partie de leur mobilier. [js allaient et revenaient, fous, éperdus, pleurant ce qu'ils ne pouvaient emporter. On voyait des familles se séparer, des pères repousser leurs fils, des femmes leurs maris, des enfants leurs inères. Des maisons entières restérenti abandonnées tant la hâte était grande, et le Gouverneur envoya dans les villages avoisinants racoler des homimes par lorce pour la guerre saïnte.

Deux régiments qui venaient de l'Azerbaidjan se rendant vers Téhéran, s'arrétérent à Zendjan et se préparérent à la guerre.

Les Babi de leur côté, ne restaient pas inactifs : Hs s organisaient et préparaient leur défense. Houdijet les exhortait à ne jamais attaquer, mais à toujours se défendre : « O freres, leur disait-il, n'ayez pas honte » de moi. Ne croyez pas que parce que vous êtes les » compagnons du Sahab-èz-/Zéman vous deviez con- » quérir le monde à la pointe de voire sabre. Non, » jen jure par Dieu. {ln vous tuera, on vous brülera, » on enverra vos têtes de villes en villes. La seule » victoire qui vous reste consiste ii vous sacrifier, vous » vos femmes et votre bien. Dieu a toujours voulu ») quà chaque époque le sang des confesseurs füt » l'huile de la lampe de fa religion. Vous avez » entendu raconter les tourments au milieu des- » quels sont morts les saints martyrs du Mazandéran. » On les a tués parce qu'ils affirmaient que le Mehdi

» promis était apparu. Je vous le dis, quiconque n'a » pas la force de supporter les tourments, s’en aille » de l'autre côté, car nous serons martyrisés : notre » maître n'est-il pas entre leurs mains ? »

À tous les carrefours, les babi élevérent des retranchements, et ils en construisirent ainsi 91. Les gens chargés de la délense de ses remparts s'élevaient, pour chacun d'eux, au nombre de trois fois dix-neuf. Dixneuf personnes reçurent lordre de s'occuper des approvisionnements. Chaque retranchement avait un cri Spécial quil n'avait qu'à pousser en cas d'attaque pour qu on sût immédiatement dans quelle direction envoyer des renforts.

Dix-neuf surveillants généraux furent nommés, chargés de tout examiner chaque Jour et de dresser un rapport de tout ce qu'ils voyaient. Ces dix-neuf surveillants recurent le titre de « Reçouls » car 1l entrait dans leurs fonctions de crier les nouvelles ou les ordres.

Molla Mohammed Ali nomma Hadji Ahmed Zendjani son lieutenant, fit son confident de ffadii Abd Oullah, le mercier. Hadjii Abd Oullah le boulanger fut institué Gouverneur de la place, et Abd oul Baghi, préfet de police avec le surnom de Mir Seyyaréh. Mechedi Souleïman, prévot des marchands, devint son ministre.

Ce fut à ce moment que le feu fut mis au bazar, 1l m à êté impossible de savoir par qui. Les musulmans comme les babi, se plaignent vivement dun acte qu ils qualifient de criminel, mais un fait est certain cest que les babi avaient déjà fait toutes leurs provisions et qu'ils ne subirent du fait de cet incendie au- Cun dommage appréciable.

loujours est-il qu'il y eut une rencontre entre les deux partis qui couta la vie à quarante combattants dans les deux camps. Parmi les musulmans tués on cite Aced Oullah, cavalier géorgien de l'Emir, qui Succomba à cinq blessures, Aced Oullah, fils de la

sœur de Hadji Dadach le négociant, et Seyyed Hassan Chéikh oul Islam Taroumi. Mais les musulmans firent prisonnier un babi renommé pour sa force et son courage et qui portait le nom de Agha Feth Ali Chéikhi. Les Moujtéhèds À Seyyèd Mohammed et Hadji Mirza Aboul Cassem rendirent un arrêt le condamnant à mort : il fut immédiatement exécuté sur lorde de l'Emir.

À ce moment se place un incident que je nai vu rapporté par aucun auteur musulman. Le chef des troupes impériales aurait été un certain Seyyëéd Al Khan, homme d’un naturel porté à la mansuétude ei qui voulut chercher à terminer cette guerre par la douceur. Il se serait rendu au camp des babi, aurait eu avec Houdjet une conférence qui dura cinq heures. À la suite de cette conversation Seyyèd Ali Khan se serait retiré converti et aurait prévenu ses sous-ordres de ne rien tenter contre ses nouveaux amis.

D'où plainte des oulémas et du Gouverneur au Chah qui fit arrêter le Seyyèd et nomma à sa place Mohanmed Khan, Emir JTouman qui se mit aussitôt en route avec sept régiments. Avant qu'il fut arrivé à destination les babi sous la direction de Mir Sélah et de Mir Dielil {d'autres disent Mirza Riza) s'étaient emparés de la citadelle d'Ali Merdan Khan sise au milieu de la ville. [ls établirent là un dépôt d'armes et de provisions. [ls y mirent garnison et l'occupèrent jusqu'au jour où, après la mort de Molla Mohammed Al, Hassan Ali Khan, général du contingent de Guerrous s'en empara avec son régiment et en tua les défenseurs.

La prise de la citadelle enorgueillit singulièrement Molla Mohammed Ali qui. ne doutant plus de rien ordonna à Mir Sélah d'aller chercher l'Emir lui-même et de le lui apporter mort ou vif. Donc Mir Sélah et ses hommes attaquèrent la maison où résidait ce person: nage. Mais, Mohammed Taghi Khan, Colonel d'artil-

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