JOU
où le signal leur serait donné de se replier à travers les maisons sur la seconde barricade.
Dans l’une de ces maisons il fit entasser une partie du butin qu'il avait conquis précédemment, de telle sorte que ces richesses débordassent jusque dans la rue.
Ceci fait, il donna le signal convenu, et les Babi de la première barricade se retirerent.
Les musulmans s'en emparèrent aussitôt, l'escaladèrent, et leurs yeux tombèrent aussitôt sur l'appai qu'on leur avait préparé. N'écoutant que leurs instincts, ils oublièrent les Bab1 et se ruërent au pillage.
Pendant qu'ils se livraient à cette occupation, les Babi revinrent. en firent un horrible massacre et reconquirent les positions d'où ils avaient été chassés.
Décidément les choses tournaient mal pour les musulmans et il semblait qu'on ne pourrait jamais venir à bout d’une pareille résistance. |
Au surplus, pourquoi se donner tant de mal, pourquoi risquer inutilement la vie, non des soldats, chair à canon, mais des officiers et des généraux; pourquoi s’exposer quotidiennement au ridicule et au danger de défaites successives ? n'avait-on pas l'exemple de Cheikh Tebercy ? ne pouvait-on user de ruse ? ne pou vait-on prêter tous les sermenis imaginables, quitte à massacrer ensuite les imbéciles qui s y seraient flés.
Ces pensées commencèrent à agiter l'âme du Béglierbéghi quand Aziz Khan Mékri, adjudant Bachi, envoyé par le Chah pour aller à Tiflis complimenter le Grand-Duc héritier de Russie, vint à passer par Zendjan. Il fut absolument de l’avis du Béglierbéghi et fit renvoyer au camp babi quelques sectaires prisonniers qu'il chargea d'une lettre des plus flatteuses pour leur chef. FU
Mirza Hassan Khan, Vézir Nizam, frère de l'Emir Nizam qui, à ce moment revenait de l'Azerbaïdjan en route pour Téhéran, passa également à Zendjan.
Il complimenta les deux compères de leur diplomatie, multiplia les lettres. les promesses, les flatteries, serments, mais, disent les musulmans, tout fut inutile.
Les babi disent au contraire que les musulmans leur avant envoyé un Qoran signé d'eux-mêmes avec promesse de leur accorder la vie sauve, on alla prévenir Houdièt de ce fait. Celui-ci fit remarquer quil s agissait là d'une ruse indigne comme celle que les musulmans avaient employée au Mazandéran, mais que néanmoins ils étaient obligés de faire semblant dy croire car il leur était impossible sous peine de forfaiture d’avoir l'air de soupçonner de mensonge un serment si solennel. Maïs pour ne pas risquer inutilement la vie de braves guerriers il fut décidé d'envoyer en députation des vieillards et des enfants.
C'est ce qui fut fait, et ce furent en effet des enfants et des vieillards qui allèrent reporter le Qoran à l'Emir.
Celui-ci s'étonna de la composition de cette députation et demanda des éclaireissements. © C'est. reprit Mir Salèh, vieillard à la longue barbe blanche, que les nôtres n'ont pas eu grande confiance en tes ser ments.
«Vraiment, reprit le serdar, vous navez pas de honte : vous vous révoltez contre l'autorité légitime de S. M., vous venez ici m insulter, et vous pensez vous en tirer ? »
« Sans honte sont ceux qui se prétendent les bergers du troupeau de Mohammed, répondit Méchedi Ismaïl Qasvini. Et quand le véritable berger se présente, ceux-là se lancent contre lui en aboyant ! » Serdar furieux fit arrêter tous les vieillards. Il fit Couper la barbe à Salëh et le renvoya ainsi; quant aux autres, il les fit dépouiller de leurs vêtements, les fit enduire de jus de raisin et exposer en plein soleil aux mouches et aux abeïlles. Le soir venu, il les fit tuer.
Houdjèt, prévenu de ces événements, rassembla ses fidèles et leur dit : «© mes frères. nous avons fait tout ce qui était humainement possible pour faire reconnaître par ces gens-là le Témoin de Dieu. Nous savons tous que ces fonctionnaires ne sont pas encore arrivés à l'idée de justice et n ont pas encore compris pourquol nous versions ainsi notre sang. Or dès aujourd hui nous devons changer de manière d être : attaquons au lieu de nous borner à nous défendre et mourons glorieusement pour notre Dieu. »
« Mais la guerre prenant une autre tournure, j autorise ceux qui se sentent quelqu'hésitation dans le cœur à s'enfuir et à se cacher. Dieu ne leur en voudra pas, car ils ont assez fait pour lui. »
Quelques babi, profitant de cette autorisation, s enfuirent la nuit venue ; un certain nombre dentre eux, honteux de ce qu’its considéraient comme une marque de faiblesse revinrent le lendemain, d'autres furent arrêtés par les gens de Dizedj, remis à Tavakkoul Khan qui vint les livrer à l’Emir, d'autres enfin, plus heureux, disparurent.
Toujours est-il que nos deux voyageurs qui s'étaient arrêtés quelques jours dans l'espérance d'assister à l'exécution des babi, furieux de ne pas avoir la rêalisation de leurs désirs, ordonnèrent de reprendre Îles hostilités.
Mirza Abd Oullah attaqua la barricade de Molla Bérat, on mina celle que défendait Molla Véli. Le régiment des gardes se lança à l'attaque et le régiment Mouqgbéran ainsi que le 16° Chéqaqi vinrent appuyer son action.
Le réciment Mouqbéran s’empara, non sans peine, de la barricade de Molla Véli où il fit prisonnier le fils de Abd oul Bagher Zendjani qui fut immédiatement mis à mort sur l’ordre d Aziz Khan.
On ne sait pour quelle raison le 166 Chéqaqi fut à ce moment pris de panique : il lâcha pied, entraînant les
autres musulmans dans sa fuite : la bataille était perdue.
Aziz Khan fit arrêter le chef de ce bataillon. Abou Taleb Khan et le fit fouetter avec tant de violence quil en pensa mourir. Il ne fut relâché que sur l'intercession de 1 Eimir Aslan Khan.
Toutes ces nouvelles arrivant à l'éhéran excitèrent au plus haut point la colère de S. M. Celle-ci estimant que Sadr ed Dowlëh, Seyyeéd Ali Khan Firouz Koubhi et Moustapha Khan colonel (sertibe) du 168 Chéqaqi navaient pas fait leur devoir, destitua Sadr ed Dowlèh et nomma général des cavaliers du Kamsèh Ferroukh Khan, fils de Yahyah Khan Tébrizi et frère de ce Souleiman Khan que nous verrons par la suite sauver le cadavre du Bab et mourir en chantant au milieu des supplices les plus atroces.
Ferroukh Khan arriva à Zendjan le 4 du mois de Zil Qaadé. La nouvelle de la mort de son père lui parvint le jour même, et il resta trois jours à se consacrer aux cérémonies de deuil. Puis il reprit avec courage les hostilités. [1 fut fortement secondé par Ali Khan, fils de Aziz Khan adjudant bachi colonel du quatrième régiment de Tébriz qui vint le rejoindre avec sa troupe presqu'en même temps que Haçan Ali Khan (225) général des troupes de Guerrous, venait avec ses soldats. Ces deux officiers furent presqu'inmédiatement rejoints par Mourad Khan Béyât, qui vint avec son régiment de Zérend.
La première mesure qu'ils prirent fut humanitaire ; elle consista, en effet, à dégager de troupes un des côtés du quartier babi de façon à permettre à ceux qui regretteraient de s'être embarqués dans cette histoire de s'enfuir sans être inquiétés. Il est vrai que l'auteur du Nassikh et Tévarikh s'empresse d'ajouter — un
(225) — Plus tard ministre à Paris, et enfin mort il y a Cinq ou six ans à Téhéran sous le titre de Emir Nizam.
eÙ,
babi n'eût pu trouver mieux — que ces officiers craignaient de pousser-les réformés au désespoir, et l'on sait qu un homme poussé au désespoir est terrible.
Enfin, la lutte continua et les babi se servirent trés habilement de la ruse qui leur avait déjà si bien réussi. Ils abandonnaient des richesses dans la rue, et tuaient a coups de fusil les soldats qui venaient les ramasser.
Pendant le feu de la guerre une lettre parvint de Mirza l'aghi Khan Emir Nizam à Ferroukh Khanlui disant: (J'ai appris que tu t'es distingué dans cette guerre. J espère que tu continueras, et quand tu reviendras, je te donnerai une bonne récompense et un rang élevé. »
Ici, jouvrirai, avec l’auteur babi, une parenthèse pour expliquer un fait, qui dès qu'il fut comme des musulmans, se propagea de bouche en bouche en prenant à toutinstant une tournure de plus en plus libidineuse. L'auteur du Nassikh et Tevarikh raconte en effet que pendant une bataille, une jeune fille, vierge, de 15 à 16 ans fut tuée à la barricade. Je dois reconnaitre qu 1l se borne à mentionner le fait, sans y insister autrement. La tradition orale est beaucoup moins circonspecte. Or le fait se borne à ceci qu un vieil élève de Houdjêt vint à mourir laissant deux filles : l'une Zéinéb Khanoum, l’autre Chah Sénèm Khanoum. Zeinèb réclama de Houdjèt le droit de se livrer à la guerre. Celui-ci, après maintes circonlocutions finit par y consentir, et la jeune fille reçut, en même temps que des vêtements d'homme, le titre de Roustem Ali. Un jour que les musulmans attaquèrent le retranchement quelle défendait elle se lança à l'encontre de l'ennemi qui avait pris la fuite. Quand ses camarades la rappelèrent, il était trop tard. Les troupes musulmanes tirèrent de tous côtés sur elle, et elle tomba, frappée de multiples blessures.
Nous rendons ici la parole à l'auteur du Nassikh et Tévarikh, qui déclare que la lettre de l’'Emir Nizam
ntm Set os dome he Éd Don mb, — Sont" 2h dame moe 8 ol lee Lo ob ot oO mom on Be md Le Home ed en it mm 7
rendit Ferroukh Khan absolument fou de joie. Ayant êté distingué par le second personnage du royaume il se disait qu'il fallait chercher le moyen de fixer cette attention et d'arriver ainsi au plus haut degré de l'échelle sociale.
Il en était là de ses réflexions quand, dans la nuit du 15 Zil Hedjé, il reçut la visite de quelques soi-disant transfuges des Babi. C étaient, dit l'auteur du Nassikh et lévarikh, AI Kouli Khan fils de Nassr Oullah Khan Khamséhi et Kerbélahi Chahaban avec quelques autres. ÏIs venaient faussement proposer à Ferroukh Khan de le conduire par une route sûre, qui était du côté de la porte de Casvine, pour l’amener, avec un certain nombre d'hommes, à la maison de Molla Mohammed Ali Zendjani, qu'il serait facile ainsi d'arrêter. Ferroukh Khan, jeune homme sans expérience, crut à ses promesses et à un avenir brillant. Il prit avec lui cent cavaliers et se mit en route avec Ali Qouli Khan et Kerbélahi Chaaban. Les babi, qui étaient au courant de cette entreprise avaient évacué quelques barricailes. La troupe s'engagea dans le dédale des rues quand des quatre côtés à la fois les bab1 les entourèrent et les accablèrent de coups de fusil. Il ne resta bientôt plus de vivants que Ferroukh Khan, douze cavaliers, et deux individus nommés Ismaiïl tous les deux et qui. après avoir été babi, étaient revenus à l'islam.
Ces gens furent faits prisonniers et conduits immédiatement auprès de Houdjèt qui les regarda avec colère, et insulta véhémentement Ferroukh Khan. Il fit allumer un grand feu, y fit rougir des fers et on le brûla en plus de quarante parties du corps en même temps qu'on le tailladait à coups de ciseaux. Quand il fut tué, on coupa sa tête ainsi que celles des deux fsmaïl et on les jeta dans le camp des musulmans.
Voici la version babie de cet événement.
On vint annoncer à Houdjèt que deux babi, respectivement nommés Ismaïl se montraient d'une cruauté
répugnante : ils coupaient le nez et les lèvres des soldats musulmans qui leur tombaient entre les mains et les renvoyaient au camp dans cet étaf. Houdjèt les fit chasser .du camp babi, disant que la lumiére de la foi ne peut rayonner dans les cœurs des gens cruels. Îls partirent donc, mais furieux, résolurent de se venger. Ils s’entendirent avec Ferroukh Khan pour le mener lui et trente hommes bien armés, par des chemins à eux connus, jusque dans la maison de Houdijet pour le saisir et le tuer.
Ils le conduisirent par un retranchement gardé par des vieillards babi dont ils espéraient avoir facilement raison ; mais le bruit de la lutte attira Nour Ali avec ses hommes qui, après quelques coups de fusils firent prisonniers Ferroukh Khan, les deux Ismail et quelques autres.
fl semble que Ferroukh Khan ait été ce soir-là pris de boisson : toujours est-il que la lune resplendissait d'un merveilleux éclat — on était le 15 du mois — et que sa lumière permettait de voir d'assez loin. Au moment où on l'arrêtait une vieille femme sortait de
chez elle et reconnaissant l'ennemi juré de sa secie se
précipita sur lui en l'insultant et lui plongea un couteau dans le ventre. Ferroukh tomba, frappé à mort. On apporte son cadavre à Houdjèt qui regretta amèrement cet accident.
L'un des deux Ismaïl arrêtés était le neveu (par la sœur) de Nour Ali. Celui-ci était du retranchement qui avait pour cri de ralliement le cri de Soubbouhoun Quouddous. Il s'approcha du transfuge et lui dit: « O fils de ma sœur ! tu t'es détourné de Dieu et tu n'a pas eu honte detoi-même! Tu t'es fait, contre nous, le guide d'un homme sans religion. Ton châtiment doit être celui du fils de Omar Sa‘ad (226). » Et sur ces mots il lui coupa la tête qu'il porta dans son retranchement.
(826) — Omar Sa'ad, mari de la sœur de Monkhtar, général
= ur 1 M
Or il arrivait assez souvent queles soldats de l'armée musulmane venaient vendre à prix d or quelques provisions aux assiégés. Un jour un soldat, de bonne humeur, vint lancer dans le retranchement de Nour Ali un morceau de viande à moitié pourrie, en lui criant : Q« Tiens, il y a longtemps que tu nen as mangé, régale-toi. » |
(« Approche-toi, lui cria Nour Ali, que je paye ta viande. » Et comme le soldat tendait le pan de sa tunique, il lui jeta la tête d’'Ismail en lui disant : « Régale-toi à ton tour ! »
Le soldat s'enfuit, mais lies musulmans furent convaincus que les Babi se nourrissaient de viande humaine.
La nouvelle du meurtre de Ferroukh Khan émutle Chah au plus haut point. [1 envoya aussitôt Baba Bek yaver, avec à canons de dix-huit livres et quatre canons de 12 livres. Quand ils furent parvenus à Zendjan toutes les troupes s'entendirent et donnèrent, des quatre côtés à la fois, l'assaut aux retranchements babi. Le régiment de Guerrous s'empara de la Îorteresse d'Ali Merdan Khan, le 49 bataillon conquit la maison de Âgha Aziz qui était proche de celle de Houdjèt. Les autres troupes cherchaient à s emparer des barricades. La bataille dura toute la journée.
Les guerroussis trouvèrent dans la forteresse toutes les dépouilles que les babi avaient enlevé aux musulmans depuis le commencent de la guerre, et ce ui un pillage indescriptible.
Le bataillon des gardes assaillait le caravansérail de pierre qui, bien fortifié, se défendit longuement. Le capitaine et bien des soldats y furent tués, mais, soutenus par l'espoir, les musulmans ne se laïssèrent pas
de l'armée envoyée à Ierbélah contre Imam Housseïn. Après la mortde ce dernier, il se leva pour réclamer le prix du sang et coupa la tête de son neveu qui s'opposait à lui.
abattre, tant etsi bien qu’ils s'en emparèrent enfinety firent prisonniers 20 babi, qui sur l'ordre d’Aslan Khan furent décapités près de la tour de Zoulfékhar Khan.
La nuit qui suivit ce combat, plusieurs babi s'enfuirent, et parmi eux Nedjef Kouli fils de Hadj Kazem le forgeron qui avait fabriqué le canon de fer, Hayder, l'épicier qui, dit l’auteur musulman, luttait avec avantage contre 90 hommes, Feth Ali, le chasseur, l Emir Seyyarèh. Ils furent arrêtés et Emir Aslan Khan fit exécuter Feth Ali le chasseur et Nedijel Kouli le forgeron : on emprisonna les autres qui ne iurent mis à mort qu après la victoire finale.
Molla Mohammed Ali se multipliait cependant et soutenait ses hommes de son ardeur et de sa conviction. Mais un jour qu’il combattait avec ses compagnons, Hadji Ahmed, le fabricant de peignes et Hadj Abd Oullah, le boulanger, tombèrent à ses côtés, et lui, même fut. atteint grlévement au bras. Ses compagnons le relevèrent et le portèrent dans une maison où ils le soignérent en secret.
Les babi ne possédaient guère plus de dix retranchements quand le ciel, habile prestidigitateur commença pour eux de nouveaux tours de passe-passe. Le destin tamisa sur eux la poussière du deuil ei du malheur. On annonça l'exécution de leur chef à Tébriz.
D'abord les babi, stupéfaits, ne surent que dire n1 que faire. Mais bientôt envahis d'une rage froide, ils ne laissèrent plus de repos aux ennemis. Ils se lancaient de tous côtés sur les musulmans et tualent jusqu'à ce qu'ils fussent tués. Le désespoir inspira des héroïsme fous, hélas! inutiles, car ce qui devait arriver arriva. Houdjèt mourut.
À Dine Mohammed, le Ministre, prit des hommes sûrs, enterra le Molla dans la chambre même où il était mort et fit égaliser le sol avec le plus grand soin,
de façon à ne pas laisser soupçonner l'endroit où avait été déposé le corps. Ensuite on éleva des retranchements autour de la maison et, après ÿ avoir réuni toutes les femmes, les babi, abandonnant les autreg retranchements, vinrent s y réfugier. |
Un jeune homme nommé Ali Asker, cordonnier de Son état, réunit quelques-uns des sectaires autour de lui et leur tint le langage suivant : (« Bon uombre des nôtres ont été tués, et voieli que notre heure approche. Ou l'on nous tuera, ou l’on nous prendra vivants. Dans l'un comme dans l'autre cas, nous laisserons nos femmes en butte aux outrages des musulmans. Or il m'est venu l'idée de tuer, cette nuit, toute Jeune fille nubile et toute femme jeune et jolie. Nous ne laisserons ainsi que les tout petits enfants auxquels l'ennemi n osera toucher, et les vieilles femmes que leur âge ou leur laideur met à l'abri des entreprises du vainqueur. » Ce discours étonna fort les babi, et ils le discutaient, quand l'un d'entre eux alla prévenir de ce qui se passait Abdoul Baqi, Mir Riza et Aogha Dine Mohammed. Ceux-ci s'empressèrent de faire venir Ali Asker et les quelques partisans qui s'étaient laissés convaincre par ses discours. On les sermonna un peu vivement, et on parvint à leur faire jurer d'abandonner leur idée.
Quelques femmes, au nombre de 42, furent prises de peur, et, cette nuit même, elles s enfuirent avec leurs enfants jusque hors de la ville, près des jardins de Kerbélahi Allah Verdi. Celui-ci, berger de son état, les recueillit et les cacha dans le souterrain qui lui servait de bergerie. [I les garda ainsi trois jours, mais, pauvre lui-même, il dut les dépouiller de leurs bijoux pour louer des montures et les disperser dans différentes directions.
Le nombre des babi diminuait tous les jours, et, bientôt, il n’y eut plus personne pour défendre leur dernier asile. D'après les musulmans, une transac-
1 ri po cg D 2 qq GP M EE EI r C]
tion serait intervenue. Mirza Riza, Hadji Mohammed Ali, Hadji Ali Chirazi, Soleïman, Dine Mohammed, Hadji Kazem Qaltougi écrivirent à l'Emir et au Béglierbèghi une lettre dans laquelle ils disaient : «Si vous nous pardonnez, nous abandonnerons la guerre et nous viendrons vous rejoindre. » Emir réfléchit que la victoire pourrait lui coûter encore cher, que, d'un autre côté, la loi religieuse condamnant à mort les babi déclarait par cela même qu'aucune convention avec eux n'était valable : il pensa qu'on ne pourrait Jui faire aucun reproche s'il usait de traïîtrise. Fl leur répondit donc dans les termes les plus favorables et les babi sortirent de leur retranchement hâves et exténués. |
Aussitôt le serdar, les officiers, les oulémas prireni leurs précautions pour empêcher les soldats de piller la dernière citadelle babie : se réservant à eux-mêmes ce triste droit. On envoya toutes les femmes dans Îa maison de Hadji Ghoulam, Ket Khoda de la ville, et celles-ci à peine parties, le pillage commença qui, commandé et même exécuté par des officiers supérieurs fut admirablement conduit. Il ne resta guère que les murs de la demeure. Les soldats durent se contenter de piller les maisons avoisinantes.
Le lendemain, on ordonna aux femmes d'aller à la maison du Moujtéhèd Mirza Aboul Cassem. Kerbélahi Eva, Qoulsoum Khanoum et une autre femme du même nom ont raconté que quand elles sortirent de la maison, elles étaient fort nombreuses, chacune portant un paquet ou un enfant. Klles allèrent ainsi jus: qu'au Tékié de Mir Kérim Khan au milieu des quolibets des goujats qu'elles rencontraient sur leur route. Arrivées au Tékié, elles se croisèrent avec 3 ou 40 soldats de Guerrous qui ayant appris qui elles étaient, se jetèrent sur elles avec une brutalité inouie et voulurent les dépouiller de ce qu'elles possédaient encore. Ce fut une scène atroce, mais leurs gardiens.
assistés de la population de Zendjan indignée de voir comment on traltait leurs sœurs, leurs femmes ou leurs filles, se précipitérent sur les guerroussis : la bataille fut ardentie et sauvage, et bien des femmes et <ombien d'enfants trouvèrent la mort dans ce tumulte. Enfin les femmes furent délivrées par leurs conci- (oyens.
Elles restèrent emprisonnées durant quatre jours dans la maison du Moujtehed, en butte à la curiosité plutôt malveillante du public, en proie à la faim, et des petits enfants moururent faute de lait et de soins. L'un des fils de Houdijet, Mehdi mourut dans ces conditions. Enfin, le 5° jour, quelqu un vint de la part du Moujtehèd dire aux femmes de se rendre par groupes à l'endéroun, où on recevrait les marques de leur repentir, et d'où elles pourraient aller où bon leur semblerait.
On les y conduisit donc par groupes séparés, et là, elles furent en butte aux insultes et aux violences des femmes du Moujtehèd qui ne se génèrent pas pour voler d'elles tout ce qui leur plaisait. Enfin, sorties de <et enfer, les unes retournèrent chez leurs parents, d'autres errèrent sans savoir où aller, jusqu'à ce qu elles eussent trouvé un refuge quelconque en n'importe quel endroit.
Les prisonniers étaient encore dans la maison du Moujtehèd que les autorités songèrent à retrouver le corps de Houdjet. Il ne leur suffisait pas d'être vainqueurs, 1l leur fallait insulter le cadavre de leur ennemi. On songea à interroger les babi, mais, quels que fussent les supplices qu on leur infligea, ils se refusèrent à parler. Agha Dine Mohammed eut le crâne arrosé d'huile bouillante, mais il se tut. Enfin le serdar fit venir le propre fils du chef défunt, âgé de 7 ans et nommé Agha Houseïn : par d’habiles menaces et d’insidieuses flatteries, il parvint enfin à le faire parler. Alors on alla violer la sépulture, on
trouva le cadavre qu'on sortit de son tombeau, on attacha une corde à son pied et on le traina à travers les rues et ies bazars, témoins muets de sa belle défense. Les hommes crachaïent sur le cadavre, lui jetaient des pierres ou des chiens. Enfin on jeta le corps dans un coin des vieilles fortifications et l'on mit deux Karaouls pour le garder. Les uns prétendent quil fut dévoré par les bêtes errantes, d'autres qu'il fut enterré pêle-méle avec les autres cadavres, d'autres enfin que des babi vinrent et l’ensevelirent.
Dès le premier jour, on fit sonner les trompeties pour appeler les troupes sous les armes, comme pour une revue, etles troupes assemblées, on fit venir cent babi qui furent passés au fil de l'épée pendant qu'on soutflait à la bouche d'un canon Hadji Kazem (eltouki et Mechedi Souleïman. |
À ce moment arriva Cassem Bek, fusilier, porteur d'une lettre de S. M. félicitant l’armée de sa belle victoire et du magnifique courage qu elle avait déployé. Mohammed Khan Beghlérbéghi recevait en mème temps la permission de rentrer à l'éhéran. Avant de quitter Zendjan, il voulut donner une seconde fête aux habitants de la ville. Ii fit venir sur la place soixante-six babi pour être exécutés. Tout était prêt et l'exécution allait commencer quand midi sonna. À ce moment Hadji Mohammed Housseïn, pèére de Aba Bacir, se mit, du côté des babi, à entonner l’Azzan.
Les soldats du contingent de Hamadäân, qui devaient procéder à l'exécution, se refusérent alors à exécuter les ordres qu'ils avaient reçu sous prétexte que les condamnés étant musulmans, il ne leur convenait pas de tuer des frères sans défense. On prit trois krans de chacun d'entre eux, on fit venir le régiment de guerrous auquel on remit cet argent, et celui-ci, sans relard, procéda à l'opération.
EE Len
1, Let La l PEL PT" ms Lo TT ErTTr TT = TTC ET "7 no Ca
peser SE = rr
Cependant un des officiers fit sortir des rangs babi un individu nommé ÂAgha Nedijef Ali, probablement son parent, qui subit par la suite le martyre à Téhéran. |
L exécution faite, les spectateurs envahirent le champ de mort, quelques-uns pour chercher et enterrer le corps dun ami, d'autres poussés par une curiosité malsaine. On raconte qu'un musulman nommé Véli Mohammed arriva près du corps d’un de ses voisins nommé Agha Riza, et s aperçut qu'il n était pas tout à fait mort. Il l’appela et lui dit : « Si tu as besoin de quelque chose, dis-le moi, je suis ton voisin Véli Mohammed. » L'autre lui fit comprendre qu'il avait soif. Aussitôt notre musulman alla chercher une énorme pierre et, revenant. vers le malheureux : « Ouvre la bouche, lui dit-il, je t’apporte de l’eau », et comme celui-ci avait obéi, 11 lui écrasa la tête.
Enfin le Béglierbéghi se mit en route pour Téhéran emmenant avec lui 44 prisonniers parmi lesquels se trouvaient le fils de Mirza Riza, Hadji Mobammed Ali, Hadji Mohcen le chirurgien. Ces trois individus furent exécutés dés leur arrivée, le reste pourrit en prison. |
Mouzaffer ed Dowlêt Zendijani avait été chargé de conduire la famille de Houdjet à Chiraz. En effet, Houdjet avait trois femmes : l’une, Khadidjè fut tuée pendant la guerre; les deux autres, Soultan Khanoum Hamadani et Chah senem Khanoum Zendjani Vivaient encore. Il restait aussi quatre filles, deux fils ei deux servantes.
Soit parce qu'il était leur concitoyen, soit pour toute autre raison, Mouzaffer ed Dowléh leur témoigna beaucoup de respect et d'égards et les fit voyager le plus commodément possible dans des Kedjavés.
Quand il fut parvenu à Chiraz, la population sortit pour venir se repaître de la vue des prisonnières. Kile fut stupéfaite en voyant dans quel appareil elles.
étaient venues. Elle injuria Mozaffer el Moulk, fit jeter bas les Kedjavès, pillace qu'il:y avait à prendre et fit entrer à pied dans la ville les malheureuses voyageuses.
Nassr ed dine Chah leur fit donner une maison ei des appointements.