SCENE VIL
LELIE, GROSRENÉ.
LElie auoit desia trop causé de trouble dans l'esprit de tous nos Acteurs, pour ne pas venir faire paroistre les siens sur la Scène : En effet il n'y arriue pas plutost, que Ton voit la tristesse peinte sur son visage. Il fait voir que de la campagne où il estoit, il s'est rendu au plutost à Paris, sur le bruit de l'himen de Celle. Comme il est tout nouuellement arriué, son valet le presse d'aller manger vn morceau deuant que d'aller apprendre des nouuelles de sa Maistresse; mais il n'y veut pas consentir, et voyant que son valet l'importune, il l'enuoye manger, cependant qu'il va chercher à se délasser des fatigues de son voyage auprès de sa Maistresse. Remarquez s'il vous plaist, ce que cette Scène contient, et ie vous feray voir en un autre endroit, que l'Autheur a infiniment de l'esprit, de l'auoir placée si à propos ; et pour
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VOUS en mieux faire ressouuenir, en voicy les Vers.
GROSRENÉ.
ENfin nous y voicy ; mais Monsieur, si ie l*ose, le Youdroîs vous prier de me dire vne chose.
LELIE.
Hé bien, parle?
GROSRENÉ.
Auez-vous le diable dans le corps Pour ne pas succomber a de pareils efforts, Depuis huit iours entiers aucc vos longues traites Nous sommes à picquer de chiennes de mazettes, De qui le train maudit nous a tant secouez.
Que ie m'en sens pour rooy tous les membres roûez, Sans preiudice encor dVn accident bien pire, Qui m*afâige vn endroit que ie ne veux pas dire ; Cependant arriué vous sortez bien et beau Sans prendre de repos, ny manger vn morceau.
LELIE.
Ce grand empressement n*est point digne de blfime. De THimen de Celie, on allarme mon ame ; Tu sçais que ie Padore, et ie veux estre instruit Auant tout autre soin de ce funeste bruit.
GROSRENÉ.
Oûy ; mais vn bon repas vous seroit nécessaire Pour s^aller esdaircir, Monsieur, de cette affaire, Et vostre cœur sans doute en deuiendroit plus fort Pour pouuoir résister aux atiaques du sort.
Ten iuge par moy-mesme, et la moindre disgrâce Lors que ie suis à ieun, me saisist, me terrace; Mais quand i*ay bien mangé, mon ame est ferme à tout.
Et les plus grands reu ers n*en vîendroîent pas à bout. Croyez-moy, bourez vous et sans reserue aucune. Contre les coups que peut vous porter la fortune. Et pour fermer chez vous l'entrée à la douleur. De vingt verres de vin entourez vostre cœur.
LELIE.
le ne sçaurois manger.
GROSRENÉ à part ce demyvers.
Si fait bien moy, ie meure.
Vostre disné pourtant seroit prest tout à l'heure.
LELIE.
Tay toy, ie te l'ordonne.
GROSRENÉ.
Ah! quel ordre inhumain.
LELIE.
l'ay de l'inquiétude et non pas delà faim.
GROSRENÉ.
Et moy i'ay de la faim, et de l'inquiétude
De voir qu'vn sot amour fait toute vostre estude.
LELIE.
Laisse-moy m'informer de l'objet de mes vœux, Et sans m'importuner, va manger si tu veux.
GROSRENÉ.
le ne réplique point à ce qu'vn Maistre ordonne.
3o LE COCV