MONSIEVR
Ayant esté voir vostre charmante Comédie du Cocv Imaginaiee , la première Jois qu^elle fit paroistre ses beauté:^ au Public, elle me parut si admirable^ que ie crûs que ce n^estoit pas rendre justice
SUR SGANARBLLE. IX
à vn si merueilleux Ouurage, que de ne le voirqu^vne foiSj ce qui rtCy fit retourner cinq ou six autres ; et comme on retient asse^ facilement les choses qui frappent viuement Vimagination^ t'eus le bon-heur de la retenir entière, sans aucun dessein prémédité , et ie m^en apperceus d^vne manière asse^ extraordi^ naire, Vnjour, m* estant trouué dans vne asses^^cC' lebre Compagnie, où Von s^entretenoit et de vostre Esprit, et du Génie particulier que vous ave^ pour les Pièces de Théâtre^ ie coulay mon sentiment parmy celuy des autres; et pour enchérir par dessus ce qu^on disoit à vostre auantage, ie voulus faire le récit de vostre Cocv Imaginaire , mais ie fus bien surpris quand ie vis qu'à cent Vers près, ie sçauois la Pièce par cœur, et qu'au lieu du sujet, ie les auois tous récites^; cela m^y fit retourner encore vne fois pour acheuer de retenir ce que je n'en sçauois pas, Aussi'tost vn Gentilhomme de mes Amis, extraordinairement curieux de ces sortes d'Ouurages, m^ecriuit et me pria de me [luy?\ mander ce que c'estoit que le Cocv Imaginaire, parce que, disoit-il, il n*auoit point veu de Pièce dont le titre promit rien de si spirituel, si elle estoit traittée par vn habile Homme, le luy enuoyay aussi-tost la Pièce que Vauois retenuéy pour luy montrer qu'il ne s'estoit pas trompé; et comme il ne Vauoit point veuê représenter, ie crûs à propos de luy enuoyer les Argumens de chaque Scène, pour luy montrer que quoy que cette Pièce soit admirable, VAutheur, en la représentant luy-mesme, y sçauoit encore faire découvrir de nouuelles beauté^, le h'oubliay pas de luy mander expressément et mesme de le conjurer de n'en laisser