‹ Sganarelle, ou, Le cocu imaginaireChapitre 6 sur 41 · SUR SGANARELLE. XJ · texte numérisé non relu

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invraisemblables du sieur **, D'autres bibliographes estiment pourtant qu'une sorte de collaboration, d'entente ou de laisser-faire bienveillant, a pu régler les relations de Molière et de Neuf-Villenaine. Nous penchons pour notre part vers cette dernière opinion, que rien, il faut le dire, ne contrarie sérieusement. Déjà tout lecteur impartial a remarqué que le prétendu contrefacteur n'avait pu agir sans un congé régulier. Comment se justifierait autrement la condescendance de Molière à laisser pendant toute sa vie les éditions se succéder chez ses libraires Êivoris sans apporter le plus petit changement, lui, l'auteur, à ce texte imprimé de mémoire; lui, le comédien, à ces jeux de scène étudiés loin des coulisses; à ces arguments labourés de coups d'encensoir à son adresse? Ignore-t-on que la réclame commençait à s'acclimater en France sous la protection des gazetiers , et que les gens de théâtre savaient en faire aussi bon usage que les médecins, les apothicaires et tous les praticiens dont l'industrie a besoin de la publicité et ne peut vivre sans elle * ?

1. La pièce se joua encore une dizaine de fois après la mise en Tente du livret, et l'on peut supposer que les éloges qu'il contient contribuèrent pour une petite part à la durée des représentations (elles avaient lieu trois fois par semaine depuis le s 8 mai). Ce succès gêna bien quelqu'un, Perrault, dont la gloire se lassait d'attendre la salle du Petit-Bourbon, promise à son marteau démolisseur. La dernière pierre de l'antique construction fit place aux fondations de la colonnade du Louvre.

Xlj REFLEXIONS

La lecture des arguments suggère bien des réflexions concluantes. On peut voir dans cette innovation une tentative de Molière pour le perfectionnement de la description des jeux de scène, ces conceptions éphémères qui disparaissent avec leurs créateurs. N'avait-il pas écrit encore, dans l'avis qui précède les Précieuses ridicules, pages qu'on ne saurait trop citer dans cette circonstance : « Une grande partie des grâces qu'on y a trouvées dépendent de Faction et du ton de voix. // m'importait qu'on ne les dépouillât pas de ces ornements. » — c Quelques beautés que cette pièce vous fasse voir sur le papier, » dit à son tour Neuf-Villenaine en parlant du Cocu imaginaire, « elle n'a pas encor tous les agrémens que le théâtre donne d'ordinaire à ces sortes d'ouvrages. Je tascheray toutefois de vous en faire voir quelque chose, quoy qu'il soit assez difficile de bien exprimer sur le papier ce que les poètes appellent jeux de théâtre, qui sont de certains endroits consistant presque toujours dans Faction. »

Et ceci : parlant du bon vieillard parent de Sganarelle, Neuf-Villenaine regrette de ne point avoir pour le représenter le pinceau de Mignard. Or, au moment où Ribou publia la nouvelle pièce, Mignard travaillait aux fresques de ce dôme du Val-de-Grâce dont Molière, ami du grand artiste, devait un jour décrire les merveilles avec tant de complaisance et d'admira-

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tion. Le rapprochement est au moins singulier. Quant à la poursuite judiciaire que Molière aurait exercée contre Ribou , on n'en cite pas trace. D'ailleurs, éditeur et poëte continuèrent d'entretenir les meilleures relations. La substitution du nom de Molière à celui de Neuf-Villenaine se fit avec aussi peu d'éclat que possible, et surtout sans autre ennui pour ce dernier que celui de s'entendre chansonner par Somaize dans son méchant Songe du resveur :

Molière^ notre cher ami ,

Que nous n^ aimons pas à demi,

Depuis quelque temps a su faire

Un Cocu, mais imaginaire.

Cependant un archigredin.

Qui n^a pas pour avoir du pain,.. ^

Fut pour lors asse!( effronté

Pour, je ne sais comment, le prendre

Et de plus pour le faire vendre,

Sganarelle obtint ce succès inusité dans la saison la moins propice et au moment où, appelée aux fêtes du mariage du roi, la cour ne pouvait donner Texemple des applaudissements ni ajouter par sa présence à Tattrait des représentations. Il y en eut consécutivement plus de quarante,, toutes très-suivies *.

I. Dans sa nouveauté Sganarelle rapporta à Molière la somme de i,5oo livres, distribuée en trois payements men-

Xiv RéFLEXIONS

La parodie, qui s'attachait déjà aux auteurs connus, s'empara de la nouvelle pièce, ou plutôt réditeur Jean Ribou, voulant en tirer tout le profit qu'elle promettait, chercha à lui donner une sorte de pendant sous le titre de la Cocue imaginaire. Autre détail bibliographique digne d'attention : la date du privilège accordé à Fauteur de cet essai, « le sieur Doneau », est du 25 juillet 1660, et le privilège de Neuf-Villenaine porte celle du lendemain *. L'ouvrage du premier fit peu de bruit ; l'on doute même qu'il ait été joué, quoique le chevalier de Mouhy fixe sa représentation à l'hôtel de Bourgogne en novembre 1661. Toutefois il appartient à Thistoire littéraire et a eu plusieurs éditions *.

suels depuis le mois de juin 1660. Le 7 septembre, La Grange inscrit dans son registre la note suirante : « Acheré de payer M. de Molière pour le Cocu en lui donnant pour la troisième fois 5oo lirres. »

I. Joignez à la coïncidence des dates la parité des éloges. Ils sont conçus presque dans les mêmes termes. Neuf-Villenaine : a Je suis asseuré que tous y trouverez quantité de yers que plus vous relirez, plus vous connoistrez avoir esté profondement pensez... L'on n'y voit rien de forcé, tout y est naturel. » Doneau : « Jamais on ne vit de sujet mieux conduit , jamais rien de si bien fondé que la jalousie de Sganarelle, et jamais rien de si spirituel que les vers. »

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