‹ Shakespeare (volume 2)Chapitre 15 sur 112 · Tkhrd port of King Henri Vî, aet. n, se · texte numérisé non relu

Tkhrd port of King Henri Vî, aet. n, se

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La variété, qui est la principale loi du théâtre de Shakspeare, se retrouve dans ses premières comme dans ses dernières conceptions. Dès ses débuts, il aborde des genres divers : à côté d*une tragédie, d'un drame romanesque et d*une trilogie historique, il compose deux comédies, les Méprises et la Méchante domptée.

Les Méprises sont une imitation des Méneckmes de Plante, ou plutôt, comme la traduction anglaise de ceuxci ne parut qu'en 4 593 et que Shakspeare ne lisait sans doute pas l'original, elles sont tirées d'une vieille pièce écrite vers 4580. Cette comédie a beaucoup exercé la sagacité des critiques. Coleridge , si respectueux d'ordinaire pour les œuvres du poète , l'appelle une farce pure, tandis qu'Ulrici y découvre une philosophie profonde. L'opinion du premier se rapproche plus de la vérité, et cependant, comme l'a remarqué finement H. Gervinus, les Méprises roulent sur un fond sérieux. C'est à la suite d'un drame de famille que l'action s'engage, et le prunier personnage qui entre en scène y paraît sous le coup d'une menace de mort. En même temps Shakspeare relève l'intrigue purement plaisante qu'il emprunte à Plante ou à un de ses imitateurs par quelques essais de peintures de mœurs. Au milieu des invraisemblances qu'il ajoute à la fable latine déjà si compliquée, il étudie sérieubemcnt, et peut-être avec une arrière-pensée personnelle, le caractère d'une femme jalouse. Sans sortir des relations de la vie bourgeoise, il montre le mal que cause la jalousie dans un ménage, le supplice qu'elle

inflige à un mari vertueux et le tort qu'elle fait à TafFection conjugale. C'est Âdrienne et sa sœur Lucienne qu'il charge de nous donner cette leçon morale. L'une est mariée ; elle a épousé Antipholus d'Ëphëse, qu'elle aime et dont elle est aimée, mais elle le persécute par ses soupçons, elle ne lui laisse de repos ni jour ni nuit, et elle le rend si malheureux qu'elle l'expose à la tentation d'être infidèle, qu'il n'aurait point eue si sa femme avait été moins exigeante. L'autre, encore vierge, exempte de toute passion, juge plus sainement les rapports qui doivent exister entre deux époux ; elle reconnaît l'infériorité de son sexe, elle pense qu'il est sage de ne point trop demander, pour obtenir beaucoup, et qu'en tout cas, suivant la loi de la nature, la soumission est le lot de l'être le plus faible.

Faut-il chercher dans cette esquisse de mœurs quelques révélations sur la vie domestique de Shakspeare? Faut-il croire qu'il a représenté dans Adrienne sa femme telle qu'elle était, et dans Lucienne ce qu'il aurait voulu qu'elle fût? Sans doute, cette supposition offre tous les caractères de la vraisemblance, si l'on songe à l'âge du poète, au peu de connaissance qu'il avait du monde et à la place que devaient tenir, surtout dans la comédie, ses impressions personnelles. Mais je n'irai pas jusqu'à conclure de là, comme plusieurs critiques, que Shakspeare était mal marié. Si la jeune fille qu'il avait épousée à Stratford-sur-Avon ressemblait à Adrienne, ce n'était ni une méchante femme ni une compagne indigne d'un homme intellig^t. Elle est jalouse sans doute, mais non pas de cette jalousie qui vient d'un fonds habituel de mauvaise humeur; c'est par excès d'amour qu'elle craint

d'être trompée. On peut beaucoup pardonner à une si

vive tendresse. D'ailleurs, elle éprouve et elle sait exprimer les sentiments les plus délicats. H y a de la gr&ce et plus d'émotion que de colère dans ses reproches. Elle mérite d'être grondée doucement, comme un enfant qui ne sait rien de la vie, et non pas d'être chassée du cœur de celui qu'elle aime.

n n'y a aucune comparaison à faire entre ce caractère feible et trop tendre et celui de Marguerite dans Henri VI, où Ton a voulu chercher aussi quelques traits de la femme de Shakspeare. Marçuerite est odieuse, elle est déjà séduite ayant d'être mariée, elle ne dissimule même pas son impudique amour et elle ne fait trêve à cette passion que pour s'occuper de vengeance cît d'ambition. Quoi de semblable chez Adrienne, simple bourgeoise, honnête, fidèle, et qui n'a que le défaut de trop aimer son mari? Si Anne Hathav^y ressemblait à celle-ci, elle n'avait aucun rapport avec celle-là. Sbalspeare, d*ail« leurs ^ a bien pu tirer de ses propres souvenirs Fétoffe d'un caractère comique, mais ce n'est pas à cette source qu'il a dû puiser pour peindre une reine dont les chroniques lui fournissaient le portrait.

La Méchante domptée ne prouve rien ik« plus , quoi qu'on en ait dit, contre la femme du poète. €'est l'histoire d'une jeune fille revôdie, acariâtre, qui repousse avec dédain tous les prétendants r et qui finit par pEer devant le despotisme d'un maoî, plus entêté encore et pltis violent qu'elle. Shakspeare n'a pas plus inventé le sujet de cette comédie que celui des Méprises; il l'a trouvé dans une vieille pièce dont le style rappelle les œuvres de Greene. Il marche une seconde fois sur les brisées de Fauteur du premier Henri VI, au risque de justifier les termes du pamphlet dont nous avons parlé»

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Ainsi, Fidée première de sa pièce ne lui Tient point de ses querelles domestiques, mws d'un ouvrage antérieur au sien. Les détails ne semblent pas davantage se rappcnrter à sa situation. Catherine ou la Méchante n'a de déSeuits qu'avant le mariage; mais, une fois mariée, elle devient un roeëèle de douceur -et de patience. Une courte expérience suffit pour la corriger. ^ le poète avait eu à se piaûidre gra^^nent de sa femme , il n'aurait pas fait remonter «es récriminations à nne époque antérieure à le«r HBÎon; surtout il n'aurait pas indiqué un moyen iiifiiillible de k guérir,^ îl n'aurait pas ftiit ITiistoire de sa 'CcqR version. S'il avait eu besoin d'une recette analogue à edle ^'emploie P^tnicdhîo, il ne l'aurait pas mise au tliéàfa^ , il s'en serait servi pour rétablir la paix dans son ménage.

Quei<pies modames, curieux: de retrouver dans les premières pièces du poète les éléments de sa biographie, ont abusé du système des interprétations. Nous ne les suivrons pas sur ce terrain conjectural. La critique parement hypothétique ne lions paraît pas plus digne d'attention que la critique superficielle. Si celle-ci reste au-^^sous de sa tâche quand elle ne parvient pas à dégager d'une œuvre littéraire tout ce qui y est renfermé , celle-là commet une sorte de profanation quand elle veut deviner pîus que le poëte n'a voulu dire, et qu'elle force, en quelque sorte, les derniers retranchements derrière lesquels il a abrité sa vie privée.

Shakspeare a pu faire quelques allusions à ses rapports avec sa femme, mais rien ne prouve qu'il l'ait mise directem^ en scène. En tout cas, il a enveloppé ses confidences de beaucoup de mystère , car aucun de ses contemporains ne les a relevées, et il ti fallu aux Anglais

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deux siècles pour les découvrir. Tout ce que nous pouvons aflirmor avec certitude, c*est que le poète semble \ très-occupé, dans ses premières œuvres, de la question du mariage. On voit que c'est le plus grand problème que la destinée lui ait encore proposé. Il exprime déjà, à ce sujet, des opinions arrêtées. Il ne combat ni ne défend l'institution en elle-même. Tout dépend, suivant lui, du choix qu'on fait. Le mariage est bon pour ceux qui choisissent bien, mauvais pour ceux qui choisissent mal. « Une union sans amour, fait-il dire à Suffolk dans « la première partie de Henri F/, est un enfer, tandis « que le contraire est une image de la paix du ciel. » 11 reste, en parlant ainsi, dans les termes les plus généraux de la question ; il la juge en philosophe qui voit le pour et le contre des choses, ei nullement en homme passionné qui se plaint d'une expérience récente. Il a aussi des idées personnelles sur le rôle respectif des deux époux. Il est particulièrement pénétré des droits du mari, droits qui emportent nécessairement des devoirs. Sa morale parait d'accord avec celle du code civil. Le mari doit à la femme protection et fidélité; il est tenu de pourvoir à ses besoins par le travail ; celle-ci, en revanche, lui doit un accueil toujours aimable, une grande égalité d'humeur et une soumission absolue. On trouvera peut-être qu'il insiste trop sur ce dernier point pour n'avoir point eu à souffrir de quelque ré- I volte domestique. En tout cas , il a un remède tout * prêt. L'exemple de Catherine, qui devient si accommodante, après avoir été si sévère, montre qu'il dépend du mari de corriger les défauts de sa femme. La leçon est à l'adresse des deux sexes. La Méchante soumise et repentante s'adresse à une de ses amies à

laquelle elle trace, d'après sa propre expérience , une règle de conduite.

« Une femme en colère est comme une fontaine troublée, fangeuse, désagréable à voir, épaisse, sans beauté, et, tant qu'elle est ainsi, personne n*a la gorge assez sèche ou n'est assez altéré pour daigner en boire ou en toucher dé ses lèvres une seule goutte. Ton mari est ton seigneur, ta vie, ton gardien, ton chef, ton souverain, un être qui s'occupe de toi et de tes besoins, qui se livre à de pénibles travaux sur terre etsur mer , qui veille, la nuit, au milieu de la tempête, le jour, par le froid, tandis que tu dors chaudement à la maison, tranquille et en sûreté, et il ne te demande d'autre tribut que de l'amour, un visage agréable et une sincère obéissance : payement bien faible d'une si grande dette. Ce que le sujet doit à son prince, la femme le doit à son mari, et, lorsqu'elle est méchante, maussade, acariâtre, revêche, lorsqu'elle n'obéit pas à sa volonté légitime, qu'est-elle, sinon une créature criminelle, révoltée, rebelle et coupable d'une trahison impardonnable contre un maître qui l'aime? Je suis honteuse qu'il y ait des femmes assez folles pour déclarer la guerre, quand elles devraient s'agenouiller pour obtenir la paix, et pour aspirer au commandement, à la suprématie, au pouvoir, quand elles sont tenues de servir, d'aimer et d'obéir. Pourquoi nos corps sont-ils pâles, faibles et délicats, incapables de supporter la fatigue et les agitations de ce monde, si ce n'est pour que nos mœurs douces et nos cœurs soient complètement d'accord avec notre extérieur ' ? » . Peut-être faut-il voir dans ce passage un réquisitoire

- 1. Taming ofthe ihrew^ aci. v, se. 2,

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dmct cottira Jbma Hatway » .et ce sa»it alors ie seul qu'on pourrait lui appliquer avec une apparencA de probaiMlité. Peut-être ausBÎ n^e^k-ce là ^'qd «icople lieu coauMin* iiité primitivêmeiit des auteurs aseiena -et dé¥el<9pé ai«c des idées modernes, cùuaue il y en a tant daas ks trugédies anglaises du aeiaièaie sièda. Il me wenài facile d'extraire d'une seule pièœ de Beaumont et Fletcher , ou de Bai Jonson^ plus de récrimioaiioas contre les femmes capricieuses «u vcdcmtaires que âbakspeare n'en a fait dans toute sa curière dramatique. Les ^sritîques, qui sont» c«aime des casaistes, à l'affikt des intentioQs probables du grand poète « éviteraient une cause fréquâ^te d'ecreurs , s'ils Toulaient bien remarquer que ces mêmes intentioBS se retrouvent dmz plusieurs de ses contemporains

Quand oa retranche de la Méchenie dumfiée les scènes où se développe le caraet^ de Cath^me, il ne reste plus qu'une £irce pure qui ae rapproche beaucoup des Méprimi, Garrick, qui n'y voyait qu'une boui<îKfr-> Berie, chargeait, pour amus^ le public, le rôle de Pé-* truochio , et c'est a[icope ainsi que le jouent les acteurs modernes. Le comédrâi Woodward allait jusqu'à donner des coups de fom^hette à Catherine et jusqii^à la renverser par terre.

Les deux ppemtëres comédies de Shaàspeai^^ jetées l'une et l'anire dans le même moule, relèveat de la même école; on y sent Vinflttence manifeste de Tltalier L'antiquité n'y est entrevue qu'A travers les imitatioas qu'en ont faites les Itahens du seiûèflte séècle. Le Plante qu'imite le poète a été revu etcoorrigé par TAriodite c^ par Machiavel. Quelques traits, empruntés aux Supposittj que Gascoigne avait traduits en 4566, reparaissent ici

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an mifieu de Fintngtre rmiaiite. Gr éiato» éesccad en droite figne* êe Psmtalon. Te«te la partit de f intrigue qui roure sur la feiblesse de? pères et sur la subsÉitiilicii d\in père feuie à tra père TéritaUe, ^e&t ans» des sources italîetraeff.

Avec les Méprws et b Métlumte dompiée se termine la première' période de lai csrrière; dramatique do poète. A eetfie'époqve, tt efaerdie sa vos^r ii B*a pa»encoiHfrpri6 9&n essor, et il sebomeàfemanier les enivres de set àe^ THueiers. Excepté dans? 4faelques- passages de Bemi VI, 6fù^ se ré^^èHe déjà le grand éeriTain, elles ne s'élè^ r&sâ pas beaiffeoap a»-des6iis de ce qa'anFaieiit Sait les préééeessrars^ de Shakspeare^ Marlowe et Cyly. Le toA d^ir et Tiolent ùè la tragédie et de la comédie primrti^e s'y retrouve sana adoucissements. Les sltmvtiona sont, es générd , fortement accusées et dénouées brnsque^ ment , tes incidents s'entassent dans un; espaee trop étroit ponr le» contenir^ le» faits y sont plus serrés que les seotiments. L'auteur se presse, comme s'il manquait de ïl^leme nécessaire pour soutenir josqu^an bout lé poidis de son sujet. Il indique en traits rapides plutôt qu'il ne développe les passions. C'est là un des signes csEractérlsticpxes de la jeunesse qm voit plus facilement les côtés saillants d'une* conception fa'eUe n'en saisit l'ensemble et qu^elle n'e» coordonne avec ampleur les détails.

En même temps se trahit, cbe? le poëte enc<M*e inexpérimenté, le désir de profiter de«tout ce qu'il sait , et d'imiter tout ce qu'il connaît II a besoia de cherchei

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des appuis hors de lui-même. Au moment où le fils de l'alderman de Stratford arrivait à Londres, il était partout question de Tltalie et de l'antiquité. La société élégante et lettrée avec laquelle il entra tout de suite en relation, parce qu'elle favorisait spécialement la troupe dont il faisait partie, ne jurait que par les anciens ou par leurs imitateurs. Shakspeare, qui avait sans doute peu appris dans sa petite ville, et qui se formait lui-même par le commerce du monde autant que par la lecture, ne veut point paraître ignorer les belles œuvres dont tous les hommes sérieux s'occupent. Il écoute ce qui se dit autour de lui, il lit des traductions, il amasse des matériaux et il fait parade , dans toutes ses premières productions, de cette science de fraîche date. (Test une sorte d*hommage qu'il rend au goût des meilleurs juges et un appel indirect à leur sympathie. Il témoigne aussi par là de la satisfaction intérieure qu'il éprouve, en voyant s'étendre devant lui le champ de ses connaissances. A côté de tant d'auteurs dramatiques instruits , sortis pour la plupart^ comme Marlowe, des universités savantes, il eût plus souffert encore d'êb*e réellement ignorant que de le paraître. U sentit le besoin de comr bler les lacunes de son éducation^ et il le fit avec courage. Mais à cet âge où l'on ne dissimule guère ses impressions, il devait laisser percer dans ses œuvres quelques traces des efforts qu'il faisait pour s'instruire, moins encore par calcul, quoiqu'il eût le sentiment de ce qui plaisait au public, que par naïveté et sincérité juvéniles. Quoi de plus naturel à la jeunesse que de parler de ce qu'elle vient d'apprendre , surtout quand elle a acquis sa science un peu tard et qu'elle a pu craindre de ne jamais l'acquérir?

Aussi Shakspeare n'a-t-il fait nulle part plus d'allusions à la mythologie, plus de citations et plus de comparaisons empruntées à l'antiquité que dans ses premières pièces. Les souvenirs de la Fable et de Fhistoire abondent dans Tittis Andronicus. Quand Titus contrefait Tinsensé, pour mieux satisfaire sa vengeance, il imite Brutus l'Ancien ; quand il tue sa fille déshonorée, il rappelle raction du Romain Virginius. Le malheur de Lavinie n'est qu'une répétition du mythe de Térée et de Progné. Le festin où l'on sert à Tamora la chair de ses propres enfants fait penser au banquet d'Atrée et de Iliyeste. Dans Périclès, Diane apparaît comme dans une tragédie d'Euripide, et le naufrage du héros sur une terre étrangère semble une réminiscence de l'arrivée d'Ulysse chez les Phéaciens. La trilogie de Henri F/elle-méme, qui repose sur un fond tout moderne et national, ne dispense pas le poète de montrer son érudition classique. Il se croit obligé d'établir plus d'un rapprochement entre la guerre des deux Roses et la guerre de Troie, qu'il ne connaît pas par les sources grecques, mais qu'il entrevoit sans doute à travers les traductions anglaises des poèmes latins et particulièrement de Y Enéide. A propos des divisions de la maison d'York et de la maison de Lancastre , il raconte l'expédition qu'entreprennent Ulysse et Diomède pour enlever les chevaux de Rhésus. Ailleurs, dans la scène de la séparation de Suifolk et de la reine Marguerite, il copie un passage connu d'Ovide. C'est aussi le désir de tenir sa place parmi les lettrés et d'imiter, comme eux, l'antiquité païenne qui inspire à Shakspeare les deux poèmes qu'il dédie à lord Southampton, Vénus et Adonis (1593) et Lucrèce (1594).

Dans le premier, il esquisse, en gardant un reflet

lointain des poésies amonreiises d*'OTi<ie, ht passion sensuelle, telle que réprouye une nature ardente. Dan5 le second, il prend un ton phts grave et, parVéléTatioit an sentiment moral, il se rapproclie de Ttrgile. H parye niosi sa dette de bienvenue à la société poGe dont lord Son* thampton était un des représentants les plus éclairés; il peut marcher de pair arec les bean esprits qui se piquent d'introduire en Angleterre le goût de la renaissance, avec les Surrey, les Wyat,les Ph. Sîdncy, les Dorset, les Oxford et les Pembroke. Comme eux aussi, il connaît et il imite les Italiens, non pas malbeureusement les meilleurs, mais l'école qui, vers le milieu (hr seizième siècle, quand les grands prosateurs et les grands poètes, quand Machiavel et PArioste se sont retirés de la scène, prépare la décadence de la littérature italienne par tous les rafBnements du bel esprit. Lyly avait rapporté Teuphuisme de son voyage dans la péninsule italique. La gloire du siècle de Léo» X et tesgrands services que l'Italie avait rendus à la Grandie- Bretagne, en Finitrant à la connaissaiice des lettres antiques, cou:\'raient aux yeux des Anglais les défetrts de Bfarini et de ses disciples. Us acceptaient, avec une égale admiration, tout ce qui venait d'une nation qu'ils considéraient comme Théritièpe de la Grèce et de Rome. Trop occupés de s'instruire et de jouir des trésors qu'ils découvraient pour faire parmi ces richesses un choix éclairé, ils confondaient le passé et le présent. De même que dans l'antiquité ils admiraient tout, parce que tout était nouveau pour eux , Apulée et Pétrone aussi bien qu'Horace et Virgile, comme on le voit par Fexemple de Ben Jonson , l'écrivain le plus instruit de son temps , ils mettaient tous les auteurs de sonnets italiens sur la

JBUNESSS J» SaAKSPEARE. M

même ligne ^ae Pétrarque, ti tous les coateiirs au même rajQf que Boccace^

C'est de cette «ource qu'est vemie TaSeetatioD dont k théâtre anglais porte Tempreiate à ses débdts , et qui £oyrme unsi étraa|^ coiiitiafite avec les âéments grossiers ftt*iltùre4es souvenirs AtttîDiuuiK. Skakspeare, comme ses prédiécesaeiurs, est emporté par ce courant. A côté des horreurs tragiques de Tùus Aniramcus et des bouffonneries de la Mécbaniedmnptée^ il aiguise des jeux de mots subtils , il combine des antithèses ingàiieases, et il mêle aux défauts d'une littérature naissante ceux d'une littérature en décadence. On pourrait se demander» en lisant certains passages de ses premières pièces, s'il appartient à la fin on au commencement d'un grand siècle, 8*il écrit à une ^que d'extrême ignorance ou de culture mtellectuelle très-développée. Il se rapproche tantôt des Mystères du moyen âge , tantôt des poëmes de Marini , son contemporain.

L'imitation de l'Italie, qui persiste chez lui bien au delà de ses premiers essais dramatiques, se retrouve surtout dans une œuvre dont il emprunte la forme et le fond aux Itali^os et qui semble écrite, comme ses poèmes, pour concpiérir les sympathies des lettrés. Je veux parler de ses sonnets. Là domine cette rhétorique artificielle dont le germe perce à travers l'admirable langage du Canzomere de Pétrarque , et qui , chez ses derniers imitateurs, finit par se substituer complètement au seaatimeat et à la passion. La pensée écourtée dans les limites étroites que lui impose la poétique se réduit à l'agencement habile des mots et dégénère SsiCir* lement en pointes, à cause de l'usage qui s'est introduit de terminer le sonnet par un trait. Shak&peare avait.

même en ce genre, des prédécesseurs et des rivaux en Angleterre , surtout Samuel Daniel et Drayton , élèves du spirituel Surrey, un des principaux zélateurs des études italiennes. Il ne se préserva pas mieux qu'eux du mauvais goût. Il aime, il faut Tavouer, à rapprocher des expressions disparates, à tirer de ce rapprochement des effets inattendus, et à surprendre le lecteur par Tagilité avec laquelle il présente une idée sous plusieurs faces. Néanmoins , cette gymnastique de Tesprit ne lui fut point inutile ; si elle le conduisit à une afifectation qu'il lui eût été bien difficile d'éviter, au milieu de tous les exemples que lui donnait son temps, elle le débarrassa de la langue rude et brutale que parlait le théâtre avant lui, elle assouplit son langage et elle fit sortir de reiSbrt intellectuel qu'elle lui imposa cette éloquence aimable qui lui valut le surnom de poète a la langue de miel.

D'ailleurs, même dans ces œuvres oii il était gêné par la convention, la sensibilité du poète se fait jour à travers les artifices du langage. Il écarte d'une main hardie le voile obscur de la poésie mystique dont s'enveloppent d'ordinaire les faiseurs de sonnets, pour exprimer en termes brûlants l'amour et l'amitié. Ces sentiments y éclatent avec tant de force que plusieurs critiques cherchent à y retrouver les éléments d'une biographie morale de Shakspeare et des notions sur les premiers temps de son séjour à Londres. A défaut de faits' nouveaux qui semblent maintenant impossibles à découvrir, on peut en tirer du moins des indices probables sur son caractère et sur ses relations '.

1 . Voy. gur les Sonnets de Shakspearo, M. Villemato, Essai sur Shak*

JEUNESSE DE SHARSPEARE. 53

Les sonnets confirment ce que les drames peuvent déjà nous faire soupçonner; ils nous apprennent que Shaksjpeare, dans sa jeunesse, a aimé, qu'il a souffert et qu'il a dû ses principales consolations à Vamitié. Qui aima-t-il? Nul ne le sait, et la première loi que s'imposent les poètes italiens ou leurs imitateurs, c'est de ne jamais nommer la femme qu'ils chantent. En tout cas, l'amour ne le rend pas heureux; il languit d'abord pour une beauté dédaigneuse qui ne répond à sa passion que par l'indifférence, puis il triomphe, comme l'indique un sonnet victorieux ; mais sa victoirç est immédiatement empoisonnée par la certitude qu'il a un rival, et que ce rival n'est aulie que son meilleur ami.

Heureusement cet ami peut au besoin lui tenir lieu de toutes les aflBp^ctions. Il parle de lui sur le ton du dithyrambe, il craint par-dessus tout un refroidissement qui les séparerait et il lui cède avec résignation sa maîtresse, à condition que leur amitié n'en souffrira pas. « Fais-toi aimer des femmes^ semble-t-il lui dire, mais garde-moi ton âme. A moi ton amour, à elle, comme un trésor, la jouissance de ton amour*. Prends toutes mes amours, mon bîen-airaé, oui, prends-les toutes. Qu'as-tu donc de plus maintenant que ce que tu avais auparavant? Il n'est pas d'amour, ami, que tu puisses appeler véritablement mien. Tout ce qui est à moi était à toi, avant que tu me prisses celui-ci Je te pardonne ton larcin, gentil voleur, bien que tu me dérobes tout mon pauvre avoir ^ »

speare; M. Delécluze, Dante Aligbieri et la poésie amoureuse; M. Fraaçois-Victor Hugo , Préface de la traduction des Saiinels de Shakspeare; Brown« Shakspeare's auiobiographicalpoemsiM. Gervinus, Shakspeare r tome II , et enOn M. Kreyf^if^ ^Vorlesungen ueber Shakspeare, tome !•

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