CHAPITRE TROISIÈME
Dramei historiques de Shakspeare. — Patriotisme du poëte et son pect pour la Yérité liistori<{ue. ^ Personnages principaux de ces pièces. — Les femmes. ^ Les enfluits. — * Le peuple. — Les grands seigneurs , les héros, les prélats, les minisires. — Les rois. — Richard II, type du prince faible. — Richard III, type du prince hypocrite. — Henri VIII , caractère complexe. — Habileté avec laquelle Shakspeare met en scène le père d'Elisabeth.
Une des sources les plus fécondes de la poésie dramatique en Angleterre , au seizième siècle , a été Thistoire nationale. L'emploi des matériaux historiques a valu au théâtre une grande popularité dans un pays où Ton tient tant aux souvenirs glorieux du passé , et fourni un fond solide et brillant aux conceptions des dramaturges. Les historiens de la littérature française ont souvent regretté que nos grands poètes du dix-septième siècle n'aient pas osé mettre en scène nos chroniques où ils auraient trouvé tant de sujets de pièces. Ce regret s'augmente encore» quand on voit tout le parti que Shakspeare a tiré de celles de l'Angleterre, plus sèches que les nôtres et composées par des écrivains bien inférieurs à Villehardouin, à Joinville, à Froissart et à Commines. Que de scènes dans nos vieux chroniqueurs eussent pu inspirer le génie de Racine et de Corneille 1 Les sentiments chevaleresqueSf
les moeurs guerrières, les actions héroïques, les expéditions lointaines et aventureuses qui forment la trame de leurs récits, eussent passé, sans efforts, de leurs livres dans la tragédie, dont ils ayaiênt déjà le mouvement dramatique, et intéressé le peuple aux représentations théâtrales, qui le touchent moins, si on lui parle des anciens, que si on l'entretient de sa propre histoire.
I^akspeare n'a eu sous la main que Holinshed et HalL n n'y a guère trouvé que des faits sans commentaires; mais ces faits sont les titres de gloire de la nation anglaise, et quand il les ornait de couleurs poétiques» il avait pour complice de son imagination l'orgueil national. Il n'y eût pas réussi aussi bien s'il n'avait lui-même éprouvé les sentiments patriotiques qu'il réchauffait dans les âmes. Pour peindre les héros populaires, les Henri, les Talbot, les Edouard, il fallait aimer son pays. Le patriotisme de Shakspeare est une partie essentielle de son génie, et si Ton veut chercher dans ses pièces des notions sur son. caractère, nulle part on n'en découvrira de plus certaines que dans ses drames historiques.
Là il se montre à nous, sous les traits d'un véritable Anglai$,;pénétré d'une admiration sincère pour les qualités viriles de la race anglo-saxonne, jaloux de la renommée de ses hommes d'État, de ses rois et de ses soldats» persuadé qu'il n'y a nulle part en Europe une meilleure armée, de meilleurs matelots, des chefs plus braves, une aristocratie plus intelligente et des souverains plus politiques qu'en Angleterre ; disposé néanmoins, par impartialité naturelle et par clairvoyance^ à rendre justice au mérite des étrangers, mais à condition d'établir d'abord sur tous les points la supériorité de ses compatriotes. Ces idées ne sont pas les siennes» dira-iK>n; eUes sont celles